C'est une page méconnue de l'histoire locale que nous propose aujourd'hui André Monneau que vous avez l'habitude de retrouver pour ses savoureuses anecdotes concernant la Forêt de Montmorency. Il nous conte ici l'étonnante et rocambolesque histoire de la sépulture de Charles Marie Bonaparte, père de Napoléon 1er et grand-père de Napoléon III.
À la veille de leur ascension vers les plus hautes fonctions, les membres de la famille Bonaparte sont gagnés par une profonde nostalgie. L’idée s’impose alors à Louis et Joseph Bonaparte, en 1803, à la demande de leur mère : ramener la dépouille de leur père Charles Marie Bonaparte, mort en 1785 à Montpellier d’un cancer de l’estomac.
Initialement inhumé dans l’église de l’Observatoire, puis transféré dans un caveau des pères cordeliers du couvent de l’Observance, le corps doit être formellement identifié. Louis Bonaparte, alors en cure à Balaruc, procède à cette reconnaissance, certains évoquant même une comparaison des cheveux pour en attester l’authenticité.
D'après les recommandations d'un membre de la famille, Louis fait mettre les restes de son père dans un cercueil de bois, doublé de plomb, enferme le tout dans une grande caisse portant l'indication "pendule". Ce subterfuge permet d’éviter toute suspicion.
Après dix jours de voyage, la mystérieuse caisse arrive au château de Mortefontaine, résidence de Joseph Bonaparte, où elle est aussitôt enterrée dans le parc.
Louis et Joseph espèrent alors que Napoléon ne manquerait pas de faire à son père de solennelles funérailles. Ils sondèrent l’opinion de Napoléon. Mais celui-ci s’emporta : « Mon père !... Pourquoi pas mon grand-père et mon arrière-grand-père !… »
Craignant la colère de Napoléon, Joseph obtient le transfert du cercueil au château de Saint-Leu-la-Forêt, où Louis s’est installé en 1804. Le corps est alors déposé dans une fabrique du parc représentant un tombeau égyptien.
Le secret est si bien gardé que Napoléon n’en apprendra jamais rien. Une phrase énigmatique, attribuée à l’impératrice Joséphine, laisse toutefois planer le doute : « Sachez, mes enfants, que tous les morts ne reposent pas dans leur tombeau. »
Faisait-elle allusion à Louis XVII, dont le destin demeurait incertain, ou à son beau-père dont la dépouille avait quitté Montpellier ? Le mystère reste entier.
En 1819, le prince Louis-Henri de Bourbon-Condé s’installe au château de Saint-Leu. Lors d’une promenade dans le parc, il découvre l’existence du tombeau égyptien et apprend que celui-ci abrite le père de Napoléon Ier.
La révélation provoque sa stupéfaction, puis sa colère : Napoléon étant notamment responsable de la mort de son fils, le duc d’Enghien, il refuse catégoriquement que cet ennemi repose sur ses terres.
Sa décision est immédiate : les corps doivent être retirés du domaine.
Dans la nuit du 19 août 1819, les cercueils sont déplacés en toute discrétion vers l’église de la paroisse, où ils sont accueillis par l’abbé Déchard et placés dans un caveau sous le chœur.
Le prince agit ainsi clandestinement, redoutant la réaction des habitants restés attachés au souvenir de la famille Bonaparte.
Il faut cependant attendre plus d’un siècle pour que Charles Marie Bonaparte trouve sa dernière demeure. Le 30 avril 1951, ses restes sont transférés vers la chapelle impériale de la cathédrale d’Ajaccio, où ils rejoignent ceux de son épouse, Maria Letizia Bonaparte.
Pour l'anecdote, la ville d’Ajaccio offre, En guise de remerciement, un âne corse à la commune de Saint-Leu-la-Forêt. L’animal finira paisiblement sa vie dans une famille locale.
Article publié en 2020 et actualisé en juin 2026
C'est une page méconnue de l'histoire locale que nous propose aujourd'hui André Monneau que vous avez l'habitude de retrouver pour ses savoureuses anecdotes concernant la Forêt de Montmorency. Il nous conte ici l'étonnante et rocambolesque histoire de la sépulture de Charles Marie Bonaparte, père de Napoléon 1er et grand-père de Napoléon III.
À la veille de leur ascension vers les plus hautes fonctions, les membres de la famille Bonaparte sont gagnés par une profonde nostalgie. L’idée s’impose alors à Louis et Joseph Bonaparte, en 1803, à la demande de leur mère : ramener la dépouille de leur père Charles Marie Bonaparte, mort en 1785 à Montpellier d’un cancer de l’estomac.
Initialement inhumé dans l’église de l’Observatoire, puis transféré dans un caveau des pères cordeliers du couvent de l’Observance, le corps doit être formellement identifié. Louis Bonaparte, alors en cure à Balaruc, procède à cette reconnaissance, certains évoquant même une comparaison des cheveux pour en attester l’authenticité.
D'après les recommandations d'un membre de la famille, Louis fait mettre les restes de son père dans un cercueil de bois, doublé de plomb, enferme le tout dans une grande caisse portant l'indication "pendule". Ce subterfuge permet d’éviter toute suspicion.
Après dix jours de voyage, la mystérieuse caisse arrive au château de Mortefontaine, résidence de Joseph Bonaparte, où elle est aussitôt enterrée dans le parc.
Louis et Joseph espèrent alors que Napoléon ne manquerait pas de faire à son père de solennelles funérailles. Ils sondèrent l’opinion de Napoléon. Mais celui-ci s’emporta : « Mon père !... Pourquoi pas mon grand-père et mon arrière-grand-père !… »
Craignant la colère de Napoléon, Joseph obtient le transfert du cercueil au château de Saint-Leu-la-Forêt, où Louis s’est installé en 1804. Le corps est alors déposé dans une fabrique du parc représentant un tombeau égyptien.
Le secret est si bien gardé que Napoléon n’en apprendra jamais rien. Une phrase énigmatique, attribuée à l’impératrice Joséphine, laisse toutefois planer le doute : « Sachez, mes enfants, que tous les morts ne reposent pas dans leur tombeau. »
Faisait-elle allusion à Louis XVII, dont le destin demeurait incertain, ou à son beau-père dont la dépouille avait quitté Montpellier ? Le mystère reste entier.
En 1819, le prince Louis-Henri de Bourbon-Condé s’installe au château de Saint-Leu. Lors d’une promenade dans le parc, il découvre l’existence du tombeau égyptien et apprend que celui-ci abrite le père de Napoléon Ier.
La révélation provoque sa stupéfaction, puis sa colère : Napoléon étant notamment responsable de la mort de son fils, le duc d’Enghien, il refuse catégoriquement que cet ennemi repose sur ses terres.
Sa décision est immédiate : les corps doivent être retirés du domaine.
Dans la nuit du 19 août 1819, les cercueils sont déplacés en toute discrétion vers l’église de la paroisse, où ils sont accueillis par l’abbé Déchard et placés dans un caveau sous le chœur.
Le prince agit ainsi clandestinement, redoutant la réaction des habitants restés attachés au souvenir de la famille Bonaparte.
Il faut cependant attendre plus d’un siècle pour que Charles Marie Bonaparte trouve sa dernière demeure. Le 30 avril 1951, ses restes sont transférés vers la chapelle impériale de la cathédrale d’Ajaccio, où ils rejoignent ceux de son épouse, Maria Letizia Bonaparte.
Pour l'anecdote, la ville d’Ajaccio offre, En guise de remerciement, un âne corse à la commune de Saint-Leu-la-Forêt. L’animal finira paisiblement sa vie dans une famille locale.
Article publié en 2020 et actualisé en juin 2026
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