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Rencontre avec Séverine Rocaboy pour un gros plan sur le cinéma "Les Toiles" de Saint-Gratien.

Publié le : 20-10-2014

Séverine RocaboyCela faisait quelques mois que j'avais l'intention de rencontrer Séverine Rocaboy. Vous ne connaissez peut-être pas son nom mais depuis bientôt 20 ans son travail est reconnu dans toute la Vallée de Montmorency. En effet, Séverine est la responsable et programmatrice du cinéma "Les Toiles" de Saint-Gratien. Ce cinéma a connu au fil des années une fréquentation en hausse malgré une concurrence accrue avec les divers multiplexes ouverts récemment dans la région. Quelles sont les recettes de ce succès mérité ? Séverine nous donne quelques éléments de réponse…

Avant d'évoquer "Les Toiles" et son actualité, effectuons ensemble un petit flash back sur l'histoire de ce cinéma.
Pour ma part je suis arrivée au Toiles en 1995 en tant que programmatrice. Par conséquent je n'ai pas vécu les débuts chaotiques de cette salle.
A l'origine, "Les Toiles" faisait partie du réseau des cinémas Olympic, détenus par Frédéric Mitterrand. Pour la petite anecdote, Marie-France Pisier était présente aussi à l'inauguration des "Toiles".
Notez bien que ce projet de salle a été conçu dans les années 60, pendant les trente Glorieuses. L'architecte a conçu le Forum de Saint-Gratien comme une ville dans la ville avec les commerces en bas des habitations. Le projet d'une salle de cinéma n'était pas prévu au départ, il est venu se greffer par la suite. C'est pourquoi, côté visibilité, avouez que l'emplacement n'est pas formidable !
Frédéric Mitterrand s'est vite recentré sur ses salles parisiennes et jusqu'au début des années 90, la salle a vivoté en essayant une programmation un peu large, un peu d'art et essai et un peu de cinéma populaire… bref, une ligne éditoriale assez peu définie. "Les Toiles" vivaient donc dans l'ombre de l'UGC Enghien qui, à l'époque, était la salle de banlieue qui drainait le plus de spectateurs en Ile-de-France..

Dans quelle situation avez-vous alors trouvé "Les Toiles" à votre arrivée ?
La salle a fermé au début des années 90 et, à l'époque, le maire François Scellier avait mis dans son programme de campagne électorale la réouverture du cinéma. Il a tenu sa promesse et a confié la gestion de la salle à deux parfaits débutants  - mais néanmoins enthousiastes, Yves Bouveret et Arnaud Desclaux. Je suis donc arrivée en 1995 en tant que programmatrice avec une inexpérience conséquente mais avec ma cinéphilie, ma curiosité et mon énergie débordante. Il y avait tout à créer : à l'époque, il n'y avait pas de personnel à la caisse !  J'ai commencé par voir de très très nombreux films, j'ai appris à négocier avec les distributeurs, nous avons relancé le "Carnet de Route" qui existait à l'état embryonnaire.

Dès le départ avez-vous trouvé votre ligne éditoriale ?
Oui, nous souhaitions développer une offre alternative pour le public. Tout autour des "Toiles" aucune salle ne diffusait les films en VO !  Au départ, en n'ayant aucun atout, aucune visibilité, on s'est dit : "Allons-y ! Les spectateurs, on va aller les chercher un par un !" Un spectateur heureux est le meilleur vecteur de promotion d'un cinéma. Nous étions à la caisse, nous défendions les films et la VO ! A l'époque, il y a 20 ans, la Version Originale n'était pas une habitude. Il y avait des spectateurs cinéphiles qui étaient comblés mais d'autres qu'il fallait encore convaincre. Des gens ressortaient d'une séance et nous disaient : "La VO je n''ai rien senti, je n''ai pas eu mal !" Cela faire rire maintenant quand on y repense ! C'était un vrai travail de fourmi, de terrain qui a porté ses fruits.
Prochaines rencontres  prévues aux En ce qui concerne les animations, nous n'étions pas très brillants dans les débats, nous avions beaucoup de trac, on avait besoin de se libérer…
Au fil des années, les spectateurs ont ainsi vu l'évolution de la programmation de la salle, notre propre amélioration. Cela a créé un attachement particulier avec la salle de cinéma.  Résultat : on a gagné beaucoup de spectateurs très vite avec une ligne éditoriale claire, une multiplication des rencontres avec les réalisateurs et un travail conséquent avec le jeune public.

"Les Toiles" fait partie des cinémas classés "art et essai". N'est-ce pas un terme un peu vieillot ?

C'est vrai. J''ai un gros problème avec ce terme qui ne veut pas dire grand-chose, je ne l'aime pas beaucoup. Je préfère le terme de cinéma de recherche. En effet, nous avons dans notre programmation une exigence et un accompagnement des formes un peu singulières. Par exemple, quand je suis arrivé en 1995 et que j'ai découvert le cinéma hongkongais, les films de Wong Kar-Wai étaient considérés comme des films de recherche. A l''epoque, ils avaient une forme narrative inédite et étaient donc assez peu diffusés dans les salles de cinéma. On a  alors programmé ces films, juste pour le plaisir de les montrer, en étant conscient que ce ne sont pas ces films qui allaient nous garantir un chiffre d'affaire phénoménal. Mais on avait le pressentiment que quelque chose se passait dans le cinéma mondial et que cette forme allait irradier et nourrir le cinéma, même au delà du continent asiatique. Et cela a été le cas : un jour "In the mood for love" a rencontré un public très vaste et Wong Kar Waï est devenu ultra populaire !
Mais dans "cinéma de recherche", le terme de recherche fait un peu peur, il faut le prendre au pied de la lettre : on cherche les nouveaux cinéastes, les nouvelles formes, et on s'efforce de les rendre les plus visibles au public. Evidement, nous programmons aussi les cinéastes célèbres comme Woody Allen. Avec de tels réalisateurs, on est sûr de créer un mouvement de masse au cinéma "les Toiles" !

caret de route LES TOILESAvant d'évoquer le passage au numérique, j'aimerais revenir sur le célèbre Carnet de Route des "Toiles" ? Vous nous avez dit qu'il existait déjà à votre arrivée. ..
En effet, on a trouvé l'idée intéressante et ce Carnet de Route est devenu un formidable outil de communication diffusé actuellement à 15000 exemplaires. Il est distribué à Saint-Gratien dans les boites aux lettres, envoyé aux abonnés et mis en dépôt dans de nombreux lieux culturels. Pour ma part cela m'intéressait d'écrire sur les films et, avec Frédéric Grand, responsable jeune public, nous essayons de rendre ce programme le plus attractif possible. Notre force de séduction et notre visibilité étant limitées, le Carnet de Route des "Toiles" a une grande importance pour notre public.
Nous avons aussi une page facebook qui nous permet de communiquer avec les spectateurs. Cela crée un lien fort entre nous et les spectateurs.

En ce qui concerne la programmation, comment procédez-vous ? Vous décidez seule ?
Oui ! J'assume ! C'est de la tyrannie, je suis d'accord avec moi !! Plus sérieusement, de nombreuses personnes pensent que programmer une salle, c'est facile et qu'il suffit de diffuser les gros succès au box-office pour que ça marche ! Je réponds souvent à cette remarque par une autre question : qu'est-ce qu'une salle publique et quel est son rôle ? Soit c'est une salle qui passe tous les films pour plaire à tout le monde soit c'est une salle qui favorise la découverte, qui prend des risques. Dans notre cas, nous avons clairement opté pour la seconde option, ce qui ne nous empêche pas d'avoir du succès. Pour "Les Combattants" que j'avais visionné au Festival de Cannes, je m'étais engagé dès juillet à le programmer sur la durée, ce qui est un gage de sérieux pour le distributeur. Il se trouve que le film a trouvé son public mais rien n'était gagné d'avance et l'on ne peut pas changer la programmation en cas d'échec. Mais j'assume mes choix qui restent avant tout des choix de cinéphile ! Evidemment, nous recherchons aussi un équilibre dans notre programmation en n'oubliant pas non plus les réalités économiques.

Quand vous programmez un film ambitieux, on a toujours l'espoir qu'il trouve son public…
Evidemment. Nous avons aimé un film et le public partage ensuite les mêmes émotions. Pour nous, c'est très gratifiant ! Par exemple : l'année dernière nous avons programmé le film "Heimat" d'Edgar Reitz projeté en 2 parties de deux fois deux heures. J'avais ressenti un tel plaisir, un tel choc à voir ce film que je me suis dit que ce plaisir pouvait être partagé et que quelque chose pouvait se passer. Résultat : la presse a été dithyrambique et les spectateurs venus voir le premier volet étaient là dès le lendemain pour découvrir la deuxième partie ! Plus de 1000 spectateurs aux "Toiles" pour ce film : pari gagné !

Prochaines rencontres  prévues aux "Toiles"

Mardi 28 octobre à 20 h 30
Rencontre avec Céline Sciamma autour de son film "Bande de filles"
Les préventes pour la soirée seront ouvertes à partir du mercredi 22 octobre à la caisse du cinéma

Samedi 15 novembre à 20 h 30
Rencontre avec François Bégaudeau, Gaëlle Bantegnie et Olivier Jacquin, membres du Collectif Othon autour de leur film "Conte de Cergy"
Les préventes pour la soirée seront ouvertes à partir du mercredi 12 novembre à la caisse du cinéma - Tarif unique pour la soirée : 3 €

Cette année, vous multipliez les rencontres avec les réalisateurs. Pour quelles raisons ?
C'est le cœur de notre métier. C'est ce qui nous rend heureux. Par exemple, pour la soirée avec Thomas Cailley réalisateur des "Combattants", ça fait plaisir de voir une salle pleine où les spectateurs prennent la parole ou simplement écoutent attentivement. Ca resserre les liens entre le public et nous. Il y a toujours un noyau de spectateurs fidèles  mais ce noyau grossit de plus en plus, il me semble !
J'aimerais aussi ajouter que, si on fait ce travail éditorial, on le réalise en toute liberté avec la confiance de la ville de St Gratien qui nous soutient et qui nous subventionne. Ils nous donnent carte blanche. Nous sommes dans une logique de transparence, de travail commun et de reconnaissance du travail.

L'arrivée du numérique a-t-elle changé votre manière de travailler ?
Je vais vous surprendre mais cela n'a guère modifié nos façons d'aborder notre travail. Evidemment, recevoir les films sur des petits disques durs de 200g c'est plus souple, plus facile à programmer même si cela occasionne encore parfois quelques ratés ! L'autre avantage pour nous est de pouvoir diffuser nos propres annonces de rencontres avec les réalisateurs ou acteurs. Avec le numérique, je rêverais dans le futur de pouvoir passer des extraits de films lors de nos débats pour illustrer tel ou tel propos. Cela rendrait la rencontre encore plus interactive.
Sinon, au niveau de l'accès aux films, les distributeurs nous faisaient déjà confiance avant l'arrivée du numérique, par conséquent cela ne nous a guère impactés.

Pour être complet, il faut aussi évoquer votre attachement au secteur scolaire ?
En effet, cela fait partie de nos missions. Nous sommes convaincus que la culture cinéma se fait au fil des ans. En effet, avoir maintenant l'occasion de voir des films de John Ford ou des films d'aventures avec Errol Flynn c'est paradoxalement plus compliqué aujourd'hui ! Non pas parce que ce n'est pas accessible, mais au contraire   tout est accessible, tout se vaut et il n'y a plus de jugement de valeur.
Le cinéma "Les Toiles" a ce rôle-là : mettre les enfants en contact avec les œuvres qu'ils n'auraient pas l'occasion de voir. Je suis d'accord : les films sont en VO, John Wayne, John Ford sont morts, les films ont l'âge de leurs grands-parents, néanmoins quel bonheur de voir des enfants scotchés devant "La prisonnière du désert" ! Les professeurs qui participent à l'opération  "Collège au cinéma" ou "Lycée et Apprentis au cinéma" organisent avec Frédéric, responsable jeune public, une discussion à l'issue des projections.
Avec les enfants de 8-9 ans, il se passe toujours quelque chose, ils sont demandeurs. Ensuite, pour les adolescents; il y a un effet bien légitime de ne pas vouloir voir des films en noir et blanc ou en VO. Mais ces jeunes, on les voit revenir plus tard, quand ils sont à la fac,… comme si la petite graine cinéma semée au cours des séances scolaires avait fini par germer…

Pour finir, comment va évoluer "les Toiles" dans les prochains mois ?
Notre petite équipe (trois personnes à temps plein et une dizaine à  temps partiel) va continuer son travail de qualité dans une dimension de sincérité, en mettant la culture à portée de main.
Côté pratique, une réflexion est en cours visant à améliorer dans un futur proche l'accessibilité des lieux et à rendre le cinéma plus moderne et attractif
Bref, j'invite tous vos lecteurs à venir aux "Toiles" pour partager de belles émotions cinématographiques

Merci Séverine pour votre disponibilité et votre passion communicative.

Séverine RocaboyCela faisait quelques mois que j'avais l'intention de rencontrer Séverine Rocaboy. Vous ne connaissez peut-être pas son nom mais depuis bientôt 20 ans son travail est reconnu dans toute la Vallée de Montmorency. En effet, Séverine est la responsable et programmatrice du cinéma "Les Toiles" de Saint-Gratien. Ce cinéma a connu au fil des années une fréquentation en hausse malgré une concurrence accrue avec les divers multiplexes ouverts récemment dans la région. Quelles sont les recettes de ce succès mérité ? Séverine nous donne quelques éléments de réponse…

Avant d'évoquer "Les Toiles" et son actualité, effectuons ensemble un petit flash back sur l'histoire de ce cinéma.
Pour ma part je suis arrivée au Toiles en 1995 en tant que programmatrice. Par conséquent je n'ai pas vécu les débuts chaotiques de cette salle.
A l'origine, "Les Toiles" faisait partie du réseau des cinémas Olympic, détenus par Frédéric Mitterrand. Pour la petite anecdote, Marie-France Pisier était présente aussi à l'inauguration des "Toiles".
Notez bien que ce projet de salle a été conçu dans les années 60, pendant les trente Glorieuses. L'architecte a conçu le Forum de Saint-Gratien comme une ville dans la ville avec les commerces en bas des habitations. Le projet d'une salle de cinéma n'était pas prévu au départ, il est venu se greffer par la suite. C'est pourquoi, côté visibilité, avouez que l'emplacement n'est pas formidable !
Frédéric Mitterrand s'est vite recentré sur ses salles parisiennes et jusqu'au début des années 90, la salle a vivoté en essayant une programmation un peu large, un peu d'art et essai et un peu de cinéma populaire… bref, une ligne éditoriale assez peu définie. "Les Toiles" vivaient donc dans l'ombre de l'UGC Enghien qui, à l'époque, était la salle de banlieue qui drainait le plus de spectateurs en Ile-de-France..

Dans quelle situation avez-vous alors trouvé "Les Toiles" à votre arrivée ?
La salle a fermé au début des années 90 et, à l'époque, le maire François Scellier avait mis dans son programme de campagne électorale la réouverture du cinéma. Il a tenu sa promesse et a confié la gestion de la salle à deux parfaits débutants  - mais néanmoins enthousiastes, Yves Bouveret et Arnaud Desclaux. Je suis donc arrivée en 1995 en tant que programmatrice avec une inexpérience conséquente mais avec ma cinéphilie, ma curiosité et mon énergie débordante. Il y avait tout à créer : à l'époque, il n'y avait pas de personnel à la caisse !  J'ai commencé par voir de très très nombreux films, j'ai appris à négocier avec les distributeurs, nous avons relancé le "Carnet de Route" qui existait à l'état embryonnaire.

Dès le départ avez-vous trouvé votre ligne éditoriale ?
Oui, nous souhaitions développer une offre alternative pour le public. Tout autour des "Toiles" aucune salle ne diffusait les films en VO !  Au départ, en n'ayant aucun atout, aucune visibilité, on s'est dit : "Allons-y ! Les spectateurs, on va aller les chercher un par un !" Un spectateur heureux est le meilleur vecteur de promotion d'un cinéma. Nous étions à la caisse, nous défendions les films et la VO ! A l'époque, il y a 20 ans, la Version Originale n'était pas une habitude. Il y avait des spectateurs cinéphiles qui étaient comblés mais d'autres qu'il fallait encore convaincre. Des gens ressortaient d'une séance et nous disaient : "La VO je n''ai rien senti, je n''ai pas eu mal !" Cela faire rire maintenant quand on y repense ! C'était un vrai travail de fourmi, de terrain qui a porté ses fruits.
Prochaines rencontres  prévues aux En ce qui concerne les animations, nous n'étions pas très brillants dans les débats, nous avions beaucoup de trac, on avait besoin de se libérer…
Au fil des années, les spectateurs ont ainsi vu l'évolution de la programmation de la salle, notre propre amélioration. Cela a créé un attachement particulier avec la salle de cinéma.  Résultat : on a gagné beaucoup de spectateurs très vite avec une ligne éditoriale claire, une multiplication des rencontres avec les réalisateurs et un travail conséquent avec le jeune public.

"Les Toiles" fait partie des cinémas classés "art et essai". N'est-ce pas un terme un peu vieillot ?

C'est vrai. J''ai un gros problème avec ce terme qui ne veut pas dire grand-chose, je ne l'aime pas beaucoup. Je préfère le terme de cinéma de recherche. En effet, nous avons dans notre programmation une exigence et un accompagnement des formes un peu singulières. Par exemple, quand je suis arrivé en 1995 et que j'ai découvert le cinéma hongkongais, les films de Wong Kar-Wai étaient considérés comme des films de recherche. A l''epoque, ils avaient une forme narrative inédite et étaient donc assez peu diffusés dans les salles de cinéma. On a  alors programmé ces films, juste pour le plaisir de les montrer, en étant conscient que ce ne sont pas ces films qui allaient nous garantir un chiffre d'affaire phénoménal. Mais on avait le pressentiment que quelque chose se passait dans le cinéma mondial et que cette forme allait irradier et nourrir le cinéma, même au delà du continent asiatique. Et cela a été le cas : un jour "In the mood for love" a rencontré un public très vaste et Wong Kar Waï est devenu ultra populaire !
Mais dans "cinéma de recherche", le terme de recherche fait un peu peur, il faut le prendre au pied de la lettre : on cherche les nouveaux cinéastes, les nouvelles formes, et on s'efforce de les rendre les plus visibles au public. Evidement, nous programmons aussi les cinéastes célèbres comme Woody Allen. Avec de tels réalisateurs, on est sûr de créer un mouvement de masse au cinéma "les Toiles" !

caret de route LES TOILESAvant d'évoquer le passage au numérique, j'aimerais revenir sur le célèbre Carnet de Route des "Toiles" ? Vous nous avez dit qu'il existait déjà à votre arrivée. ..
En effet, on a trouvé l'idée intéressante et ce Carnet de Route est devenu un formidable outil de communication diffusé actuellement à 15000 exemplaires. Il est distribué à Saint-Gratien dans les boites aux lettres, envoyé aux abonnés et mis en dépôt dans de nombreux lieux culturels. Pour ma part cela m'intéressait d'écrire sur les films et, avec Frédéric Grand, responsable jeune public, nous essayons de rendre ce programme le plus attractif possible. Notre force de séduction et notre visibilité étant limitées, le Carnet de Route des "Toiles" a une grande importance pour notre public.
Nous avons aussi une page facebook qui nous permet de communiquer avec les spectateurs. Cela crée un lien fort entre nous et les spectateurs.

En ce qui concerne la programmation, comment procédez-vous ? Vous décidez seule ?
Oui ! J'assume ! C'est de la tyrannie, je suis d'accord avec moi !! Plus sérieusement, de nombreuses personnes pensent que programmer une salle, c'est facile et qu'il suffit de diffuser les gros succès au box-office pour que ça marche ! Je réponds souvent à cette remarque par une autre question : qu'est-ce qu'une salle publique et quel est son rôle ? Soit c'est une salle qui passe tous les films pour plaire à tout le monde soit c'est une salle qui favorise la découverte, qui prend des risques. Dans notre cas, nous avons clairement opté pour la seconde option, ce qui ne nous empêche pas d'avoir du succès. Pour "Les Combattants" que j'avais visionné au Festival de Cannes, je m'étais engagé dès juillet à le programmer sur la durée, ce qui est un gage de sérieux pour le distributeur. Il se trouve que le film a trouvé son public mais rien n'était gagné d'avance et l'on ne peut pas changer la programmation en cas d'échec. Mais j'assume mes choix qui restent avant tout des choix de cinéphile ! Evidemment, nous recherchons aussi un équilibre dans notre programmation en n'oubliant pas non plus les réalités économiques.

Quand vous programmez un film ambitieux, on a toujours l'espoir qu'il trouve son public…
Evidemment. Nous avons aimé un film et le public partage ensuite les mêmes émotions. Pour nous, c'est très gratifiant ! Par exemple : l'année dernière nous avons programmé le film "Heimat" d'Edgar Reitz projeté en 2 parties de deux fois deux heures. J'avais ressenti un tel plaisir, un tel choc à voir ce film que je me suis dit que ce plaisir pouvait être partagé et que quelque chose pouvait se passer. Résultat : la presse a été dithyrambique et les spectateurs venus voir le premier volet étaient là dès le lendemain pour découvrir la deuxième partie ! Plus de 1000 spectateurs aux "Toiles" pour ce film : pari gagné !

Prochaines rencontres  prévues aux "Toiles"

Mardi 28 octobre à 20 h 30
Rencontre avec Céline Sciamma autour de son film "Bande de filles"
Les préventes pour la soirée seront ouvertes à partir du mercredi 22 octobre à la caisse du cinéma

Samedi 15 novembre à 20 h 30
Rencontre avec François Bégaudeau, Gaëlle Bantegnie et Olivier Jacquin, membres du Collectif Othon autour de leur film "Conte de Cergy"
Les préventes pour la soirée seront ouvertes à partir du mercredi 12 novembre à la caisse du cinéma - Tarif unique pour la soirée : 3 €

Cette année, vous multipliez les rencontres avec les réalisateurs. Pour quelles raisons ?
C'est le cœur de notre métier. C'est ce qui nous rend heureux. Par exemple, pour la soirée avec Thomas Cailley réalisateur des "Combattants", ça fait plaisir de voir une salle pleine où les spectateurs prennent la parole ou simplement écoutent attentivement. Ca resserre les liens entre le public et nous. Il y a toujours un noyau de spectateurs fidèles  mais ce noyau grossit de plus en plus, il me semble !
J'aimerais aussi ajouter que, si on fait ce travail éditorial, on le réalise en toute liberté avec la confiance de la ville de St Gratien qui nous soutient et qui nous subventionne. Ils nous donnent carte blanche. Nous sommes dans une logique de transparence, de travail commun et de reconnaissance du travail.

L'arrivée du numérique a-t-elle changé votre manière de travailler ?
Je vais vous surprendre mais cela n'a guère modifié nos façons d'aborder notre travail. Evidemment, recevoir les films sur des petits disques durs de 200g c'est plus souple, plus facile à programmer même si cela occasionne encore parfois quelques ratés ! L'autre avantage pour nous est de pouvoir diffuser nos propres annonces de rencontres avec les réalisateurs ou acteurs. Avec le numérique, je rêverais dans le futur de pouvoir passer des extraits de films lors de nos débats pour illustrer tel ou tel propos. Cela rendrait la rencontre encore plus interactive.
Sinon, au niveau de l'accès aux films, les distributeurs nous faisaient déjà confiance avant l'arrivée du numérique, par conséquent cela ne nous a guère impactés.

Pour être complet, il faut aussi évoquer votre attachement au secteur scolaire ?
En effet, cela fait partie de nos missions. Nous sommes convaincus que la culture cinéma se fait au fil des ans. En effet, avoir maintenant l'occasion de voir des films de John Ford ou des films d'aventures avec Errol Flynn c'est paradoxalement plus compliqué aujourd'hui ! Non pas parce que ce n'est pas accessible, mais au contraire   tout est accessible, tout se vaut et il n'y a plus de jugement de valeur.
Le cinéma "Les Toiles" a ce rôle-là : mettre les enfants en contact avec les œuvres qu'ils n'auraient pas l'occasion de voir. Je suis d'accord : les films sont en VO, John Wayne, John Ford sont morts, les films ont l'âge de leurs grands-parents, néanmoins quel bonheur de voir des enfants scotchés devant "La prisonnière du désert" ! Les professeurs qui participent à l'opération  "Collège au cinéma" ou "Lycée et Apprentis au cinéma" organisent avec Frédéric, responsable jeune public, une discussion à l'issue des projections.
Avec les enfants de 8-9 ans, il se passe toujours quelque chose, ils sont demandeurs. Ensuite, pour les adolescents; il y a un effet bien légitime de ne pas vouloir voir des films en noir et blanc ou en VO. Mais ces jeunes, on les voit revenir plus tard, quand ils sont à la fac,… comme si la petite graine cinéma semée au cours des séances scolaires avait fini par germer…

Pour finir, comment va évoluer "les Toiles" dans les prochains mois ?
Notre petite équipe (trois personnes à temps plein et une dizaine à  temps partiel) va continuer son travail de qualité dans une dimension de sincérité, en mettant la culture à portée de main.
Côté pratique, une réflexion est en cours visant à améliorer dans un futur proche l'accessibilité des lieux et à rendre le cinéma plus moderne et attractif
Bref, j'invite tous vos lecteurs à venir aux "Toiles" pour partager de belles émotions cinématographiques

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2 commentaire(s)

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Séverine Rocaboy - Il y a 5 ans
Lorsque j'ai parlé de "réflexion", il s'agit, j'en conviens, d'un doux euphémisme.
En effet, notre cinéma est situé dans un bâtiment à l'architecture éminemment complexe et, qui plus est, intégré à une vaste copropriété​. Ces deux éléments sont prépondérants et impliquent des études très poussées et une préparation qui ne l'est pas moins. Je crois néanmoins pouvoir affirmer que cette question constitue une priorité pour la ville de Saint Gratien et enjoindre cette spectatrice à encore un peu de patience.
RIVALLAND GROS - Il y a 5 ans
Bonjour, à vous et félicitations "aux Toiles" et à leur programmation. Mais quelle tristesse de voir les conditions d'accessibilité encore au stade de "réflexion". La mairie de St GRATIEN peut-elle prendre en mains cette question, pour dépasser ce stade?
Savez-vous que la loi d'orientation pour la prise en compte du handicap date de ... 1975? et a été réacualisée en 2005, avec obligation d'accessibilité ... au 1er janvier 2015!PROMESSES PROMESSES§ Quand serons-nous des citoyens à part entière?
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