Programme de la semaine des cinémas de la Vallée de Montmorency :
Enghien (ugc) - Enghien (centre des arts), Franconville - Montmorency - Taverny et les séances à Ermont (mardi-mercredi) et à Eaubonne (mercredi)
Autres cinémas proches : Epinay-sur-Seine - Saint-Ouen l'Aumône.
Le cinéma "Les Toiles" de Saint-Gratien est en travux de rénovation
Sortie de la semaine : "L'odyssée" de Jérôme Salle
L'histoire
1948. Jacques-Yves Cousteau, sa femme et ses deux fils, vivent au paradis, dans une jolie maison surplombant la mer Méditerranée. Mais Cousteau ne rêve que d’aventure. Grâce à son invention, un scaphandre autonome qui permet de respirer sous l’eau, il a découvert un nouveau monde. Désormais, ce monde, il veut l’explorer. Et pour ça, il est prêt à tout sacrifier.
Un film de Jérôme Salle avec Lambert Wilson, Pierre Niney, Audrey Tautou
Bonus : propos de Lambert Wilson, acteur principal du film.
Avant même que ce projet de film sur le commandant Cousteau ne vienne à vous, quel souvenir gardiez-vous de cet homme et de son parcours ?
Son histoire me ramenait à mon enfance. Tout m’était familier : comme De Gaulle, Catherine Langeais ou Léon Zitrone avaient pu l’être ! Des icônes de la télévision française que nous regardions religieusement en famille. Pas chez mes parents mais chez mes grands-parents, mon père étant sur scène, nous ne regardions pas la télévision ensemble… Cousteau était un personnage très présent, ainsi que ses coéquipiers d’ailleurs comme Philippe ou Bébert. Il y avait à l’époque peu de chaînes donc ceux qui apparaissaient à l’écran devenaient un sujet de discussion évident pour tout le monde. Et puis, entre la musique héroïque des documentaires et les images incroyables qu’ils proposaient, les aventures du commandant Cousteau étaient un rêve pour tous les mômes de mon âge. J’ajoute que même s’il y avait des requins par exemple, ça n’avait jamais vraiment l’air dangereux mais au contraire amusant, excitant, presque comme des vacances ! C’est vraiment générationnel : j’ai rencontré récemment en Italie des pêcheurs qui m’ont raconté avoir joué à Cousteau et Falco comme moi étant enfant dans la région de Portofino près de Gènes… Quand je leur ai dit que je faisais le film "L’Odyssée", pour eux c’était quelque chose de très sérieux…
C’est cet attachement presque sentimental au personnage qui vous a fait dire oui très rapidement quand vous avez reçu le scénario de Jérôme Salle ?
Je me souviens que mon agent m’a appelé pour me parler du film alors que j’étais à Londres devant un théâtre et je n’ai pas hésité une seconde ! Nous nous sommes rapidement rencontrés avec Jérôme, il m’a donné son script et il n’était pas question une seconde pour moi de ne pas le faire… L’angle du film n’était pas du tout celui auquel je m’attendais. J’avais entendu parler d’une sorte de biopic plus classique sur Cousteau, de sa jeunesse à sa mort. Jérôme avait déjà beaucoup travaillé sur l’histoire et s’était rendu compte que trouver un acteur capable physiquement d’incarner le personnage sur plus de 60 ans serait compliqué et plus cher. Je pense aussi sur le fond que ça aurait été plus fastidieux. L’idée de concentrer le scénario sur le rapport entre Cousteau et ses deux fils, Philippe et Jean-Michel, était la bonne. Evidemment, cela implique de passer sur certaines choses fondamentales comme sa découverte dans les années 40 du détendeur, ce système qui permet de respirer sous l’eau, ou la conception des premiers films qui mèneront au triomphe du "Monde du silence" à Cannes en 1956 ou encore la dernière partie de sa vie très importante sur le plan écologique après la mort de Philippe… Si j’ai été frustré au tout départ en me disant égoïstement que cela m’enlevait des possibilités de jeu, je ne le pense plus en voyant le film. Il y a dans "L’Odyssée" l’essence même de Jacques-Yves Cousteau, avec ses défauts, ses qualités, ses contradictions et son rapport à sa famille…
Vous avez donc cette envie immédiate d’incarner Cousteau mais passée cette envie, avez-vous une sorte de pression ou de responsabilité à devoir jouer un homme qui a longtemps été le français préféré des français, comme l’avait d’ailleurs été l’Abbé Pierre, un autre de vos grands rôles ?
Oui c’est exactement ça : Cousteau et l’Abbé ont successivement été n°1 et n°2 du classement du Journal du Dimanche pendant des années ! Avec le recul, c’était beaucoup plus risqué de me faire jouer l’Abbé Pierre que Cousteau : j’étais trop jeune à l’époque, trop grand… Là, j’ai des points communs physionomiques avec le commandant, un côté grande bringue, le même genre de nez… Bien sûr il fallait travailler mais il y avait une telle masse de documentation sur Cousteau, à l’inverse de l’Abbé Pierre. Dans ce genre d’exercice, il faut comprendre assez rapidement, metteur en scène et acteurs confondus, que ce que l’on va donner au public c’est une sensation, la vibration d’un personnage, pas une imitation. A la fin de "Hiver 54", je ne ressemblais toujours pas à l’Abbé Pierre mais le plus beau compliment est venu des Compagnons qui m’ont dit l’avoir ressenti à travers mon interprétation… Dans "L’Odyssée", je ressemble certes un peu à Cousteau mais j’espère que l’on percevra une véracité, une sincérité et surtout que ceux qui l’ont connu seront convaincus...
Outre le physique sur lequel nous reviendrons, votre préparation au rôle est à la base passée par la masse de documentation existante sur le commandant Cousteau, notamment les livres…
Je fais partie de ces acteurs qui ont besoin d’un modèle pour ne pas être flou dans leur interprétation. Si l’on veut se transformer, il faut que ce modèle soit précis… Là, avec Cousteau, le poids du matériel existant est presque écrasant ! Il y a d’abord tous ses documentaires, dans lesquels il apparait. Ensuite, il y a de nombreux livres et notamment celui de Franck Machu, un énorme pavé qui s’appelle "Un cinéaste nommé Cousteau" qui a l’avantage d’être une biographie passant par ses films. Le récit démarre avec les premiers tournages en noir et blanc réalisés avec les Mousquemers puis aborde aussi bien "Le monde du silence" que les multiples épisodes pour la télé : tout ce que Cousteau a filmé y est répertorié et se mélange avec les éléments de sa vie. C’est passionnant… J’ai également lu le livre du commandant Jacques-Yves Cousteau : "L’homme, la pieuvre et l’orchidée", sorte de grand manifeste écolo qui ne raconte pas grand-chose sur son existence mais qui est intéressant. Enfin il y a un très bon bouquin anglais qui s’intitule "The sea king" de Brad Matsen et qui a le mérite d’être extrêmement objectif. Bref, pendant un an avant le tournage, j’ai littéralement « bouffé » du Cousteau pour me nourrir de lui. Autre élément important : le travail sur les costumes et les maquillages que nous avons effectué en voyant et revoyant des images. Enfin, Jérôme Salle m’a fait écouter des enregistrements de la voix de Cousteau, notamment les émissions "Radioscopie" de Jacques Chancel. Honnêtement, en entendant cela, j’ai un peu eu le sentiment de mettre les doigts dans la prise ! Je veux dire par là que j’avais parfois le sentiment que Cousteau était là, à côté de moi… J’ai cependant renoncé à chercher à imiter sa voix, privilégiant plutôt son rythme d’élocution. J’en avais parlé avec Laurent Gerra qui lui fait partie des énigmes de la nature, capables de capter et de reproduire une tessiture vocale. Ça m’aurait demandé trop de temps et de travail, au risque de passer à côté du plus important si l’on veut montrer Cousteau : un mélange de charisme, d’égocentrisme féroce mais aussi une capacité inouie à insuffler de l’énergie et l’idée de liberté aux autres. C’est un personnage faible dans sa haine du conflit, sa fuite devant les tensions familiales ou professionnelles mais qui aurait pu vous convaincre de le suivre au bout du monde ou de sortir votre carnet de chèques pour financer ses projets !
C’est aussi un homme qui a construit son rêve avec Simone sa première épouse…
Oui, avec et sans elle dans le même temps et c’est un des paradoxes qui le rend intéressant. Ce choix égoïste d’une liberté a été fait à deux. Simone et Jacques-Yves quoiqu’on en dise et quoiqu’on en sache étaient un couple et ils ont choisi cette vie incroyable de parcourir le monde. Ça raconte beaucoup de choses… Alors au début, ils imposent ça à leurs enfants qui vont suivre comme ils le pourront, n’apprenant à lire qu’à 8 ans et vivant comme des petits sauvages. Quand les parents veulent partir plus loin, les gamins sont placés en pension… Simone avait choisi cette vie de marginale et ensuite elle est même restée seule à bord de la Calypso avec l’équipage. Je n’avais jamais fait de réelle traversée sur un bateau, naviguant généralement près des côtes. Là, pour le film, nous sommes allés en Antarctique et notamment dans le passage de Drake, l’une des mers les plus dangereuses du monde. J’ai compris ! Cette excitation du grand large, sans apercevoir la moindre terre, cette liberté absolue, je l’ai ressentie dans ma chair… Les plongeurs de Cousteau, François Sarano par exemple, nous ont raconté qu’à la fin d’une expédition, le bateau s’était arrêté en pleine tempête en Nouvelle-Zélande. Le temps de faire le plein de kérosène et de nourriture et la Calypso était repartie au beau milieu de la furie ! Ni Simone ni Jacques-Yves ne voulaient rester au port. Je crois que c’était un couple qui au fond, fuyait le reste de l’humanité, même si lui a passé une partie de sa vie à aller chercher de l’argent aux Etats Unis pour financer cette fuite…Parlons aussi de votre transformation physique pour vous façonner un corps qui ressemble au sien et donc à celui d’un plongeur…
C’est un peu un échec pour moi. Je pense qu’un acteur américain, (Michael Fassbender ou Matthew McConaughey), aurait sans doute poussé la performance un peu plus loin ! Ce qui était difficile avec Cousteau, c’est qu’il fallait à la fois être maigre et faire des choses très physiques, comme la plongée. Le problème, c’est qu’en deçà d’un certain poids, on s’affaiblit. Moi, je devais aller sous l’eau en portant ces bouteilles d’oxygène très lourdes avec des journées de tournage de 14 heures donc je devais garder suffisamment d’énergie. J’ai perdu 10 kilos assez rapidement, sans rien reprendre pendant le film. D’ailleurs Jérôme a opéré une surveillance permanente de mon assiette parce qu’il trouvait que j’étais trop costaud ! Je fais régulièrement de la musculation et mon corps devait être comme celui d’un plongeur : plus mince que musclé…
Apprendre la plongée a aussi été une vraie discipline j’imagine…
Surtout un vrai cadeau ! Depuis que je suis petit, dès que je suis dans une piscine, un lac ou dans la mer, je passe mon temps sous l’eau. Il m’est arrivé d’aller jusqu’à 3 ou 4 mètres, en décompressant un peu… Personne ne m’avait dit qu’il suffisait d’endosser des bouteilles pour pouvoir respirer et être le plus heureux des hommes ! Je me souviens qu’avec mon frère étant enfants, nous avions fait des exercices de plongée dans la piscine de nos parents à Bandol, (près de là où Cousteau a vécu), en faisant des compétitions de rangement d’objets au fond du bassin. Pour "L’Odyssée", il a évidemment fallu apprendre de manière professionnelle ! La législation française nous oblige à avoir notre degré sportif de plongée mais aussi un diplôme de scaphandrier professionnel, puisque nous plongeons dans le cadre d’un travail… Cela implique une visite médicale extrêmement poussée avec radio des poumons, encéphalogramme, électrocardiogramme, examen des yeux et des oreilles, etc… Il y a enfin une épreuve de plongée de 4 jours, qui est par exemple réservée aux futurs employés des plateformes pétrolières. Ça, c’est un diplôme dont je suis très fier… Le souci, c’est que notre première leçon avec Pierre Niney, Jérôme Salle et Brieuc Vanderswalm, (le premier assistant du film), s’est déroulée dans le port industriel de Marseille dans une eau d’une épouvantable saleté ! Nous ne pouvions pas voir notre professeur à un mètre, pataugeant dans la boue, la vase et l’huile… Il fallait en plus faire des exercices où nous devions retirer nos masques sous l’eau. J’ai immédiatement attrapé une infection à l’oeil. Atroce ! Heureusement, les jours suivants, nous sommes partis dans les îles alentours et là nous avons commencé à prendre un peu de plaisir. Je tiens à saluer au passage les types formidables qui nous ont formés, notamment Philippe Le Meuner, d’un calme, d’une efficacité et d’une gentillesse incroyables. La plongée a été une vraie révélation. J’avais fait de l’alpinisme pour "Cinq jours, ce printemps-là" de Fred Zinnemann, j’ai eu à m’entrainer au combat pour d’autres films, je pratique l’équitation régulièrement depuis mon enfance mais là, en plongeant, j’ai rencontré des gens très différents. Ils sont paisibles, sereins, amoureux de la nature, rassurants dans leur promptitude à aider leur compagnon de plongée. Ces professionnels n’ont pas été avec nous durant tout le tournage mais leur présence a participé dès le début, lors des scènes en Croatie, au soleil, dans l’eau chaude et des paysages magnifiques, à souder l’équipe, des acteurs aux techniciens.
Comment définiriez-vous le film ?
Il faut maintenant aborder un des points les plus intéressants du film : "L’Odyssée" n’est surtout pas une hagiographie du commandant Cousteau. Le film montre que l’industrie du pétrole a financé ses premiers travaux, qu’il a accepté des compromis avec les chaînes de télé américaines pour qu’elles produisent ses films, que son rapport aux animaux sauvages est fluctuant et sa réelle prise de conscience écologique tardive. Cela risque de surprendre le public qui a une toute autre image de Cousteau…
Il y a deux regards possibles sur cet homme. Le premier est admiratif mais basique : comme l’Abbé Pierre, ce sont des gens que l’on aime bien mais que l’on ne connait pas vraiment. Le second me surprend et m’énerve ! Chez un certain nombre de personnes plus averties, plus parisiennes, plus intellectuelles il y a comme un désir de déboulonner la statue du commandant ou plutôt du commandeur ! On voudrait par exemple absolument associer Cousteau à l’antisémitisme avéré de son frère Pierre-Antoine, qui a effectivement écrit des textes effroyables. C’est de l’inculture totale ! Vous parlez de l’écologie mais lui-même a fait son mea-culpa en allant très loin dans l’autre sens, faisant adopter un moratoire qui protège l’Antarctique pour 50 ans. Il a été un des premiers à tirer une sonnette d’alarme qu’aujourd’hui tous les êtres humains à peu près censés entendent résonner. Quand il a tourné "Le monde du silence", il ne soupçonnait pas à quel point la mer était déjà en danger. Le péril remonte en fait au début de la révolution industrielle… Mais dès le début des années 60, Cousteau est celui qui obtient des scientifiques réunis à l’Institut Océanographique de Monaco que l’on n’enfouisse pas les déchets nucléaires au fond de l’océan ! C’est un vrai héros de l’Humanité dont le message n’a quasiment pas été entendu. Ce que disent les associations sur l’industrialisation, la surpêche, le réchauffement climatique : tout a été annoncé par Cousteau. Le procès qu’on lui fait sur son manque de conscience environnementale est donc stupide et infondé et parler de lui à travers la promotion de ce film est pour moi l’occasion de remettre son message au coeur du débat. Attention : cela n’empêche pas dans le film de montrer Jacques-Yves Cousteau sous de multiples formes…
(extrait dossier de presse)
Programme de la semaine des cinémas de la Vallée de Montmorency :
Enghien (ugc) - Enghien (centre des arts), Franconville - Montmorency - Taverny et les séances à Ermont (mardi-mercredi) et à Eaubonne (mercredi)
Autres cinémas proches : Epinay-sur-Seine - Saint-Ouen l'Aumône.
Le cinéma "Les Toiles" de Saint-Gratien est en travux de rénovation
Sortie de la semaine : "L'odyssée" de Jérôme Salle
L'histoire
1948. Jacques-Yves Cousteau, sa femme et ses deux fils, vivent au paradis, dans une jolie maison surplombant la mer Méditerranée. Mais Cousteau ne rêve que d’aventure. Grâce à son invention, un scaphandre autonome qui permet de respirer sous l’eau, il a découvert un nouveau monde. Désormais, ce monde, il veut l’explorer. Et pour ça, il est prêt à tout sacrifier.
Un film de Jérôme Salle avec Lambert Wilson, Pierre Niney, Audrey Tautou
Bonus : propos de Lambert Wilson, acteur principal du film.
Avant même que ce projet de film sur le commandant Cousteau ne vienne à vous, quel souvenir gardiez-vous de cet homme et de son parcours ?
Son histoire me ramenait à mon enfance. Tout m’était familier : comme De Gaulle, Catherine Langeais ou Léon Zitrone avaient pu l’être ! Des icônes de la télévision française que nous regardions religieusement en famille. Pas chez mes parents mais chez mes grands-parents, mon père étant sur scène, nous ne regardions pas la télévision ensemble… Cousteau était un personnage très présent, ainsi que ses coéquipiers d’ailleurs comme Philippe ou Bébert. Il y avait à l’époque peu de chaînes donc ceux qui apparaissaient à l’écran devenaient un sujet de discussion évident pour tout le monde. Et puis, entre la musique héroïque des documentaires et les images incroyables qu’ils proposaient, les aventures du commandant Cousteau étaient un rêve pour tous les mômes de mon âge. J’ajoute que même s’il y avait des requins par exemple, ça n’avait jamais vraiment l’air dangereux mais au contraire amusant, excitant, presque comme des vacances ! C’est vraiment générationnel : j’ai rencontré récemment en Italie des pêcheurs qui m’ont raconté avoir joué à Cousteau et Falco comme moi étant enfant dans la région de Portofino près de Gènes… Quand je leur ai dit que je faisais le film "L’Odyssée", pour eux c’était quelque chose de très sérieux…
C’est cet attachement presque sentimental au personnage qui vous a fait dire oui très rapidement quand vous avez reçu le scénario de Jérôme Salle ?
Je me souviens que mon agent m’a appelé pour me parler du film alors que j’étais à Londres devant un théâtre et je n’ai pas hésité une seconde ! Nous nous sommes rapidement rencontrés avec Jérôme, il m’a donné son script et il n’était pas question une seconde pour moi de ne pas le faire… L’angle du film n’était pas du tout celui auquel je m’attendais. J’avais entendu parler d’une sorte de biopic plus classique sur Cousteau, de sa jeunesse à sa mort. Jérôme avait déjà beaucoup travaillé sur l’histoire et s’était rendu compte que trouver un acteur capable physiquement d’incarner le personnage sur plus de 60 ans serait compliqué et plus cher. Je pense aussi sur le fond que ça aurait été plus fastidieux. L’idée de concentrer le scénario sur le rapport entre Cousteau et ses deux fils, Philippe et Jean-Michel, était la bonne. Evidemment, cela implique de passer sur certaines choses fondamentales comme sa découverte dans les années 40 du détendeur, ce système qui permet de respirer sous l’eau, ou la conception des premiers films qui mèneront au triomphe du "Monde du silence" à Cannes en 1956 ou encore la dernière partie de sa vie très importante sur le plan écologique après la mort de Philippe… Si j’ai été frustré au tout départ en me disant égoïstement que cela m’enlevait des possibilités de jeu, je ne le pense plus en voyant le film. Il y a dans "L’Odyssée" l’essence même de Jacques-Yves Cousteau, avec ses défauts, ses qualités, ses contradictions et son rapport à sa famille…
Vous avez donc cette envie immédiate d’incarner Cousteau mais passée cette envie, avez-vous une sorte de pression ou de responsabilité à devoir jouer un homme qui a longtemps été le français préféré des français, comme l’avait d’ailleurs été l’Abbé Pierre, un autre de vos grands rôles ?
Oui c’est exactement ça : Cousteau et l’Abbé ont successivement été n°1 et n°2 du classement du Journal du Dimanche pendant des années ! Avec le recul, c’était beaucoup plus risqué de me faire jouer l’Abbé Pierre que Cousteau : j’étais trop jeune à l’époque, trop grand… Là, j’ai des points communs physionomiques avec le commandant, un côté grande bringue, le même genre de nez… Bien sûr il fallait travailler mais il y avait une telle masse de documentation sur Cousteau, à l’inverse de l’Abbé Pierre. Dans ce genre d’exercice, il faut comprendre assez rapidement, metteur en scène et acteurs confondus, que ce que l’on va donner au public c’est une sensation, la vibration d’un personnage, pas une imitation. A la fin de "Hiver 54", je ne ressemblais toujours pas à l’Abbé Pierre mais le plus beau compliment est venu des Compagnons qui m’ont dit l’avoir ressenti à travers mon interprétation… Dans "L’Odyssée", je ressemble certes un peu à Cousteau mais j’espère que l’on percevra une véracité, une sincérité et surtout que ceux qui l’ont connu seront convaincus...
Outre le physique sur lequel nous reviendrons, votre préparation au rôle est à la base passée par la masse de documentation existante sur le commandant Cousteau, notamment les livres…
Je fais partie de ces acteurs qui ont besoin d’un modèle pour ne pas être flou dans leur interprétation. Si l’on veut se transformer, il faut que ce modèle soit précis… Là, avec Cousteau, le poids du matériel existant est presque écrasant ! Il y a d’abord tous ses documentaires, dans lesquels il apparait. Ensuite, il y a de nombreux livres et notamment celui de Franck Machu, un énorme pavé qui s’appelle "Un cinéaste nommé Cousteau" qui a l’avantage d’être une biographie passant par ses films. Le récit démarre avec les premiers tournages en noir et blanc réalisés avec les Mousquemers puis aborde aussi bien "Le monde du silence" que les multiples épisodes pour la télé : tout ce que Cousteau a filmé y est répertorié et se mélange avec les éléments de sa vie. C’est passionnant… J’ai également lu le livre du commandant Jacques-Yves Cousteau : "L’homme, la pieuvre et l’orchidée", sorte de grand manifeste écolo qui ne raconte pas grand-chose sur son existence mais qui est intéressant. Enfin il y a un très bon bouquin anglais qui s’intitule "The sea king" de Brad Matsen et qui a le mérite d’être extrêmement objectif. Bref, pendant un an avant le tournage, j’ai littéralement « bouffé » du Cousteau pour me nourrir de lui. Autre élément important : le travail sur les costumes et les maquillages que nous avons effectué en voyant et revoyant des images. Enfin, Jérôme Salle m’a fait écouter des enregistrements de la voix de Cousteau, notamment les émissions "Radioscopie" de Jacques Chancel. Honnêtement, en entendant cela, j’ai un peu eu le sentiment de mettre les doigts dans la prise ! Je veux dire par là que j’avais parfois le sentiment que Cousteau était là, à côté de moi… J’ai cependant renoncé à chercher à imiter sa voix, privilégiant plutôt son rythme d’élocution. J’en avais parlé avec Laurent Gerra qui lui fait partie des énigmes de la nature, capables de capter et de reproduire une tessiture vocale. Ça m’aurait demandé trop de temps et de travail, au risque de passer à côté du plus important si l’on veut montrer Cousteau : un mélange de charisme, d’égocentrisme féroce mais aussi une capacité inouie à insuffler de l’énergie et l’idée de liberté aux autres. C’est un personnage faible dans sa haine du conflit, sa fuite devant les tensions familiales ou professionnelles mais qui aurait pu vous convaincre de le suivre au bout du monde ou de sortir votre carnet de chèques pour financer ses projets !
C’est aussi un homme qui a construit son rêve avec Simone sa première épouse…
Oui, avec et sans elle dans le même temps et c’est un des paradoxes qui le rend intéressant. Ce choix égoïste d’une liberté a été fait à deux. Simone et Jacques-Yves quoiqu’on en dise et quoiqu’on en sache étaient un couple et ils ont choisi cette vie incroyable de parcourir le monde. Ça raconte beaucoup de choses… Alors au début, ils imposent ça à leurs enfants qui vont suivre comme ils le pourront, n’apprenant à lire qu’à 8 ans et vivant comme des petits sauvages. Quand les parents veulent partir plus loin, les gamins sont placés en pension… Simone avait choisi cette vie de marginale et ensuite elle est même restée seule à bord de la Calypso avec l’équipage. Je n’avais jamais fait de réelle traversée sur un bateau, naviguant généralement près des côtes. Là, pour le film, nous sommes allés en Antarctique et notamment dans le passage de Drake, l’une des mers les plus dangereuses du monde. J’ai compris ! Cette excitation du grand large, sans apercevoir la moindre terre, cette liberté absolue, je l’ai ressentie dans ma chair… Les plongeurs de Cousteau, François Sarano par exemple, nous ont raconté qu’à la fin d’une expédition, le bateau s’était arrêté en pleine tempête en Nouvelle-Zélande. Le temps de faire le plein de kérosène et de nourriture et la Calypso était repartie au beau milieu de la furie ! Ni Simone ni Jacques-Yves ne voulaient rester au port. Je crois que c’était un couple qui au fond, fuyait le reste de l’humanité, même si lui a passé une partie de sa vie à aller chercher de l’argent aux Etats Unis pour financer cette fuite…Parlons aussi de votre transformation physique pour vous façonner un corps qui ressemble au sien et donc à celui d’un plongeur…
C’est un peu un échec pour moi. Je pense qu’un acteur américain, (Michael Fassbender ou Matthew McConaughey), aurait sans doute poussé la performance un peu plus loin ! Ce qui était difficile avec Cousteau, c’est qu’il fallait à la fois être maigre et faire des choses très physiques, comme la plongée. Le problème, c’est qu’en deçà d’un certain poids, on s’affaiblit. Moi, je devais aller sous l’eau en portant ces bouteilles d’oxygène très lourdes avec des journées de tournage de 14 heures donc je devais garder suffisamment d’énergie. J’ai perdu 10 kilos assez rapidement, sans rien reprendre pendant le film. D’ailleurs Jérôme a opéré une surveillance permanente de mon assiette parce qu’il trouvait que j’étais trop costaud ! Je fais régulièrement de la musculation et mon corps devait être comme celui d’un plongeur : plus mince que musclé…
Apprendre la plongée a aussi été une vraie discipline j’imagine…
Surtout un vrai cadeau ! Depuis que je suis petit, dès que je suis dans une piscine, un lac ou dans la mer, je passe mon temps sous l’eau. Il m’est arrivé d’aller jusqu’à 3 ou 4 mètres, en décompressant un peu… Personne ne m’avait dit qu’il suffisait d’endosser des bouteilles pour pouvoir respirer et être le plus heureux des hommes ! Je me souviens qu’avec mon frère étant enfants, nous avions fait des exercices de plongée dans la piscine de nos parents à Bandol, (près de là où Cousteau a vécu), en faisant des compétitions de rangement d’objets au fond du bassin. Pour "L’Odyssée", il a évidemment fallu apprendre de manière professionnelle ! La législation française nous oblige à avoir notre degré sportif de plongée mais aussi un diplôme de scaphandrier professionnel, puisque nous plongeons dans le cadre d’un travail… Cela implique une visite médicale extrêmement poussée avec radio des poumons, encéphalogramme, électrocardiogramme, examen des yeux et des oreilles, etc… Il y a enfin une épreuve de plongée de 4 jours, qui est par exemple réservée aux futurs employés des plateformes pétrolières. Ça, c’est un diplôme dont je suis très fier… Le souci, c’est que notre première leçon avec Pierre Niney, Jérôme Salle et Brieuc Vanderswalm, (le premier assistant du film), s’est déroulée dans le port industriel de Marseille dans une eau d’une épouvantable saleté ! Nous ne pouvions pas voir notre professeur à un mètre, pataugeant dans la boue, la vase et l’huile… Il fallait en plus faire des exercices où nous devions retirer nos masques sous l’eau. J’ai immédiatement attrapé une infection à l’oeil. Atroce ! Heureusement, les jours suivants, nous sommes partis dans les îles alentours et là nous avons commencé à prendre un peu de plaisir. Je tiens à saluer au passage les types formidables qui nous ont formés, notamment Philippe Le Meuner, d’un calme, d’une efficacité et d’une gentillesse incroyables. La plongée a été une vraie révélation. J’avais fait de l’alpinisme pour "Cinq jours, ce printemps-là" de Fred Zinnemann, j’ai eu à m’entrainer au combat pour d’autres films, je pratique l’équitation régulièrement depuis mon enfance mais là, en plongeant, j’ai rencontré des gens très différents. Ils sont paisibles, sereins, amoureux de la nature, rassurants dans leur promptitude à aider leur compagnon de plongée. Ces professionnels n’ont pas été avec nous durant tout le tournage mais leur présence a participé dès le début, lors des scènes en Croatie, au soleil, dans l’eau chaude et des paysages magnifiques, à souder l’équipe, des acteurs aux techniciens.
Comment définiriez-vous le film ?
Il faut maintenant aborder un des points les plus intéressants du film : "L’Odyssée" n’est surtout pas une hagiographie du commandant Cousteau. Le film montre que l’industrie du pétrole a financé ses premiers travaux, qu’il a accepté des compromis avec les chaînes de télé américaines pour qu’elles produisent ses films, que son rapport aux animaux sauvages est fluctuant et sa réelle prise de conscience écologique tardive. Cela risque de surprendre le public qui a une toute autre image de Cousteau…
Il y a deux regards possibles sur cet homme. Le premier est admiratif mais basique : comme l’Abbé Pierre, ce sont des gens que l’on aime bien mais que l’on ne connait pas vraiment. Le second me surprend et m’énerve ! Chez un certain nombre de personnes plus averties, plus parisiennes, plus intellectuelles il y a comme un désir de déboulonner la statue du commandant ou plutôt du commandeur ! On voudrait par exemple absolument associer Cousteau à l’antisémitisme avéré de son frère Pierre-Antoine, qui a effectivement écrit des textes effroyables. C’est de l’inculture totale ! Vous parlez de l’écologie mais lui-même a fait son mea-culpa en allant très loin dans l’autre sens, faisant adopter un moratoire qui protège l’Antarctique pour 50 ans. Il a été un des premiers à tirer une sonnette d’alarme qu’aujourd’hui tous les êtres humains à peu près censés entendent résonner. Quand il a tourné "Le monde du silence", il ne soupçonnait pas à quel point la mer était déjà en danger. Le péril remonte en fait au début de la révolution industrielle… Mais dès le début des années 60, Cousteau est celui qui obtient des scientifiques réunis à l’Institut Océanographique de Monaco que l’on n’enfouisse pas les déchets nucléaires au fond de l’océan ! C’est un vrai héros de l’Humanité dont le message n’a quasiment pas été entendu. Ce que disent les associations sur l’industrialisation, la surpêche, le réchauffement climatique : tout a été annoncé par Cousteau. Le procès qu’on lui fait sur son manque de conscience environnementale est donc stupide et infondé et parler de lui à travers la promotion de ce film est pour moi l’occasion de remettre son message au coeur du débat. Attention : cela n’empêche pas dans le film de montrer Jacques-Yves Cousteau sous de multiples formes…
(extrait dossier de presse)
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