La semaine dernière, vous avez fait la connaissance de Louis Aguilée, habitant d’Ermont, qui a célébré ses 100 ans en début d’année (voir notre article). Aujourd’hui, il nous ouvre les portes de ses souvenirs de jeunesse et revient sur la transformation d’Ermont, passée du statut de village à celui de ville. Une interview exceptionnelle, empreinte de mémoire et d’émotion.
Vous avez dû voir beaucoup de changements à Ermont…
Ah oui… alors là, je pourrais vous en parler pendant des heures !
Je suis né à Paris, c’est vrai, mais je n’avais que deux jours lorsque mes parents sont venus s’installer à Ermont, au 8 rue des Écoles. Autant dire que je suis pratiquement ermontois.
J’avais deux ou trois ans quand nous nous sommes installés ici, dans le quartier de la rue Louis Blanc.. À l’époque, il n’y avait presque rien. De notre rue jusqu’au cimetière d’Eaubonne, il devait y avoir cinq maisons, pas plus. Et encore… à partir de la rue des Vignolles, ce n’étaient que des vergers : des pommiers, des pommiers partout, jusqu’au cimetière.
Le cimetière tel qu’il est aujourd’hui n’existait d’ailleurs pas. Toute cette partie plus récente était elle aussi occupée par des vergers. Il n’y avait pas de rues comme maintenant, seulement des chemins. La rue Louis Blanc, par exemple, n’était qu’un chemin de terre. On traversait les vergers pour aller d’un endroit à l’autre.
C'était vraiment la campagne...
Il y avait des fermes un peu partout. Rue du Maréchal-Foch, rue de la République, rue de Stalingrad… il devait y en avoir quatre ou cinq. Tous les soirs, on allait chercher le lait à la ferme, chacun avec son bidon.
Existait-il déjà des équipements municipaux ?
Oui. On trouvait d’abord le lavoir, puis les bains-douches et le dispensaire. Ce dernier jouait un rôle essentiel à l’époque. Il collectait le lait des fermes, le faisait bouillir, le mettait en biberons et le distribuait. Le coût était presque nul, et pour les plus démunis, c’était gratuit. Chaque jour, sans exception, une charrette parcourait les rues pour livrer du lait aux enfants en bas âge. C’était une véritable preuve de solidarité.
Vous alliez à l’école où ?
À Jules‑Ferry. À l’époque, il n’existait qu’une seule école, réservée aux garçons. Par la suite, une école pour les filles a été construite. Il s’agissait de deux bâtiments distincts, puis on a ajouté l’aile en U afin de former le collège tel qu’il existe aujourd’hui. Le monument aux morts se trouvait entre les deux écoles avant d’être déplacé.
Evoquons les commerces ? Nous avons toujours du mal à imaginer la vie d'autrefois...
Il y en avait pourtant quelques-uns : deux petites épiceries, des bouchers, un boulanger, un coiffeur, plusieurs bistrots. Chaque commerçant faisait partie du paysage.
Il y avait, par exemple, le père Lapéral, par exemple, le cordonnier, un vrai personnage d’Ermont. Mais surtout, il y avait le marché. Le marché d’Ermont, c’était une institution. Il avait lieu le jeudi et le samedi, à l’emplacement de l’actuelle médiathèque. La salle des fêtes se trouvait au cœur même du marché. Le samedi soir, quand il y avait un bal, ça sentait parfois le poisson… mais cela n'empêchait pas de faire la fête !
Vous vous souvenez bien du quartier autour de l’église ?
Oui, très bien. Juste en face de l’église, rue de la République, se trouvaient plusieurs commerces. C’était un endroit très vivant.
Il y avait une petite librairie tenue par le père de Pierre Lecut. Il fallait monter quelques marches pour y entrer. Pierre, lui, distribuait les journaux le matin à vélo, je l’ai souvent vu faire.
Un peu plus loin, à gauche, se trouvait le bistrot de la mère Totor. C’était un petit débit de boisson assez modeste, presque un bouge, et, là encore, il fallait descendre pour y entrer. En face, il y avait aussi le bistrot‑restaurant Poré. avec un grand jardin donnant sur le marché. Les jours de marché et le dimanche, le bistrot ouvrait ses portes. À l’intérieur, un poêle trônait au milieu de la salle avec toujours quelque chose qui mijotait dessus.
Je pourrais parler aussi du coiffeur, monsieur Renard. Ce qui était extraordinaire, c'est qu'à partir de l'âge de 20 ans, il avait une calvitie totale. Pour un coiffeur, c'est formidable !
Côté circulation, il n’y avait pas beaucoup de voitures ?
Non, très peu. Moi, j’étais un grand amateur de vélo. J’ai parcouru la Belgique, le Luxembourg, j'ai fait des kilomètres et des kilomètres !
Pendant l’Occupation, je faisais du vélo pour le ravitaillement. On allait jusqu’à Gisors, parfois Rouen. On partait le vendredi soir, on dormait dans une ferme, et le samedi on revenait chargés comme des mulets avec de la viande et du beurre dissimulés. Il fallait éviter les contrôles économiques, alors on passait par les petits chemins.
La guerre vous a‑t‑elle marqué ?
Oh oui ! Le rationnement, la peur, mais aussi l’entraide. J’ai fait partie de la défense passive et de la Croix-Rouge. Nous intervenions après les bombardements pour secourir les blessés. Je me souviens notamment de Sartrouville après un bombardement. On mangeait dans un cimetière, sur les tombes, pendant que les avions passaient au-dessus de nos têtes. Ce sont des images que l’on n’oublie pas.
Et la Libération d'Ermont ? Quel souvenir en gardez-vous ?
Elle s'est faite quartier par quartier. Il y avait encore des Allemands. Un jour, nous en avons trouvé une trentaine alignés le long de la rue. Ils ont fini par être désarmés, puis les troupes françaises et américaines sont arrivées. J’ai moi-même transporté une charrette pleine d’armes jusqu’au commissariat.
Il y a eu des morts, des blessés, des stèles un peu partout dans Ermont : rue Gambetta, rue Laubeuf… Tout cela reste gravé dans la mémoire.
Y avait il malgré tout des moments festifs ?
Oui. Même pendant la guerre, on faisait des bals, parfois clandestins. Après, il y a eu les bals chez Montbazet ainsi que les cinémas à Gros-Noyer et à Ermont-Halte.
Et le 14 juillet était aussi une date importante. On se retrouvait à la mairie avec des lampions, la fanfare, et le bal le soir. C’était simple, mais c’était la fête.
Il y avait donc deux cinémas à Ermont ?
Oui, l'un à Gros Noyer, à l'emplacement de l'actuelle église évangélique et l'autre à Ermont Halte derrière le bistrot de l'Ermoniot qui possédait un beau billard !
Et vous y alliez souvent ?
Non, j'allais plutôt danser à Paris, aux "bals des domestiques" ou alors au moulin de Sannois. Mais là-haut, quand les gars d'Argenteuil arrivaient, c'était animé !
La forêt de Montmorency était aussi importante pour vous il me semble.
Oui on y allait tout le temps quand on était gamins. On la connaissait par cœur. Le jeudi, on partait avec un sandwich, on allait volontairement se perdre, sans surveillance. Les parents nous laissaient faire. Chacun devait trouver la combine pour rentrer. Et on se retrouvait souvent au "Lapin Sauté" à Saint-Prix ! Le fameux Lapin Sauté !
Aujourd’hui, la forêt est aménagée, clôturée. Elle est devenue plus sage. Celle que nous avons connue était sauvage.
Selon vous, quand Ermont a-t-elle vraiment changé pour devenir une ville ?
Avec l'implantation des atelier de la SNCF. Ils ont attiré beaucoup de monde, surtout des gens du Nord. Des quartiers entiers ont été construits pour les cheminots. Les fermes ont disparu, les voitures sont arrivées. Ermont est alors passée de la campagne à la ville.
Je vous laisse le mot de la fin pour conclure ces souvenirs concernant Ermont d'autrefois.
Ermont, c’était un village de campagne où tout le monde se connaissait. Aujourd’hui, c’est une ville à part entière.. Mais avoir été témoin de toutes ces transformations, avoir tous ces souvenirs… c’est une richesse !
Louis est l’une des mémoires vivantes d’Ermont. Un immense merci à lui pour sa gentillesse et sa grande disponibilité.
La semaine dernière, vous avez fait la connaissance de Louis Aguilée, habitant d’Ermont, qui a célébré ses 100 ans en début d’année (voir notre article). Aujourd’hui, il nous ouvre les portes de ses souvenirs de jeunesse et revient sur la transformation d’Ermont, passée du statut de village à celui de ville. Une interview exceptionnelle, empreinte de mémoire et d’émotion.
Vous avez dû voir beaucoup de changements à Ermont…
Ah oui… alors là, je pourrais vous en parler pendant des heures !
Je suis né à Paris, c’est vrai, mais je n’avais que deux jours lorsque mes parents sont venus s’installer à Ermont, au 8 rue des Écoles. Autant dire que je suis pratiquement ermontois.
J’avais deux ou trois ans quand nous nous sommes installés ici, dans le quartier de la rue Louis Blanc.. À l’époque, il n’y avait presque rien. De notre rue jusqu’au cimetière d’Eaubonne, il devait y avoir cinq maisons, pas plus. Et encore… à partir de la rue des Vignolles, ce n’étaient que des vergers : des pommiers, des pommiers partout, jusqu’au cimetière.
Le cimetière tel qu’il est aujourd’hui n’existait d’ailleurs pas. Toute cette partie plus récente était elle aussi occupée par des vergers. Il n’y avait pas de rues comme maintenant, seulement des chemins. La rue Louis Blanc, par exemple, n’était qu’un chemin de terre. On traversait les vergers pour aller d’un endroit à l’autre.
C'était vraiment la campagne...
Il y avait des fermes un peu partout. Rue du Maréchal-Foch, rue de la République, rue de Stalingrad… il devait y en avoir quatre ou cinq. Tous les soirs, on allait chercher le lait à la ferme, chacun avec son bidon.
Existait-il déjà des équipements municipaux ?
Oui. On trouvait d’abord le lavoir, puis les bains-douches et le dispensaire. Ce dernier jouait un rôle essentiel à l’époque. Il collectait le lait des fermes, le faisait bouillir, le mettait en biberons et le distribuait. Le coût était presque nul, et pour les plus démunis, c’était gratuit. Chaque jour, sans exception, une charrette parcourait les rues pour livrer du lait aux enfants en bas âge. C’était une véritable preuve de solidarité.
Vous alliez à l’école où ?
À Jules‑Ferry. À l’époque, il n’existait qu’une seule école, réservée aux garçons. Par la suite, une école pour les filles a été construite. Il s’agissait de deux bâtiments distincts, puis on a ajouté l’aile en U afin de former le collège tel qu’il existe aujourd’hui. Le monument aux morts se trouvait entre les deux écoles avant d’être déplacé.
Evoquons les commerces ? Nous avons toujours du mal à imaginer la vie d'autrefois...
Il y en avait pourtant quelques-uns : deux petites épiceries, des bouchers, un boulanger, un coiffeur, plusieurs bistrots. Chaque commerçant faisait partie du paysage.
Il y avait, par exemple, le père Lapéral, par exemple, le cordonnier, un vrai personnage d’Ermont. Mais surtout, il y avait le marché. Le marché d’Ermont, c’était une institution. Il avait lieu le jeudi et le samedi, à l’emplacement de l’actuelle médiathèque. La salle des fêtes se trouvait au cœur même du marché. Le samedi soir, quand il y avait un bal, ça sentait parfois le poisson… mais cela n'empêchait pas de faire la fête !
Vous vous souvenez bien du quartier autour de l’église ?
Oui, très bien. Juste en face de l’église, rue de la République, se trouvaient plusieurs commerces. C’était un endroit très vivant.
Il y avait une petite librairie tenue par le père de Pierre Lecut. Il fallait monter quelques marches pour y entrer. Pierre, lui, distribuait les journaux le matin à vélo, je l’ai souvent vu faire.
Un peu plus loin, à gauche, se trouvait le bistrot de la mère Totor. C’était un petit débit de boisson assez modeste, presque un bouge, et, là encore, il fallait descendre pour y entrer. En face, il y avait aussi le bistrot‑restaurant Poré. avec un grand jardin donnant sur le marché. Les jours de marché et le dimanche, le bistrot ouvrait ses portes. À l’intérieur, un poêle trônait au milieu de la salle avec toujours quelque chose qui mijotait dessus.
Je pourrais parler aussi du coiffeur, monsieur Renard. Ce qui était extraordinaire, c'est qu'à partir de l'âge de 20 ans, il avait une calvitie totale. Pour un coiffeur, c'est formidable !
Côté circulation, il n’y avait pas beaucoup de voitures ?
Non, très peu. Moi, j’étais un grand amateur de vélo. J’ai parcouru la Belgique, le Luxembourg, j'ai fait des kilomètres et des kilomètres !
Pendant l’Occupation, je faisais du vélo pour le ravitaillement. On allait jusqu’à Gisors, parfois Rouen. On partait le vendredi soir, on dormait dans une ferme, et le samedi on revenait chargés comme des mulets avec de la viande et du beurre dissimulés. Il fallait éviter les contrôles économiques, alors on passait par les petits chemins.
La guerre vous a‑t‑elle marqué ?
Oh oui ! Le rationnement, la peur, mais aussi l’entraide. J’ai fait partie de la défense passive et de la Croix-Rouge. Nous intervenions après les bombardements pour secourir les blessés. Je me souviens notamment de Sartrouville après un bombardement. On mangeait dans un cimetière, sur les tombes, pendant que les avions passaient au-dessus de nos têtes. Ce sont des images que l’on n’oublie pas.
Et la Libération d'Ermont ? Quel souvenir en gardez-vous ?
Elle s'est faite quartier par quartier. Il y avait encore des Allemands. Un jour, nous en avons trouvé une trentaine alignés le long de la rue. Ils ont fini par être désarmés, puis les troupes françaises et américaines sont arrivées. J’ai moi-même transporté une charrette pleine d’armes jusqu’au commissariat.
Il y a eu des morts, des blessés, des stèles un peu partout dans Ermont : rue Gambetta, rue Laubeuf… Tout cela reste gravé dans la mémoire.
Y avait il malgré tout des moments festifs ?
Oui. Même pendant la guerre, on faisait des bals, parfois clandestins. Après, il y a eu les bals chez Montbazet ainsi que les cinémas à Gros-Noyer et à Ermont-Halte.
Et le 14 juillet était aussi une date importante. On se retrouvait à la mairie avec des lampions, la fanfare, et le bal le soir. C’était simple, mais c’était la fête.
Il y avait donc deux cinémas à Ermont ?
Oui, l'un à Gros Noyer, à l'emplacement de l'actuelle église évangélique et l'autre à Ermont Halte derrière le bistrot de l'Ermoniot qui possédait un beau billard !
Et vous y alliez souvent ?
Non, j'allais plutôt danser à Paris, aux "bals des domestiques" ou alors au moulin de Sannois. Mais là-haut, quand les gars d'Argenteuil arrivaient, c'était animé !
La forêt de Montmorency était aussi importante pour vous il me semble.
Oui on y allait tout le temps quand on était gamins. On la connaissait par cœur. Le jeudi, on partait avec un sandwich, on allait volontairement se perdre, sans surveillance. Les parents nous laissaient faire. Chacun devait trouver la combine pour rentrer. Et on se retrouvait souvent au "Lapin Sauté" à Saint-Prix ! Le fameux Lapin Sauté !
Aujourd’hui, la forêt est aménagée, clôturée. Elle est devenue plus sage. Celle que nous avons connue était sauvage.
Selon vous, quand Ermont a-t-elle vraiment changé pour devenir une ville ?
Avec l'implantation des atelier de la SNCF. Ils ont attiré beaucoup de monde, surtout des gens du Nord. Des quartiers entiers ont été construits pour les cheminots. Les fermes ont disparu, les voitures sont arrivées. Ermont est alors passée de la campagne à la ville.
Je vous laisse le mot de la fin pour conclure ces souvenirs concernant Ermont d'autrefois.
Ermont, c’était un village de campagne où tout le monde se connaissait. Aujourd’hui, c’est une ville à part entière.. Mais avoir été témoin de toutes ces transformations, avoir tous ces souvenirs… c’est une richesse !
Louis est l’une des mémoires vivantes d’Ermont. Un immense merci à lui pour sa gentillesse et sa grande disponibilité.
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