Installé à Sannois depuis le début des années 1990, Philippe Malard est l’un des derniers luthiers du Val‑d’Oise, spécialisé dans les instruments du quatuor à archet. Une rencontre s’imposait donc dans son atelier, où il évoque sa passion du bois, son amour de la musique et son savoir‑faire artisanal.
Vous êtes luthier. Pouvez‑vous nous expliquer ce que recouvre ce métier ?
Le mot luthier est assez générique. Certains sont spécialisés dans les guitares, d’autres dans les instruments anciens comme le luth ou la viole. Pour ma part, je travaille sur les instruments du quatuor à archet : violon, alto et violoncelle.
Même si le matériau de base reste le bois, on n’utilise ni les mêmes essences, ni les mêmes vernis, ni les mêmes techniques selon les instruments. Par exemple, il n’y a aucun éméùent électronique dans ceux que je fabrique ou restaure.
Faut‑il être musicien pour devenir luthier ?
Il faut aimer la musique, c’est indispensable ! Mais tous les luthiers ne sont pas forcément de grands instrumentistes. Personnellement, je pense qu’il faut savoir jouer un minimum, surtout pour le réglage fin du son. On ne demande pas une oreille de soliste, mais une oreille analytique : être capable d’entendre un déséquilibre entre deux cordes, une réponse sonore qui ne fonctionne pas, et savoir comment y remédier.
Ensuite, le travail se fait en étroite collaboration avec le musicien, qui connaît parfaitement son instrument.
Depuis quand êtes‑vous installé ici ?
Je suis arrivé à Sannois en août 1991. Mon premier atelier se trouvait à quelques centaines de mètres d’ici, dans une ancienne cuisine d’été chez ma tante. Très vite, je me suis rendu compte qu’il y avait un vrai potentiel : beaucoup de musiciens professionnels vivaient en banlieue parisienne, notamment pour des raisons de logement et de voisinage. J’ai aussi développé mon réseau grâce aux écoles de musique.
Qu’est‑ce qui vous a donné envie de devenir luthier ?
Depuis tout petit, j’ai toujours aimé travailler le bois. Mon père bricolait beaucoup et j’ai passé des heures avec ses outils.
La musique est arrivée plus tard, vers 15‑16 ans, avec la guitare. Petit à petit, le lien entre le travail du bois et la musique est devenu évident : la facture instrumentale.
À la maison, on écoutait beaucoup de musique classique, mais à l’époque, moi, c’était surtout le rock et les Rolling Stones ! Et puis, sans trop savoir pourquoi, je me suis mis à dévorer les concertos pour violon, tout le répertoire, notamment romantique, puis le quatuor.
La formation en lutherie est‑elle facilement accessible en France ?
À l’époque, il n’y avait qu’une seule école en France, à Mirecourt, qui formait très peu d’élèves, avec des critères très stricts. Beaucoup de luthiers de ma génération sont donc partis à l’étranger. Pour ma part, après une formation en menuiserie, j’ai commencé par la facture d’orgue dans le Jura, auprès d’un artisan exceptionnel. J’y ai appris énormément, notamment le respect du matériau et la précision mécanique.
Ensuite, j’ai intégré une grande école de lutherie à Londres, très ouverte et cosmopolite, où l’on pouvait se former à plusieurs instruments.
Que vous a apporté votre séjour à Londres ?
J’y suis resté sept ans. C’était une véritable ruche : violons, instruments anciens, guitares, flûtes, pianos… J’y ai aussi commencé sérieusement le violon, car l’école estimait qu’un luthier devait pratiquer l’instrument. À un moment, j’ai dû choisir : rester définitivement à Londres ou rentrer en France. J’ai finalement décidé de revenir et de recommencer ici.
Fabriquez‑vous des violons aujourd’hui ?
De moins en moins. Fabriquer un violon prend environ trois semaines de travail intensif, sans répondre au téléphone ni recevoir de clients. Avec le temps, je me suis davantage orienté vers l’entretien, la restauration et la location, qui permettent de faire vivre l’atelier. Ce sont des activités complémentaires, mais elles sont aussi très chronophages.
Abordons les secrets de fabrication d’un violon : les matériaux ont‑ils évolué ?
Non, les essences de bois sont immuables : épicéa pour la table d’harmonie, érable pour le fond, les éclisses et le manche, ébène pour la touche et certaines pièces. et tout est collé à la colle d’os, chauffée au bain‑marie, jamais vissé. Les dimensions sont très normées, sauf pour les instruments destinés aux enfants.
Quelles sont les réparations les plus fréquentes ?
Cela va de la simple casse de chevalet à des restaurations lourdes, notamment de la table d’harmonie, qui ne fait que trois millimètres d’épaisseur et ne résiste pas toujours à la pression, ou encore un manche cassé.
On essaie toujours de restaurer plutôt que de remplacer : changer une pièce fait perdre de la valeur à l’instrument. Le respect du travail du luthier d’origine est fondamental.
Le violon attire‑t‑il encore les jeunes ?
Oui, et c’est rassurant. Les écoles de musique sont pleines. Le métier a failli disparaître dans les années 1960 : à l’époque, il ne restait plus que cinq luthiers en France ! On jouait de moins en moins du violon, car il était plus simple d’allumer la radio que d’apprendre un instrument ! Tout a été relancé grâce à la formation dans les conservatoires et à un regain d’intérêt pour la musique classique et ancienne. Un grand merci au film "Tous les matins du monde", qui a mis en lumière la musique de gambe de Marin Marais.
La concurrence étrangère est‑elle un problème pour les fabricants de violons ?
Il existe aujourd’hui une production industrielle massive, notamment en Chine, avec des instruments d’étude de qualité correcte. Mais les musiciens professionnels recherchent autre chose : un instrument unique, stable, riche, qui peut valoir plusieurs dizaines de milliers d’euros. Pour eux, le violon est un véritable outil de travail.
Évoquons la location d'instruments que vous proposez. Comment cela fonctionne‑t‑il ?
Cela s’adresse principalement aux familles, qui louent un instrument pour un an, deux ans ou plus. Elles peuvent commencer par louer, puis acheter l’instrument si tout se passe bien. Il existe de nombreuses tailles pour les enfants, cela permet d’évoluer avec la morphologie de l’enfant.
Enfin, comment décririez‑vous votre relation avec vos clients musiciens ?
C’est une relation de grande fidélité. On ne confie pas son violon à n’importe qui !
Il y a une vraie confiance, presque intime. Chaque instrument a son histoire, et chaque musicien un rapport très personnel à son violon.
Grand merci à Philippe pour sa disponibilité et le partage de son amour pour ce métier méconnu.
Installé à Sannois depuis le début des années 1990, Philippe Malard est l’un des derniers luthiers du Val‑d’Oise, spécialisé dans les instruments du quatuor à archet. Une rencontre s’imposait donc dans son atelier, où il évoque sa passion du bois, son amour de la musique et son savoir‑faire artisanal.
Vous êtes luthier. Pouvez‑vous nous expliquer ce que recouvre ce métier ?
Le mot luthier est assez générique. Certains sont spécialisés dans les guitares, d’autres dans les instruments anciens comme le luth ou la viole. Pour ma part, je travaille sur les instruments du quatuor à archet : violon, alto et violoncelle.
Même si le matériau de base reste le bois, on n’utilise ni les mêmes essences, ni les mêmes vernis, ni les mêmes techniques selon les instruments. Par exemple, il n’y a aucun éméùent électronique dans ceux que je fabrique ou restaure.
Faut‑il être musicien pour devenir luthier ?
Il faut aimer la musique, c’est indispensable ! Mais tous les luthiers ne sont pas forcément de grands instrumentistes. Personnellement, je pense qu’il faut savoir jouer un minimum, surtout pour le réglage fin du son. On ne demande pas une oreille de soliste, mais une oreille analytique : être capable d’entendre un déséquilibre entre deux cordes, une réponse sonore qui ne fonctionne pas, et savoir comment y remédier.
Ensuite, le travail se fait en étroite collaboration avec le musicien, qui connaît parfaitement son instrument.
Depuis quand êtes‑vous installé ici ?
Je suis arrivé à Sannois en août 1991. Mon premier atelier se trouvait à quelques centaines de mètres d’ici, dans une ancienne cuisine d’été chez ma tante. Très vite, je me suis rendu compte qu’il y avait un vrai potentiel : beaucoup de musiciens professionnels vivaient en banlieue parisienne, notamment pour des raisons de logement et de voisinage. J’ai aussi développé mon réseau grâce aux écoles de musique.
Qu’est‑ce qui vous a donné envie de devenir luthier ?
Depuis tout petit, j’ai toujours aimé travailler le bois. Mon père bricolait beaucoup et j’ai passé des heures avec ses outils.
La musique est arrivée plus tard, vers 15‑16 ans, avec la guitare. Petit à petit, le lien entre le travail du bois et la musique est devenu évident : la facture instrumentale.
À la maison, on écoutait beaucoup de musique classique, mais à l’époque, moi, c’était surtout le rock et les Rolling Stones ! Et puis, sans trop savoir pourquoi, je me suis mis à dévorer les concertos pour violon, tout le répertoire, notamment romantique, puis le quatuor.
La formation en lutherie est‑elle facilement accessible en France ?
À l’époque, il n’y avait qu’une seule école en France, à Mirecourt, qui formait très peu d’élèves, avec des critères très stricts. Beaucoup de luthiers de ma génération sont donc partis à l’étranger. Pour ma part, après une formation en menuiserie, j’ai commencé par la facture d’orgue dans le Jura, auprès d’un artisan exceptionnel. J’y ai appris énormément, notamment le respect du matériau et la précision mécanique.
Ensuite, j’ai intégré une grande école de lutherie à Londres, très ouverte et cosmopolite, où l’on pouvait se former à plusieurs instruments.
Que vous a apporté votre séjour à Londres ?
J’y suis resté sept ans. C’était une véritable ruche : violons, instruments anciens, guitares, flûtes, pianos… J’y ai aussi commencé sérieusement le violon, car l’école estimait qu’un luthier devait pratiquer l’instrument. À un moment, j’ai dû choisir : rester définitivement à Londres ou rentrer en France. J’ai finalement décidé de revenir et de recommencer ici.
Fabriquez‑vous des violons aujourd’hui ?
De moins en moins. Fabriquer un violon prend environ trois semaines de travail intensif, sans répondre au téléphone ni recevoir de clients. Avec le temps, je me suis davantage orienté vers l’entretien, la restauration et la location, qui permettent de faire vivre l’atelier. Ce sont des activités complémentaires, mais elles sont aussi très chronophages.
Abordons les secrets de fabrication d’un violon : les matériaux ont‑ils évolué ?
Non, les essences de bois sont immuables : épicéa pour la table d’harmonie, érable pour le fond, les éclisses et le manche, ébène pour la touche et certaines pièces. et tout est collé à la colle d’os, chauffée au bain‑marie, jamais vissé. Les dimensions sont très normées, sauf pour les instruments destinés aux enfants.
Quelles sont les réparations les plus fréquentes ?
Cela va de la simple casse de chevalet à des restaurations lourdes, notamment de la table d’harmonie, qui ne fait que trois millimètres d’épaisseur et ne résiste pas toujours à la pression, ou encore un manche cassé.
On essaie toujours de restaurer plutôt que de remplacer : changer une pièce fait perdre de la valeur à l’instrument. Le respect du travail du luthier d’origine est fondamental.
Le violon attire‑t‑il encore les jeunes ?
Oui, et c’est rassurant. Les écoles de musique sont pleines. Le métier a failli disparaître dans les années 1960 : à l’époque, il ne restait plus que cinq luthiers en France ! On jouait de moins en moins du violon, car il était plus simple d’allumer la radio que d’apprendre un instrument ! Tout a été relancé grâce à la formation dans les conservatoires et à un regain d’intérêt pour la musique classique et ancienne. Un grand merci au film "Tous les matins du monde", qui a mis en lumière la musique de gambe de Marin Marais.
La concurrence étrangère est‑elle un problème pour les fabricants de violons ?
Il existe aujourd’hui une production industrielle massive, notamment en Chine, avec des instruments d’étude de qualité correcte. Mais les musiciens professionnels recherchent autre chose : un instrument unique, stable, riche, qui peut valoir plusieurs dizaines de milliers d’euros. Pour eux, le violon est un véritable outil de travail.
Évoquons la location d'instruments que vous proposez. Comment cela fonctionne‑t‑il ?
Cela s’adresse principalement aux familles, qui louent un instrument pour un an, deux ans ou plus. Elles peuvent commencer par louer, puis acheter l’instrument si tout se passe bien. Il existe de nombreuses tailles pour les enfants, cela permet d’évoluer avec la morphologie de l’enfant.
Enfin, comment décririez‑vous votre relation avec vos clients musiciens ?
C’est une relation de grande fidélité. On ne confie pas son violon à n’importe qui !
Il y a une vraie confiance, presque intime. Chaque instrument a son histoire, et chaque musicien un rapport très personnel à son violon.
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