Programme de la semaine des cinémas de la Vallée de Montmorency :
Enghien - Franconville - Saint-Gratien - Taverny et les séances du mercredi de Ermont
Autres cinémas proches : Epinay-sur-Seine - Saint-Ouen l'Aumône
Zoom nouveauté : "Arrêtez-moi" de Jean-Paul Lilienfeld
L'histoire
Un soir, une femme se rend dans un commissariat pour confesser le meurtre de son mari violent, commis il y a plusieurs années. Plus la policière de permanence interroge cette femme, plus elle connait sa vie, moins elle a envie de l’arrêter. Pourquoi cette femme que personne ne soupçonnait veut-elle absolument être reconnue coupable ? Pourquoi cette policière ne veut-elle absolument pas l’arrêter ? L’une des deux gagnera. Mais que veut dire gagner dans ce genre de circonstances ?
Un film de Jean-Paul Lilienfeld avec Sophie Marceau, Miou-Miou, Marc Barbé…
Bonus : propos de Sophie Marceau, actrice du film.
Vous avez récemment expliqué que, si vous continuiez à tourner, c’était parce que vous aviez encore «des choses à dire et des aventures à vivre». En quoi cela a-t-il été le cas sur ce film ?
La lecture du scénario a été un déclencheur. J’ai été séduite par la crudité, la musicalité des dialogues et l’apparente simplicité de mon personnage. Je me suis laissée embarquer par le suspense, sans savoir où l’histoire m’emmenait et la fin m’a bouleversée : on comprend enfin la raison qui motive cette femme à vouloir aller en prison.
Je connaissais l’œuvre de Jean Teulé, même si je n’avais pas lu "Les lois de la gravité", je n’avais pas vu "la journée de la jupe", mais je ne pouvais pas ne pas faire ce film. C’est comme si Jean-Paul avait frôlé de ses ailes d’ange la nature humaine dans ce qu’elle a de plus extraordinaire : le film est ancré dans une réalité sociale difficile, d’où jaillit pourtant une étincelle.
Lorsque j’ai rattrapé "La journée de la jupe", j’ai éprouvé le même sentiment : on touche de manière délicate et humaine à un sujet complexe…
…Alors que les situations et le contexte social pouvaient prêter à tous les stéréotypes.
Jean-Paul parvient à parler de gens qui, malgré l’étroitesse et la difficulté de leur vie, deviennent des héros, parce qu’ils sont attachés à des principes humains fondamentaux. Il n’y a aucune prétention ou grand discours asséné. C’est un homme délicat, pudique, même si l’on sent chez lui une violence contenue. "La journée de la jupe" et "Arrêtez-moi" lui ressemblent profondément.
Dans "Arrêtez-moi", ce sont les convictions de Pontoise et de votre personnage qui heurtent le système et l’ordre établi.
Bien sûr, "Arrêtez-moi" traite de ce sujet mais il s’attache surtout à la détermination de cette fille à changer le cours de son destin. Elle a pris beaucoup de coups dans la gueule et va pourtant s’élever au-delà du sort qui lui était réservé. C’est également une histoire vraie et non pas un caprice d’un metteur en scène de faire de «Madame tout le monde» une héroïne.
Le film s’aventure dans un mélange des tons surprenant, où le drame réaliste côtoie le conte et parfois l’humour.
Le personnage que j’incarne – et qui n’a pas de prénom – amène quelque chose de très direct, à la limite de la candeur. À l’inverse, Pontoise est dans le sarcasme, dans une ironie qui ébranle l’autre. Elle a vu défiler tellement d’horreurs qu’elle s’est résignée à un monde pourri. En voyant arriver cette fille, Pontoise a soudain la possibilité de se sentir utile, d’aider vraiment quelqu’un.
Ces deux femmes ont besoin l’une de l’autre : au départ, elles se rejettent parce qu’elles charrient leur propre souffrance, puis elles comprennent qu’un changement est possible, ensemble. Accepter l’aide d’autrui est un acte qui vous grandit.
Quel est selon vous l’impact du milieu social sur votre personnage ?
Elle aurait tout aussi bien pu être épouse de médecin. Il ne s’agit absolument pas de prétendre que c’est dans les HLM que les femmes subissent la plus grande violence. En revanche, c’est un milieu peu traité par le cinéma français, où l’on préfère les salons et les beaux appartements parisiens… Tout n’est pas non plus sombre et angoissant : elle s’épanouit à travers son métier de factrice ; elle rencontre, aide et rassure les gens, parce qu’elle est généreuse et vivante. Sans l’emprise de son mari, cette fille aurait pu avoir une existence heureuse. Elle n’est pas victime par essence. C’est juste un milieu où la confiance en soi n’est pas mise en valeur : on vous apprend à servir plus qu’à s’écouter et certaines personnes peuvent manquer d’assurance, ne pas connaître leurs droits. Ce sont des gens simples, gentils au beau sens du terme, respectueux des autres : ils ne demandent pas la lune parce qu’ils irradient.
Comment avez-vous vécu le parti pris de Jean-Paul Lilienfeld de montrer la violence conjugale en caméra subjective ?
C’était écrit et très clair depuis le départ. J’ai trouvé le procédé très juste parce que le spectateur devient acteur de la situation, «subit» ce qu’elle subit. Est-ce plus spectaculaire ? Non, car on ne voit ni le sang ni le corps décomposé. En tant qu’actrice, on peut avoir envie de montrer son grand art (rires), mais c’était une option radicale et décidée de Jean-Paul. Cela m’a emballée et interrogée sur un point : il fallait que je sois là, physiquement, même si je n’apparaissais pas à l’écran. Je ne voyais pas comment un chef opérateur pouvait réagir à ma place, s’écrouler de telle façon, regarder ou pas l’époux… Je ne pouvais pas laisser tomber mon personnage. C’est là où Jean-Paul m’a proposé de porter moi-même la caméra. Je n’étais pas réalisatrice mais j’ai cadré toutes ces scènes en fonction du regard que cette femme porte sur son mari lorsqu’il l’insulte et la bat. Je pense aussi que Jean-Paul n’avait pas forcément envie d’être spectateur de cette violence et de la mettre en scène. Le jugement du spectateur s’en trouve aussi modifié, parce qu’il est dans la peau de la victime : c’est plus immersif, plus fort.
À la violence physique que subit votre personnage, s’ajoute la violence verbale de Pontoise qui pourrait la braquer, voire la faire fuir !
Cette violence fait partie de leur quotidien et toutes deux finissent par rire de leur malheur respectif. Elle ne se braque pas lorsque Pontoise la bouscule : elle est juste choquée par sa grossièreté, par l’idée qu’on la soupçonne d’avoir trompé son époux (rires). Pontoise la rudoie, lui raconte qu’elle a trouvé des bébés brûlés dans un four à micro-ondes mais plus rien ne la choque : elles ont dépassé le stade du politiquement correct, de la bienséance, de l’apitoiement sur soi. Je pense qu’elles se comprennent au-delà de leurs différences ; elles partagent le même langage, celui de la dureté de la vie. J’admire leur courage parce qu’elles sont à deux doigts de sombrer et, pourtant, elles veulent aller jusqu’au bout de leur «mission».
Comment avez-vous géré avec Miou-Miou le tournage en espace clos ?
Au cinéma, on a moins de temps qu’au théâtre pour s’approprier l’espace. C’est davantage l’affaire du réalisateur d’insuffler du dynamisme au huis clos. Je me sentais plutôt à l’aise dans ce décor du commissariat et Jean-Paul a fait en sorte que Miou-Miou et moi s’y sentions confortables pendant trois semaines. Nous fonctionnions très différemment toutes les deux. Je sortais de six mois de théâtre, chauffée, habituée à la troupe, au risque de me planter et de reprendre malgré tout. Miou-Miou avait beaucoup plus de texte que moi, donc elle était plus à l’aise en répétant de son côté.
Le commissariat était son décor, elle avait besoin de s’y fondre alors que j’arrivais là un peu comme une intruse. On a dû se mettre au diapason l’une de l’autre, ce qui était à la fois passionnant et délicat. Peut-être que le film induisait tout cela : ce sont deux univers et deux énergies qui s’affrontent. Lorsque la caméra tournait, on avait besoin l’une de l’autre, d’un échange, et je pense que cela se traduit bien à l’écran.
Miou-Miou explique que l’absence de maquillage, de coiffure a accompagné l’authenticité des caractères, que cela a eu un effet libératoire. Partagez-vous ce sentiment ?
Absolument ! Ma maquilleuse s’inquiétait constamment du fait que je sois trop jolie à l’écran (rires). Le rapport au physique chez les femmes battues est spécifique : elles cherchent à s’effacer ; la moindre joliesse est un prétexte pour que le mec se déchaîne. Une écharpe un peu trop colorée, un sourcil trop dessiné ou un air joyeux, et c’est la baffe assurée. Elles se ratatinent pour ne plus ressembler à rien. Le but n’était pas de m’enlaidir mais de supprimer les artifices et tout signe de féminité. J’ai hérité d’un gros pull avec col roulé, d’un jean dans lequel je flottais et de chaussures sans talons. Mes cheveux ont été décolorés, parce qu’elle a perdu l’habitude d’en prendre soin, et je ne portais évidemment aucun maquillage.
Outre le français parfois approximatif du personnage, on reconnaît à peine votre timbre de voix !
C’est une femme qui cherche ses mots, sauf lorsqu’elle est face à des gens qu’elle aime. Elle confond certains termes, fait des fautes de français mais ce sont des détails, des petites touches qui ne résument pas le personnage. Quand on se «transforme» pour un rôle, tout change même imperceptiblement : la gestuelle, le phrasé, la position du corps dans l’espace.
Certaines choses vous échappent aussi. Avec Jean-Paul, on s’est retrouvé pas mal de fois avant le tournage, essentiellement autour du texte : c’était fondamental de comprendre la logique de l’auteur, «l’enfance» des mots. J’étais ravie et surprise qu’il me propose un tel rôle. Comme j’ai souvent l’air d’une femme pleine d’assurance, on me propose plutôt des personnages qui ont une grande facilité d’expression, une aisance naturelle…
…Ce qui témoigne d’un manque d’imagination des cinéastes ou d’une méconnaissance du métier d’actrice, non ?
Je pense surtout qu’ils s’en fichent (rires). Les auteurs écrivent sur un univers qui leur est familier et on se retrouve souvent avec des rôles de libraire ou d’architecte. Si c’est l’histoire d’une caissière, on pensera rarement à moi. Peut-être parce que l’on catégorise les acteurs en France. Et qu’il existe peu de rôle de gens simples et magnifiques : pour être une héroïne, il ne faut pas forcément être riche et belle. Je brouille aussi les pistes, en tournant des films ultra populaires, donc on ne m’imagine pas fragile ou en pleurs.
Est-ce que vous avez besoin, encore aujourd’hui, de vous tester à travers les films ?
Pas nécessairement de me tester, mais de partager l’univers d’autrui. Je me fiche de prouver quoi que ce soit aux autres, c’est vis-à-vis de moi-même. Ce qui me motive, c’est l’inconnu : sentir d’instinct que je pourrai jouer un rôle que je n’ai pas encore abordé. Avoir de l’empathie envers le personnage, même s’il n’est pas aimable. Comment je vais y arriver et à quoi je vais ressembler, je m’en fiche…
J’entendais récemment Florence Foresti dire : «Je suis incapable de faire deux fois la même chose». C’est tout à fait mon cas. Cela me faciliterait la vie de préparer deux fois le même plat mais je n’y arrive pas !
(extrait dossier de presse)
Programme de la semaine des cinémas de la Vallée de Montmorency :
Enghien - Franconville - Saint-Gratien - Taverny et les séances du mercredi de Ermont
Autres cinémas proches : Epinay-sur-Seine - Saint-Ouen l'Aumône
Zoom nouveauté : "Arrêtez-moi" de Jean-Paul Lilienfeld
L'histoire
Un soir, une femme se rend dans un commissariat pour confesser le meurtre de son mari violent, commis il y a plusieurs années. Plus la policière de permanence interroge cette femme, plus elle connait sa vie, moins elle a envie de l’arrêter. Pourquoi cette femme que personne ne soupçonnait veut-elle absolument être reconnue coupable ? Pourquoi cette policière ne veut-elle absolument pas l’arrêter ? L’une des deux gagnera. Mais que veut dire gagner dans ce genre de circonstances ?
Un film de Jean-Paul Lilienfeld avec Sophie Marceau, Miou-Miou, Marc Barbé…
Bonus : propos de Sophie Marceau, actrice du film.
Vous avez récemment expliqué que, si vous continuiez à tourner, c’était parce que vous aviez encore «des choses à dire et des aventures à vivre». En quoi cela a-t-il été le cas sur ce film ?
La lecture du scénario a été un déclencheur. J’ai été séduite par la crudité, la musicalité des dialogues et l’apparente simplicité de mon personnage. Je me suis laissée embarquer par le suspense, sans savoir où l’histoire m’emmenait et la fin m’a bouleversée : on comprend enfin la raison qui motive cette femme à vouloir aller en prison.
Je connaissais l’œuvre de Jean Teulé, même si je n’avais pas lu "Les lois de la gravité", je n’avais pas vu "la journée de la jupe", mais je ne pouvais pas ne pas faire ce film. C’est comme si Jean-Paul avait frôlé de ses ailes d’ange la nature humaine dans ce qu’elle a de plus extraordinaire : le film est ancré dans une réalité sociale difficile, d’où jaillit pourtant une étincelle.
Lorsque j’ai rattrapé "La journée de la jupe", j’ai éprouvé le même sentiment : on touche de manière délicate et humaine à un sujet complexe…
…Alors que les situations et le contexte social pouvaient prêter à tous les stéréotypes.
Jean-Paul parvient à parler de gens qui, malgré l’étroitesse et la difficulté de leur vie, deviennent des héros, parce qu’ils sont attachés à des principes humains fondamentaux. Il n’y a aucune prétention ou grand discours asséné. C’est un homme délicat, pudique, même si l’on sent chez lui une violence contenue. "La journée de la jupe" et "Arrêtez-moi" lui ressemblent profondément.
Dans "Arrêtez-moi", ce sont les convictions de Pontoise et de votre personnage qui heurtent le système et l’ordre établi.
Bien sûr, "Arrêtez-moi" traite de ce sujet mais il s’attache surtout à la détermination de cette fille à changer le cours de son destin. Elle a pris beaucoup de coups dans la gueule et va pourtant s’élever au-delà du sort qui lui était réservé. C’est également une histoire vraie et non pas un caprice d’un metteur en scène de faire de «Madame tout le monde» une héroïne.
Le film s’aventure dans un mélange des tons surprenant, où le drame réaliste côtoie le conte et parfois l’humour.
Le personnage que j’incarne – et qui n’a pas de prénom – amène quelque chose de très direct, à la limite de la candeur. À l’inverse, Pontoise est dans le sarcasme, dans une ironie qui ébranle l’autre. Elle a vu défiler tellement d’horreurs qu’elle s’est résignée à un monde pourri. En voyant arriver cette fille, Pontoise a soudain la possibilité de se sentir utile, d’aider vraiment quelqu’un.
Ces deux femmes ont besoin l’une de l’autre : au départ, elles se rejettent parce qu’elles charrient leur propre souffrance, puis elles comprennent qu’un changement est possible, ensemble. Accepter l’aide d’autrui est un acte qui vous grandit.
Quel est selon vous l’impact du milieu social sur votre personnage ?
Elle aurait tout aussi bien pu être épouse de médecin. Il ne s’agit absolument pas de prétendre que c’est dans les HLM que les femmes subissent la plus grande violence. En revanche, c’est un milieu peu traité par le cinéma français, où l’on préfère les salons et les beaux appartements parisiens… Tout n’est pas non plus sombre et angoissant : elle s’épanouit à travers son métier de factrice ; elle rencontre, aide et rassure les gens, parce qu’elle est généreuse et vivante. Sans l’emprise de son mari, cette fille aurait pu avoir une existence heureuse. Elle n’est pas victime par essence. C’est juste un milieu où la confiance en soi n’est pas mise en valeur : on vous apprend à servir plus qu’à s’écouter et certaines personnes peuvent manquer d’assurance, ne pas connaître leurs droits. Ce sont des gens simples, gentils au beau sens du terme, respectueux des autres : ils ne demandent pas la lune parce qu’ils irradient.
Comment avez-vous vécu le parti pris de Jean-Paul Lilienfeld de montrer la violence conjugale en caméra subjective ?
C’était écrit et très clair depuis le départ. J’ai trouvé le procédé très juste parce que le spectateur devient acteur de la situation, «subit» ce qu’elle subit. Est-ce plus spectaculaire ? Non, car on ne voit ni le sang ni le corps décomposé. En tant qu’actrice, on peut avoir envie de montrer son grand art (rires), mais c’était une option radicale et décidée de Jean-Paul. Cela m’a emballée et interrogée sur un point : il fallait que je sois là, physiquement, même si je n’apparaissais pas à l’écran. Je ne voyais pas comment un chef opérateur pouvait réagir à ma place, s’écrouler de telle façon, regarder ou pas l’époux… Je ne pouvais pas laisser tomber mon personnage. C’est là où Jean-Paul m’a proposé de porter moi-même la caméra. Je n’étais pas réalisatrice mais j’ai cadré toutes ces scènes en fonction du regard que cette femme porte sur son mari lorsqu’il l’insulte et la bat. Je pense aussi que Jean-Paul n’avait pas forcément envie d’être spectateur de cette violence et de la mettre en scène. Le jugement du spectateur s’en trouve aussi modifié, parce qu’il est dans la peau de la victime : c’est plus immersif, plus fort.
À la violence physique que subit votre personnage, s’ajoute la violence verbale de Pontoise qui pourrait la braquer, voire la faire fuir !
Cette violence fait partie de leur quotidien et toutes deux finissent par rire de leur malheur respectif. Elle ne se braque pas lorsque Pontoise la bouscule : elle est juste choquée par sa grossièreté, par l’idée qu’on la soupçonne d’avoir trompé son époux (rires). Pontoise la rudoie, lui raconte qu’elle a trouvé des bébés brûlés dans un four à micro-ondes mais plus rien ne la choque : elles ont dépassé le stade du politiquement correct, de la bienséance, de l’apitoiement sur soi. Je pense qu’elles se comprennent au-delà de leurs différences ; elles partagent le même langage, celui de la dureté de la vie. J’admire leur courage parce qu’elles sont à deux doigts de sombrer et, pourtant, elles veulent aller jusqu’au bout de leur «mission».
Comment avez-vous géré avec Miou-Miou le tournage en espace clos ?
Au cinéma, on a moins de temps qu’au théâtre pour s’approprier l’espace. C’est davantage l’affaire du réalisateur d’insuffler du dynamisme au huis clos. Je me sentais plutôt à l’aise dans ce décor du commissariat et Jean-Paul a fait en sorte que Miou-Miou et moi s’y sentions confortables pendant trois semaines. Nous fonctionnions très différemment toutes les deux. Je sortais de six mois de théâtre, chauffée, habituée à la troupe, au risque de me planter et de reprendre malgré tout. Miou-Miou avait beaucoup plus de texte que moi, donc elle était plus à l’aise en répétant de son côté.
Le commissariat était son décor, elle avait besoin de s’y fondre alors que j’arrivais là un peu comme une intruse. On a dû se mettre au diapason l’une de l’autre, ce qui était à la fois passionnant et délicat. Peut-être que le film induisait tout cela : ce sont deux univers et deux énergies qui s’affrontent. Lorsque la caméra tournait, on avait besoin l’une de l’autre, d’un échange, et je pense que cela se traduit bien à l’écran.
Miou-Miou explique que l’absence de maquillage, de coiffure a accompagné l’authenticité des caractères, que cela a eu un effet libératoire. Partagez-vous ce sentiment ?
Absolument ! Ma maquilleuse s’inquiétait constamment du fait que je sois trop jolie à l’écran (rires). Le rapport au physique chez les femmes battues est spécifique : elles cherchent à s’effacer ; la moindre joliesse est un prétexte pour que le mec se déchaîne. Une écharpe un peu trop colorée, un sourcil trop dessiné ou un air joyeux, et c’est la baffe assurée. Elles se ratatinent pour ne plus ressembler à rien. Le but n’était pas de m’enlaidir mais de supprimer les artifices et tout signe de féminité. J’ai hérité d’un gros pull avec col roulé, d’un jean dans lequel je flottais et de chaussures sans talons. Mes cheveux ont été décolorés, parce qu’elle a perdu l’habitude d’en prendre soin, et je ne portais évidemment aucun maquillage.
Outre le français parfois approximatif du personnage, on reconnaît à peine votre timbre de voix !
C’est une femme qui cherche ses mots, sauf lorsqu’elle est face à des gens qu’elle aime. Elle confond certains termes, fait des fautes de français mais ce sont des détails, des petites touches qui ne résument pas le personnage. Quand on se «transforme» pour un rôle, tout change même imperceptiblement : la gestuelle, le phrasé, la position du corps dans l’espace.
Certaines choses vous échappent aussi. Avec Jean-Paul, on s’est retrouvé pas mal de fois avant le tournage, essentiellement autour du texte : c’était fondamental de comprendre la logique de l’auteur, «l’enfance» des mots. J’étais ravie et surprise qu’il me propose un tel rôle. Comme j’ai souvent l’air d’une femme pleine d’assurance, on me propose plutôt des personnages qui ont une grande facilité d’expression, une aisance naturelle…
…Ce qui témoigne d’un manque d’imagination des cinéastes ou d’une méconnaissance du métier d’actrice, non ?
Je pense surtout qu’ils s’en fichent (rires). Les auteurs écrivent sur un univers qui leur est familier et on se retrouve souvent avec des rôles de libraire ou d’architecte. Si c’est l’histoire d’une caissière, on pensera rarement à moi. Peut-être parce que l’on catégorise les acteurs en France. Et qu’il existe peu de rôle de gens simples et magnifiques : pour être une héroïne, il ne faut pas forcément être riche et belle. Je brouille aussi les pistes, en tournant des films ultra populaires, donc on ne m’imagine pas fragile ou en pleurs.
Est-ce que vous avez besoin, encore aujourd’hui, de vous tester à travers les films ?
Pas nécessairement de me tester, mais de partager l’univers d’autrui. Je me fiche de prouver quoi que ce soit aux autres, c’est vis-à-vis de moi-même. Ce qui me motive, c’est l’inconnu : sentir d’instinct que je pourrai jouer un rôle que je n’ai pas encore abordé. Avoir de l’empathie envers le personnage, même s’il n’est pas aimable. Comment je vais y arriver et à quoi je vais ressembler, je m’en fiche…
J’entendais récemment Florence Foresti dire : «Je suis incapable de faire deux fois la même chose». C’est tout à fait mon cas. Cela me faciliterait la vie de préparer deux fois le même plat mais je n’y arrive pas !
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