Accueil > Culture > Cinéma > Mercredi cinéma : "Yves Saint-Laurent" de Jalil Lespert avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte le Bon…
Restez informés
Inscrivez-vous
aux newsletters du Journal !
Je m'inscris

Mercredi cinéma : "Yves Saint-Laurent" de Jalil Lespert avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte le Bon…

Publié le : 08-01-2014

Programme de la semaine des cinémas de la Vallée de Montmorency :
Enghien - Franconville - Montmorency - Saint-Gratien - Taverny et les séances du mercredi de Ermont
Autres cinémas proches : Epinay-sur-Seine - Saint-Ouen l'Aumône

 

YVES SAINT LAURENT de Jalil LespertZoom nouveauté : "Yves Saint-Laurent" de Jalil Lespert

L'histoire
Paris, 1957. A tout juste 21 ans, Yves Saint Laurent est appelé à prendre en main les destinées de la prestigieuse maison de haute couture fondée par Christian Dior, récemment décédé. Lors de son premier défilé triomphal, il fait la connaissance de Pierre Bergé, rencontre qui va bouleverser sa vie. Amants et partenaires en affaires, les deux hommes s’associent trois ans plus tard pour créer la société Yves Saint Laurent. Malgré ses obsessions et ses démons intérieurs, Yves Saint Laurent s’apprête à révolutionner le monde de la mode avec son approche moderne et iconoclaste.
Un film de Jalil Lespert avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon, Laura Smet, Marie de Villepin.

 

Bonus : propos de Jalil Lespert, réalisateur du film

Comment a démarré cette aventure pour vous ?
Je voulais raconter une histoire d'amour qui ait du souffle et qui soit épique. Et puis, je tenais à mettre en scène des personnages qui se battent pour leurs rêves. Par recoupement de toutes ces envies, l'idée d'"Yves Saint-Laurent" a surgi. Du coup, j'étais très excité à l'idée de mener ce projet autour du grand couturier et de Pierre Bergé.

YVES SAINT LAURENT de Jalil LespertQu'est-ce qui vous passionnait dans le parcours d'Yves Saint-Laurent ?
Tout d'abord, je suis très impressionné par le charisme totalement unique d'Yves, mais aussi par sa fragilité et sa candeur. Il est d'une grande intelligence, et il porte en lui une force de détermination absolue. Par ailleurs, ce qui m'a beaucoup touché, c'est qu'il partage avec Pierre Bergé une véritable histoire d'amour qui a duré toute une vie. Et puis, bien sûr, à côté de ce couple, il y a cette force de création extraordinaire. Yves était un créateur, qui a eu une production immense, et qui a toujours eu un temps d'avance par rapport aux autres : c'était un avant-gardiste. Et au-delà de la création, il a compris l'importance du vêtement dans la vie : il a su adapter la tenue vestimentaire à la femme moderne, à une époque où les femmes étaient encore enfermées dans des carcans. Il n'a pas été un témoin de son époque, mais un acteur de son temps. Il a osé faire porter des vêtements d'hommes aux femmes, comme les pantalons et les vestes de smoking, sans jamais nier leur féminité. C'est extrêmement révolutionnaire pour l'époque.

Parlez-nous des recherches que vous avez menées.
Je crois que j'ai dû lire et voir tout ce qui concerne de près ou de loin Yves Saint-Laurent. Il fallait que je mène ce travail d'investigation car, au départ, je ne connaissais pas grand-chose de son histoire, et dans les livres publiés, la vie intime d'Yves était assez peu dévoilée. Du coup, il m'a fallu sans cesse recouper les informations et rassembler les pièces du puzzle. C'était un long travail de fourmi. J'ai réussi à recomposer et à situer les événements de sa vie sur vingt ans. Puis, j'ai choisi de m'en détacher pour ajouter une part de fiction ou jouer sur la réalité pour apporter une dynamique et des enjeux dramatiques. Ensuite, je me suis attelé au tournage.

YVES SAINT LAURENT de Jalil LespertComment s'est passée cette phase de documentation avec Pierre Bergé ?
Sans l'accord de Pierre, je n'aurais pas fait ce film, non pas parce que c'est Pierre Bergé, mais parce qu'il s'agit du compagnon de sa vie. Et quand on se penche sur la vie de Saint-Laurent, Pierre Bergé fait partie intégrante de son univers : si on traite de l'un, on est obligé de traiter de l'autre. J'avais besoin de sentir la présence de Pierre, d'avoir accès à des informations précises que lui seul pouvait me donner, et je voulais connaître son sentiment et sa subjectivité. D'autre part, je tenais à rencontrer la "famille YSL", cette fondation qui regroupe tous ceux et celles qui ont accompagné Yves dans son travail de création. Ils sont encore très liés au créateur qui nous a quittés il y a cinq ans. J'avais perçu dans les documentaires qu'une atmosphère très familiale régnait dans cette maison, et je souhaitais donc aller à la rencontre de tous ces gens. Même si cette maison de haute couture était déjà une industrie à l'époque, il y régnait un esprit de troupe. C'est un aspect important, car il fait écho à l'histoire d'amour d'Yves et de Pierre qui est à la fois très intime et publique. L'un et l'autre sont indissociables, comme au sein d'une troupe de théâtre. Je voulais que tout cela se ressente dans le film et je devais donc en faire moi-même l'expérience au préalable.

C'est avant tout une magnifique histoire d'amour …
Ce qui m'a touché dans cette histoire, c'est qu'elle met en scène deux êtres brillants, dont l'un est un génie, avec tout ce que cela comporte de failles et d'abîmes. En outre, Yves est maniaco-dépressif, et diagnostiqué comme tel par des médecins. Ce qui m'intéresse, c'est la façon dont les deux protagonistes vont s'y prendre pour faire durer leur histoire, malgré cette maladie et les pressions professionnelles. Et ils réussissent à prolonger leur rêve et à en repousser les limites : plus ils vont loin, plus leur histoire d'amour est mise à l'épreuve, plus elle survit à chaque obstacle. C'est en cela qu'il s'agit d'une histoire unique et passionnante. L'intensité des sentiments et des émotions y est décuplée.

C'est aussi un film sur le désir de liberté qui se manifeste à travers la création. Y a-t-il un lien entre la création cinématographique et la création en haute couture ?
Certainement, il existe des liens qui sont de l'ordre de l'industrie : il y a beaucoup d'argent en jeu et de vrais enjeux économiques qui échappent complètement à quelqu'un de totalement libre dans sa création ! Il peut y avoir une forme d'enfermement dans le processus créatif, mais je pense qu'Yves a survécu à cela. A mon avis, il avait la sensation intime qu'il serait limité dans sa création en étant seulement créateur de mode : il devait sans doute y avoir un sentiment d'angoisse, chez lui, à n'être "que" ça, alors que c'était en soi une réussite formidable. Pour autant, la création est intéressante quand elle comporte des limites et des codes, et c'est à partir de ces contraintes qu'on puise sa créativité. Je pense que Saint-Laurent a dû en souffrir car il était foncièrement libre. Or, très jeune, il s'est retrouvé avec beaucoup de responsabilités qui lui incombaient. Son personnage est d'une richesse extraordinaire : il plie sous le poids des responsabilités affectives et professionnelles, tout en représentant une icône... Et dans le même temps, il n'a qu'une envie : se barrer ! Partir très loin, et voir s'il a envie de revenir pour faire des robes car, par moments, il doute.

YVES SAINT LAURENT de Jalil LespertVous avez évité le côté hagiographique pour dépeindre Yves : c'est un homme fragile et émouvant, mais aussi infidèle et ombrageux.
C'est l'histoire d'une fulgurance absolue pendant ces vingt années – de 1956 à 1976 – sur le plan professionnel. À l'âge de 21 ans, Yves rencontre la gloire et l'amour. En effet, il est propulsé à la tête de Dior, ce qui est une charge et une responsabilité gigantesque pour un si jeune homme. Cette maison représentait une industrie considérable en France à cette époque. Il rencontre alors Pierre Bergé et ils vont passer dix-huit ans de vie commune. C'est alors qu'Yves crée sa propre marque et sa propre ligne. Il introduit la haute couture dans la rue, puisqu'il est le premier à travailler le prêt-à-porter avec les mêmes exigences que pour la haute couture. Mais à côté de cette création prolifique, il vit des désespoirs d'amour et le ronronnement des soirées en amoureux, puis traverse des phases de doute et de crises. Tout au long de ces vingt années, on a pu retracer des événements forts et intenses au plan émotionnel. Quand on raconte une histoire d'amour, il y a toujours une tension avec un moment où l'on doit répondre à une question :"est-ce que le couple va pouvoir tenir ?" Dans l'histoire d'Yves et de Pierre, paradoxalement, la question trouve sa réponse en 1976, au moment où le couple traverse sa plus grande crise et où Yves crée la plus belle de toutes ses collections – celle des ballets russes.

Parlez-moi du casting.
J'ai eu la chance de rencontrer Pierre Niney et Guillaume Gallienne. Ils sont complémentaires et, sans se ressembler, ils ont un point commun très fort : c'est leur rapport au travail et au texte, car ce sont tous les deux des comédiens cultivés. Il fallait vraiment ce degré d'investissement et d'intelligence pour aborder des personnages aussi brillants. Ils sont tous les deux très doués et très libres dans la pratique de leur art, mais ce ne sont pas que des cerveaux : ce sont aussi des acteurs habités et pleins de vie. C'est le juste équilibre entre, d'une part, la nécessité de la technique pour rendre compte de vingt ans d'histoire d'amour, qui doit prendre en considération l'évolution du langage notamment, et d'autre part, la dimension vivante et émouvante du jeu de l'acteur. Je crois que le film tient beaucoup grâce à eux.

Comment avez-vous travaillé avec eux ?
Je suis amoureux de tous mes acteurs, surtout qu'il s'agit ici d'une histoire d'amour. J'essaie d'être le plus enveloppant, le plus protecteur possible. Mais les bons acteurs sont des êtres intelligents, et je crois donc qu'il faut aussi leur dire les choses quand c'est nécessaire et les modifier avec leur accord. Par ailleurs, j'ai une expérience devant la caméra, d'où une certaine proximité avec mes comédiens. Mais j'essaie, quels que soient les postes, comédiens ou techniciens, de prendre les meilleurs, de les laisser s'exprimer et de rectifier le tir de temps en temps. Mais souvent, quand ils sont très bons, ils comprennent vite, et parfois mieux que le réalisateur !

Quels ont été vos choix de mise en scène ?
Il n'y a pas de choix de mise en scène a priori. Je ne suis pas dans la posture car je crois qu'il faut utiliser à bon escient tout ce qui permet de réaliser le meilleur film possible. Mon objectif n'est pas de faire un beau plan pour faire un beau plan et me faire plaisir. J'essaie, pour chaque plan, de l'étirer au maximum. Et si, pour cela, il faut utiliser une SteadyCam, une grue, un rail ou toute autre technique possible de mise en scène, je le fais volontiers pour rester au plus près du sujet. Pour moi, le sujet est porté par l'acteur et par la situation à jouer et c'est donc là-dessus que je me concentre. J'ai besoin d'y croire à chaque fois. Je n'essaie pas de "faire du cinéma" : je veux faire un film qui rende compte au plus juste de l'histoire et qui serve le propos.

Comment s'est passée l'élaboration des costumes ?
En réalité, on a multiplié par deux le travail sur les costumes. Tout d'abord, il a fallu concevoir les costumes de film à proprement parler, qui devaient contribuer à la reconstitution d'époque et refléter les évolutions vestimentaires sur une vingtaine d'années. D'autre part, nous avons dû faire des YVES SAINT LAURENT de Jalil Lespertrecherches et des choix pertinents pour aborder certaines collections majeures de Saint-Laurent. On a eu l'appui de Pierre Bergé et de la Fondation, et la chance de pouvoir utiliser des costumes originaux. Car, pour la Fondation, il était hors de question de fabriquer des copies, d'autant plus que plusieurs tissus utilisés par Saint-Laurent à l'époque n'existent plus aujourd'hui.

Comment avez-vous choisi les mannequins qui portent ces robes ?
On les a choisis en fonction de leur capacité à entrer dans ces pièces uniques : ce sont des robes conservées par la Fondation Saint-Laurent, qui ne sont pas portées par des êtres humains, mais uniquement exposées. Il fallait donc trouver des filles très menues parce que les mannequins de l'époque n'avaient pas du tout le même gabarit qu'aujourd'hui, et qu'elles faisaient un 34 ou un 36 maximum ! C'était tout un casse-tête… Mais une fois qu'on a trouvé ces mannequins et qu'on a mis ces robes en lumière, c'était génial. Cela nous a demandé tout un travail très minutieux, d'autant plus que les filles ne pouvaient porter les robes que pendant deux heures d'affilée, puis qu'elles devaient les enlever, à cause des problèmes liés au frottement ou à la transpiration. Je tiens à remercier la chef-costumière Madeline Fontaine qui a été extraordinaire sur ce film.
(extrait dossier de presse)

Programme de la semaine des cinémas de la Vallée de Montmorency :
Enghien - Franconville - Montmorency - Saint-Gratien - Taverny et les séances du mercredi de Ermont
Autres cinémas proches : Epinay-sur-Seine - Saint-Ouen l'Aumône

 

YVES SAINT LAURENT de Jalil LespertZoom nouveauté : "Yves Saint-Laurent" de Jalil Lespert

L'histoire
Paris, 1957. A tout juste 21 ans, Yves Saint Laurent est appelé à prendre en main les destinées de la prestigieuse maison de haute couture fondée par Christian Dior, récemment décédé. Lors de son premier défilé triomphal, il fait la connaissance de Pierre Bergé, rencontre qui va bouleverser sa vie. Amants et partenaires en affaires, les deux hommes s’associent trois ans plus tard pour créer la société Yves Saint Laurent. Malgré ses obsessions et ses démons intérieurs, Yves Saint Laurent s’apprête à révolutionner le monde de la mode avec son approche moderne et iconoclaste.
Un film de Jalil Lespert avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon, Laura Smet, Marie de Villepin.

 

Bonus : propos de Jalil Lespert, réalisateur du film

Comment a démarré cette aventure pour vous ?
Je voulais raconter une histoire d'amour qui ait du souffle et qui soit épique. Et puis, je tenais à mettre en scène des personnages qui se battent pour leurs rêves. Par recoupement de toutes ces envies, l'idée d'"Yves Saint-Laurent" a surgi. Du coup, j'étais très excité à l'idée de mener ce projet autour du grand couturier et de Pierre Bergé.

YVES SAINT LAURENT de Jalil LespertQu'est-ce qui vous passionnait dans le parcours d'Yves Saint-Laurent ?
Tout d'abord, je suis très impressionné par le charisme totalement unique d'Yves, mais aussi par sa fragilité et sa candeur. Il est d'une grande intelligence, et il porte en lui une force de détermination absolue. Par ailleurs, ce qui m'a beaucoup touché, c'est qu'il partage avec Pierre Bergé une véritable histoire d'amour qui a duré toute une vie. Et puis, bien sûr, à côté de ce couple, il y a cette force de création extraordinaire. Yves était un créateur, qui a eu une production immense, et qui a toujours eu un temps d'avance par rapport aux autres : c'était un avant-gardiste. Et au-delà de la création, il a compris l'importance du vêtement dans la vie : il a su adapter la tenue vestimentaire à la femme moderne, à une époque où les femmes étaient encore enfermées dans des carcans. Il n'a pas été un témoin de son époque, mais un acteur de son temps. Il a osé faire porter des vêtements d'hommes aux femmes, comme les pantalons et les vestes de smoking, sans jamais nier leur féminité. C'est extrêmement révolutionnaire pour l'époque.

Parlez-nous des recherches que vous avez menées.
Je crois que j'ai dû lire et voir tout ce qui concerne de près ou de loin Yves Saint-Laurent. Il fallait que je mène ce travail d'investigation car, au départ, je ne connaissais pas grand-chose de son histoire, et dans les livres publiés, la vie intime d'Yves était assez peu dévoilée. Du coup, il m'a fallu sans cesse recouper les informations et rassembler les pièces du puzzle. C'était un long travail de fourmi. J'ai réussi à recomposer et à situer les événements de sa vie sur vingt ans. Puis, j'ai choisi de m'en détacher pour ajouter une part de fiction ou jouer sur la réalité pour apporter une dynamique et des enjeux dramatiques. Ensuite, je me suis attelé au tournage.

YVES SAINT LAURENT de Jalil LespertComment s'est passée cette phase de documentation avec Pierre Bergé ?
Sans l'accord de Pierre, je n'aurais pas fait ce film, non pas parce que c'est Pierre Bergé, mais parce qu'il s'agit du compagnon de sa vie. Et quand on se penche sur la vie de Saint-Laurent, Pierre Bergé fait partie intégrante de son univers : si on traite de l'un, on est obligé de traiter de l'autre. J'avais besoin de sentir la présence de Pierre, d'avoir accès à des informations précises que lui seul pouvait me donner, et je voulais connaître son sentiment et sa subjectivité. D'autre part, je tenais à rencontrer la "famille YSL", cette fondation qui regroupe tous ceux et celles qui ont accompagné Yves dans son travail de création. Ils sont encore très liés au créateur qui nous a quittés il y a cinq ans. J'avais perçu dans les documentaires qu'une atmosphère très familiale régnait dans cette maison, et je souhaitais donc aller à la rencontre de tous ces gens. Même si cette maison de haute couture était déjà une industrie à l'époque, il y régnait un esprit de troupe. C'est un aspect important, car il fait écho à l'histoire d'amour d'Yves et de Pierre qui est à la fois très intime et publique. L'un et l'autre sont indissociables, comme au sein d'une troupe de théâtre. Je voulais que tout cela se ressente dans le film et je devais donc en faire moi-même l'expérience au préalable.

C'est avant tout une magnifique histoire d'amour …
Ce qui m'a touché dans cette histoire, c'est qu'elle met en scène deux êtres brillants, dont l'un est un génie, avec tout ce que cela comporte de failles et d'abîmes. En outre, Yves est maniaco-dépressif, et diagnostiqué comme tel par des médecins. Ce qui m'intéresse, c'est la façon dont les deux protagonistes vont s'y prendre pour faire durer leur histoire, malgré cette maladie et les pressions professionnelles. Et ils réussissent à prolonger leur rêve et à en repousser les limites : plus ils vont loin, plus leur histoire d'amour est mise à l'épreuve, plus elle survit à chaque obstacle. C'est en cela qu'il s'agit d'une histoire unique et passionnante. L'intensité des sentiments et des émotions y est décuplée.

C'est aussi un film sur le désir de liberté qui se manifeste à travers la création. Y a-t-il un lien entre la création cinématographique et la création en haute couture ?
Certainement, il existe des liens qui sont de l'ordre de l'industrie : il y a beaucoup d'argent en jeu et de vrais enjeux économiques qui échappent complètement à quelqu'un de totalement libre dans sa création ! Il peut y avoir une forme d'enfermement dans le processus créatif, mais je pense qu'Yves a survécu à cela. A mon avis, il avait la sensation intime qu'il serait limité dans sa création en étant seulement créateur de mode : il devait sans doute y avoir un sentiment d'angoisse, chez lui, à n'être "que" ça, alors que c'était en soi une réussite formidable. Pour autant, la création est intéressante quand elle comporte des limites et des codes, et c'est à partir de ces contraintes qu'on puise sa créativité. Je pense que Saint-Laurent a dû en souffrir car il était foncièrement libre. Or, très jeune, il s'est retrouvé avec beaucoup de responsabilités qui lui incombaient. Son personnage est d'une richesse extraordinaire : il plie sous le poids des responsabilités affectives et professionnelles, tout en représentant une icône... Et dans le même temps, il n'a qu'une envie : se barrer ! Partir très loin, et voir s'il a envie de revenir pour faire des robes car, par moments, il doute.

YVES SAINT LAURENT de Jalil LespertVous avez évité le côté hagiographique pour dépeindre Yves : c'est un homme fragile et émouvant, mais aussi infidèle et ombrageux.
C'est l'histoire d'une fulgurance absolue pendant ces vingt années – de 1956 à 1976 – sur le plan professionnel. À l'âge de 21 ans, Yves rencontre la gloire et l'amour. En effet, il est propulsé à la tête de Dior, ce qui est une charge et une responsabilité gigantesque pour un si jeune homme. Cette maison représentait une industrie considérable en France à cette époque. Il rencontre alors Pierre Bergé et ils vont passer dix-huit ans de vie commune. C'est alors qu'Yves crée sa propre marque et sa propre ligne. Il introduit la haute couture dans la rue, puisqu'il est le premier à travailler le prêt-à-porter avec les mêmes exigences que pour la haute couture. Mais à côté de cette création prolifique, il vit des désespoirs d'amour et le ronronnement des soirées en amoureux, puis traverse des phases de doute et de crises. Tout au long de ces vingt années, on a pu retracer des événements forts et intenses au plan émotionnel. Quand on raconte une histoire d'amour, il y a toujours une tension avec un moment où l'on doit répondre à une question :"est-ce que le couple va pouvoir tenir ?" Dans l'histoire d'Yves et de Pierre, paradoxalement, la question trouve sa réponse en 1976, au moment où le couple traverse sa plus grande crise et où Yves crée la plus belle de toutes ses collections – celle des ballets russes.

Parlez-moi du casting.
J'ai eu la chance de rencontrer Pierre Niney et Guillaume Gallienne. Ils sont complémentaires et, sans se ressembler, ils ont un point commun très fort : c'est leur rapport au travail et au texte, car ce sont tous les deux des comédiens cultivés. Il fallait vraiment ce degré d'investissement et d'intelligence pour aborder des personnages aussi brillants. Ils sont tous les deux très doués et très libres dans la pratique de leur art, mais ce ne sont pas que des cerveaux : ce sont aussi des acteurs habités et pleins de vie. C'est le juste équilibre entre, d'une part, la nécessité de la technique pour rendre compte de vingt ans d'histoire d'amour, qui doit prendre en considération l'évolution du langage notamment, et d'autre part, la dimension vivante et émouvante du jeu de l'acteur. Je crois que le film tient beaucoup grâce à eux.

Comment avez-vous travaillé avec eux ?
Je suis amoureux de tous mes acteurs, surtout qu'il s'agit ici d'une histoire d'amour. J'essaie d'être le plus enveloppant, le plus protecteur possible. Mais les bons acteurs sont des êtres intelligents, et je crois donc qu'il faut aussi leur dire les choses quand c'est nécessaire et les modifier avec leur accord. Par ailleurs, j'ai une expérience devant la caméra, d'où une certaine proximité avec mes comédiens. Mais j'essaie, quels que soient les postes, comédiens ou techniciens, de prendre les meilleurs, de les laisser s'exprimer et de rectifier le tir de temps en temps. Mais souvent, quand ils sont très bons, ils comprennent vite, et parfois mieux que le réalisateur !

Quels ont été vos choix de mise en scène ?
Il n'y a pas de choix de mise en scène a priori. Je ne suis pas dans la posture car je crois qu'il faut utiliser à bon escient tout ce qui permet de réaliser le meilleur film possible. Mon objectif n'est pas de faire un beau plan pour faire un beau plan et me faire plaisir. J'essaie, pour chaque plan, de l'étirer au maximum. Et si, pour cela, il faut utiliser une SteadyCam, une grue, un rail ou toute autre technique possible de mise en scène, je le fais volontiers pour rester au plus près du sujet. Pour moi, le sujet est porté par l'acteur et par la situation à jouer et c'est donc là-dessus que je me concentre. J'ai besoin d'y croire à chaque fois. Je n'essaie pas de "faire du cinéma" : je veux faire un film qui rende compte au plus juste de l'histoire et qui serve le propos.

Comment s'est passée l'élaboration des costumes ?
En réalité, on a multiplié par deux le travail sur les costumes. Tout d'abord, il a fallu concevoir les costumes de film à proprement parler, qui devaient contribuer à la reconstitution d'époque et refléter les évolutions vestimentaires sur une vingtaine d'années. D'autre part, nous avons dû faire des YVES SAINT LAURENT de Jalil Lespertrecherches et des choix pertinents pour aborder certaines collections majeures de Saint-Laurent. On a eu l'appui de Pierre Bergé et de la Fondation, et la chance de pouvoir utiliser des costumes originaux. Car, pour la Fondation, il était hors de question de fabriquer des copies, d'autant plus que plusieurs tissus utilisés par Saint-Laurent à l'époque n'existent plus aujourd'hui.

Comment avez-vous choisi les mannequins qui portent ces robes ?
On les a choisis en fonction de leur capacité à entrer dans ces pièces uniques : ce sont des robes conservées par la Fondation Saint-Laurent, qui ne sont pas portées par des êtres humains, mais uniquement exposées. Il fallait donc trouver des filles très menues parce que les mannequins de l'époque n'avaient pas du tout le même gabarit qu'aujourd'hui, et qu'elles faisaient un 34 ou un 36 maximum ! C'était tout un casse-tête… Mais une fois qu'on a trouvé ces mannequins et qu'on a mis ces robes en lumière, c'était génial. Cela nous a demandé tout un travail très minutieux, d'autant plus que les filles ne pouvaient porter les robes que pendant deux heures d'affilée, puis qu'elles devaient les enlever, à cause des problèmes liés au frottement ou à la transpiration. Je tiens à remercier la chef-costumière Madeline Fontaine qui a été extraordinaire sur ce film.
(extrait dossier de presse)

Partager cette page :

Vous appréciez le Journal de François ? Soutenez-le ! Merci.

Retourner à la page d'accueil - Retourner à la page "Cinéma"

Vous appréciez le Journal de François ? Soutenez-le ! Merci.

Retourner à la page d'accueil Retourner à la page "Cinéma"


Déposer un commentaire
0 commentaire(s)

Filtre anti-spam

Aucun commentaire

Informations Newsletter
  • Inscrivez-vous aux newsletters du Journal :
    "Agenda du week-end" et "Infos de proximité"
Contact
11 allée du Clos Laisnées, 95120 Ermont
06 89 80 56 28