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Rencontre avec Hervé Collet, l'auteur des "trésors de la Vallée de Montmorency" ! Interview exceptionnelle.

Publié le : 05-04-2021

Hervé ColletAu moment où son ouvrage "Les trésors de la Vallée de Montmorency" vient d'être réédité, partons à la rencontre d'Hervé Collet. Nous le présentons généralement comme notre historien régional de référence mais, vous allez le découvrir, sa vie a été très animée car, tout l'intéresse ! Interview passionnante.

Hervé Collet, vous êtes reconnu comme l'historien régional de référence avec vos nombreux ouvrages consacrés notamment à Eaubonne, Andilly, Frépillon. Mais commençons en évoquant la Bretagne. En effet, vous êtes aussi président d'honneur des amis de Saint-Jacut !
C'est vrai ! Je suis historien de la Vallée de Montmorency mais aussi… d'un petit village, Saint-Jacut-de-la-Mer, situé dans les Côtes d'Armor, près de Dinan.
J'y ai fondé en 1981 l'association "Les amis du Vieux Saint-Jacut" qui publie deux revues par an depuis quarante ans ! C'est un coin fabuleux de la Bretagne, lieu par excellence de la mémoire locale de tradition orale dont beaucoup de récits remontent au Moyen Age voire aux Fondations. A mon plus grand regret, je n'y suis pas né mais j'ai peut-être été conçu là-bas pendant les vacances de mes parents, qui sont "montés à Paris" en 1936. C’est ainsi que je suis né dans la capitale, en 1941, dans le 8e arrondissement, mais nous habitions dans le faubourg de Ménilmontant ("Ménilmuch’"), dans le 11e.

Hervé Collet à OdeilloVous êtes donc un vrai titi parisien ?
On peut le dire. Je suis né à Paris en pleine guerre. J'y ai attrapé, à 5 ans, la tuberculose, ce qui m’a valu de partir un an et demi loin de mes parents en sanatorium à Odeillo, vers Font-Romeu, la ville la plus ensoleillée de France. À cette époque, il n'y avait pas de pénicilline, la seule thérapie possible étant le bon air et le soleil. Mes parents ont vite considéré que Paris n'était pas à cette époque un lieu garantissant une bonne hygiène, et en attendant mon retour, en 1947, ils ont déménagé à Ermont, ville réputée pour son bon air, dans la campagne.

Puis vous êtes arrivé à Eaubonne ?
En 1954, mon père a acheté un terrain à Eaubonne, au sommet de la petite colline des Vignolles. Ou plutôt, il s’agissait de trois bandes de terrain différentes. Il a d’abord acheté celle de gauche et celle de droite, mais il manquait celle du milieu, où paissait parfois un troupeau de chèvres et qui se trouvait sans propriétaire connu. Il a fait déclarer cette vacance par les Domaines, qui ont procédé à une vente aux enchères et il l’a remportée.

Hervé Collet étudiantEt quel a été votre parcours scolaire ?
Au retour d’Odeillo, à 7 ans, j'ai suivi des cours particuliers pour rattraper mon retard, même si j’ai appris à lire en sana. Ensuite, je suis allé à Enghien, au Cours Notre-Dame avec les Pères maristes, puis j'ai suivi une année de philo au Lycée de Montmorency.
Quant à mes études universitaires, je les résume souvent par cette expression : "Bac + 18" ! Mais j'ai pris mon temps, évidemment en alternance, jusqu’à l’âge de 60 ans !

Quelles spécialités avez-vous étudiées ?
J'ai un grand souci pour vous répondre, car tout m'intéressait ! J'ai suivi sept ans d'études de lettres et de sociologie à la Sorbonne en même temps qu’une scolarité complète à Sciences Po, puis deux ans de 3e cycle en sociologie et enfin neuf ans de théologie, qui m’a conduit jusqu’en maitrise, avec un diplôme de "licence canonique" reconnu par le Vatican, en tant que "théologien laïc". Je me passionne aussi pour les sciences, en particulier les découvertes en physique et en astronomie, même si je ne suis pas fort en maths !

Avec toutes ces études réalisées, saviez-vous ce que vous souhaitiez faire professionnellement ?
Comme beaucoup d’activités m'attiraient, et que j’avais du mal à en éliminer certaines, j’ai fait le choix… de les pratiquer toutes, "en même temps", ce qui représentait facilement quatre mi-temps, avec des semaines de 70 heures ! J'ai l'habitude de dire que tous mes boulots étaient "principaux", que je sois chargé de la communication à l'Union Française des centres de vacances et de loisirs (UFCV), conseiller pédagogique à ATD Quart-Monde avec le Père Joseph Wresenski ou bien directeur du Centre national d'aide à la vie associative (CNAVA)… Je n'oublie pas, en 1971, ma collaboration, au Sénat, avec Jean Lecanuet, qui s’était présenté à l’élection présidentielle de 1965, et mes dix ans de présence à l’Assemblée nationale, en tant qu’attaché parlementaire.
Communiquer Pourquoi Comment ? par Hervé ColletAu cours de toutes mes expériences, la communication m’est apparue comme essentielle et m’a tenu à cœur. C'est à travers ces missions que j'ai constaté que les organisations à but non lucratif, les mairies, les institutions religieuses n'avaient pas de manuels spécifiques pour leur communication. J'ai donc rassemblé en 2003 mes connaissances et mes pratiques dans un livre de 600 pages, qui donne des clés, des outils pour mieux communiquer. Je suis fier, je l’avoue, de ce travail qui a rencontré un grand succès. Plus de 5 000 exemplaires ! ("Communiquer : pourquoi, comment ? -  Le guide de la communication sociale" - Éditions CRIDEC). Le Crédit Mutuel en a tiré une petite plaquette de 24 pages qu’il a éditée à 600 000 exemplaires en 11 ans.

En vous écoutant, est-ce que je peux dire que vous avez eu une carrière professionnelle bien remplie ?
C'est vrai, j'ai eu la chance d’avoir bénéficié d'une grande énergie et d’une curiosité que je qualifierais d’"encyclopédique". Ma passion, c'est de tout connaitre pour arriver à une synthèse de la vie et du monde… J’ai réussi à m’organiser pour tout cumuler. Par exemple, il m'arrivait d'être au bureau associatif de l'UFCV le matin, à l'Assemblée nationale l'après-midi et le soir en cours de théologie au Centre Sèvres. Tout s'enchainait bien !

Mairie d'EaubonneArrêtons-nous maintenant sur votre expérience politique et votre collaboration parlementaire avec Jean Lecanuet. Ces missions sont en adéquation avec vos études à Sciences Po ?
Certainement, mais je dois d’abord évoquer l’influence de mon père pour expliquer cet attrait pour la chose publique. Il me disait : « Un bon chrétien doit être engagé à la fois dans sa paroisse, dans le cadre familial, syndical et politique. » Il s'était lui-même engagé dans des œuvres sociales et le syndicalisme dès son arrivée à Paris et, évidemment… en politique. Il militait au MRP (Mouvement Républicain Populaire) et il a été notamment grand électeur aux sénatoriales, à la fin de la guerre.
Par voie de conséquence, j'ai tracté très jeune avec mon père dans les boîtes aux lettres, ce qui m'a amené à prendre naturellement ma carte en 1963 et de rejoindre les jeunes du MRP, dont j’ai été le dernier correspondant de ce qui est devenu le Val d'Oise avant sa transformation du MRP en Centre Démocrate en 1966.
Je vais vous raconter une anecdote sur la manière dont je suis devenu l'un des plus jeunes conseillers municipaux de France en 1965 (âge minimum à cette époque : 23 ans). À Eaubonne, le maire sortant, André Mignot, a proposé à mon père de faire partie de sa liste, car il était engagé socialement : il avait fondé la Caisse de Crédit Mutuel d'Ermont. Il lui a répondu : « Je vous propose de prendre plutôt mon fils ! Il est à Sciences Po et cela l'intéresse. » C'est ainsi que j'ai été membre, pendant deux mandats, du Conseil municipal d'Eaubonne, puis en 1977 de Frépillon, où nous avions emménagé avec mon épouse, et enfin, quelques années plus tard, à Eaubonne, en 2014, en tant qu’adjoint et en 2020 en tant que conseil d’opposition. Cela représente 25 ans de mandat municipal. Et, après avoir été le benjamin du conseil, j'en suis devenu le doyen !

Jean LecanuetEt votre expérience à l'Assemblée nationale ?
J'ai d’abord eu la chance de travailler avec Jean Lecanuet. Mon travail de collaborateur consistait notamment à assurer son secrétariat et à faire avancer certains projets. Lecanuet était un très grand orateur, un homme droit en politique, toujours sûr de lui et brillant en public, alors qu'en privé, son tempérament anxieux l’amenait fréquemment à se poser des questions sur la portée éthique de ses actes politiques. Par exemple, la loi Veil sur l'avortement, alors qu’il était Garde des sceaux, a été une décision difficile voire déchirante à prendre pour le chrétien convaincu qu’il était. Mais il l’a prise et défendue.

Et vous, vous n'avez pas eu envie de vous présenter pour devenir à votre tour député ?
Je me suis engagé et je suis resté dans le milieu politique, ou plutôt "de la chose publique", par vocation, mais sans me dire : « Je vais être député ou sénateur », en me rasant le matin. Pour cela, il aurait fallu être d'abord maire ou conseiller général, la filière classique à l'époque d'un cheminement politique. Cela ne s'est pas présenté… Pour l'anecdote, j'ai retrouvé à l'Assemblée nationale un certain Raymond Barre, qui avait été mon professeur à Sciences Po. Je me rappelle très bien qu'il m'avait interrogé lors d'une épreuve orale où je n'avais pas brillé. Il m'avait collé un 4/20 ! (rires).

Hervé Collet à l'Assemblée NationalePeut-on évoquer ensemble les événements de 1968 ? Comment les avez-vous vécus ?
J'avais 27 ans à cette époque et l'Église exhortait ses fidèles à sortir de la paroisse, à s'insérer dans la vie sociale. Je me trouvais à Eaubonne où j'avais fondé la Maison des Jeunes, après avoir initié celle d'Ermont. Nous avons donc occupé les locaux, rue Jeanne Robillon. Mon attitude à l'égard du mouvement de 1968 était de l’ordre des idées, mais je ne partageais pas à l’époque celles de Cohn-Bendit, que j'ai retrouvé bien des années plus tard, avec plus de bienveillance à son égard, car il avait mis entretemps "de l’eau dans son vin" !
L’évocation de Cohn-Bendit me fait penser à l'Europe et aux missions que j'ai réalisées pour le compte du Colisée, le Comité de Liaison pour la Solidarité avec l’Europe de l’Est, dont j’ai été le président. Cette institution reliait entre elles les associations françaises ayant des engagements en Europe centrale et orientale. Grâce à elle, j'ai eu l'occasion entre 1997 et 2002, de réaliser quarante missions dans des pays à risques en Europe centrale et orientale. Je devais écrire des "fiches pays", c’est-à-dire des rapports décrivant leur situation politique, qui étaient ensuite adressées aux ambassades et aux grandes entreprises intéressées. Il ne fallait pas se tromper. C'étaient des missions passionnantes mais parfois risquées, comme au Monténégro, où j'ai été arrêté, fouillé et soupçonné d'"espionnage", en compagnie de grands reporters, dont un ami de l’Express. Mes voyages au Tadjikistan, au Haut-Karabagh ou en Azerbaïdjan resteront dans ma mémoire !

A suivre.
Dans la deuxième partie de cette interview, nous évoquerons l'histoire locale, Eaubonne et les nombreux projets d'Hervé Collet.

Hervé ColletAu moment où son ouvrage "Les trésors de la Vallée de Montmorency" vient d'être réédité, partons à la rencontre d'Hervé Collet. Nous le présentons généralement comme notre historien régional de référence mais, vous allez le découvrir, sa vie a été très animée car, tout l'intéresse ! Interview passionnante.

Hervé Collet, vous êtes reconnu comme l'historien régional de référence avec vos nombreux ouvrages consacrés notamment à Eaubonne, Andilly, Frépillon. Mais commençons en évoquant la Bretagne. En effet, vous êtes aussi président d'honneur des amis de Saint-Jacut !
C'est vrai ! Je suis historien de la Vallée de Montmorency mais aussi… d'un petit village, Saint-Jacut-de-la-Mer, situé dans les Côtes d'Armor, près de Dinan.
J'y ai fondé en 1981 l'association "Les amis du Vieux Saint-Jacut" qui publie deux revues par an depuis quarante ans ! C'est un coin fabuleux de la Bretagne, lieu par excellence de la mémoire locale de tradition orale dont beaucoup de récits remontent au Moyen Age voire aux Fondations. A mon plus grand regret, je n'y suis pas né mais j'ai peut-être été conçu là-bas pendant les vacances de mes parents, qui sont "montés à Paris" en 1936. C’est ainsi que je suis né dans la capitale, en 1941, dans le 8e arrondissement, mais nous habitions dans le faubourg de Ménilmontant ("Ménilmuch’"), dans le 11e.

Hervé Collet à OdeilloVous êtes donc un vrai titi parisien ?
On peut le dire. Je suis né à Paris en pleine guerre. J'y ai attrapé, à 5 ans, la tuberculose, ce qui m’a valu de partir un an et demi loin de mes parents en sanatorium à Odeillo, vers Font-Romeu, la ville la plus ensoleillée de France. À cette époque, il n'y avait pas de pénicilline, la seule thérapie possible étant le bon air et le soleil. Mes parents ont vite considéré que Paris n'était pas à cette époque un lieu garantissant une bonne hygiène, et en attendant mon retour, en 1947, ils ont déménagé à Ermont, ville réputée pour son bon air, dans la campagne.

Puis vous êtes arrivé à Eaubonne ?
En 1954, mon père a acheté un terrain à Eaubonne, au sommet de la petite colline des Vignolles. Ou plutôt, il s’agissait de trois bandes de terrain différentes. Il a d’abord acheté celle de gauche et celle de droite, mais il manquait celle du milieu, où paissait parfois un troupeau de chèvres et qui se trouvait sans propriétaire connu. Il a fait déclarer cette vacance par les Domaines, qui ont procédé à une vente aux enchères et il l’a remportée.

Hervé Collet étudiantEt quel a été votre parcours scolaire ?
Au retour d’Odeillo, à 7 ans, j'ai suivi des cours particuliers pour rattraper mon retard, même si j’ai appris à lire en sana. Ensuite, je suis allé à Enghien, au Cours Notre-Dame avec les Pères maristes, puis j'ai suivi une année de philo au Lycée de Montmorency.
Quant à mes études universitaires, je les résume souvent par cette expression : "Bac + 18" ! Mais j'ai pris mon temps, évidemment en alternance, jusqu’à l’âge de 60 ans !

Quelles spécialités avez-vous étudiées ?
J'ai un grand souci pour vous répondre, car tout m'intéressait ! J'ai suivi sept ans d'études de lettres et de sociologie à la Sorbonne en même temps qu’une scolarité complète à Sciences Po, puis deux ans de 3e cycle en sociologie et enfin neuf ans de théologie, qui m’a conduit jusqu’en maitrise, avec un diplôme de "licence canonique" reconnu par le Vatican, en tant que "théologien laïc". Je me passionne aussi pour les sciences, en particulier les découvertes en physique et en astronomie, même si je ne suis pas fort en maths !

Avec toutes ces études réalisées, saviez-vous ce que vous souhaitiez faire professionnellement ?
Comme beaucoup d’activités m'attiraient, et que j’avais du mal à en éliminer certaines, j’ai fait le choix… de les pratiquer toutes, "en même temps", ce qui représentait facilement quatre mi-temps, avec des semaines de 70 heures ! J'ai l'habitude de dire que tous mes boulots étaient "principaux", que je sois chargé de la communication à l'Union Française des centres de vacances et de loisirs (UFCV), conseiller pédagogique à ATD Quart-Monde avec le Père Joseph Wresenski ou bien directeur du Centre national d'aide à la vie associative (CNAVA)… Je n'oublie pas, en 1971, ma collaboration, au Sénat, avec Jean Lecanuet, qui s’était présenté à l’élection présidentielle de 1965, et mes dix ans de présence à l’Assemblée nationale, en tant qu’attaché parlementaire.
Communiquer Pourquoi Comment ? par Hervé ColletAu cours de toutes mes expériences, la communication m’est apparue comme essentielle et m’a tenu à cœur. C'est à travers ces missions que j'ai constaté que les organisations à but non lucratif, les mairies, les institutions religieuses n'avaient pas de manuels spécifiques pour leur communication. J'ai donc rassemblé en 2003 mes connaissances et mes pratiques dans un livre de 600 pages, qui donne des clés, des outils pour mieux communiquer. Je suis fier, je l’avoue, de ce travail qui a rencontré un grand succès. Plus de 5 000 exemplaires ! ("Communiquer : pourquoi, comment ? -  Le guide de la communication sociale" - Éditions CRIDEC). Le Crédit Mutuel en a tiré une petite plaquette de 24 pages qu’il a éditée à 600 000 exemplaires en 11 ans.

En vous écoutant, est-ce que je peux dire que vous avez eu une carrière professionnelle bien remplie ?
C'est vrai, j'ai eu la chance d’avoir bénéficié d'une grande énergie et d’une curiosité que je qualifierais d’"encyclopédique". Ma passion, c'est de tout connaitre pour arriver à une synthèse de la vie et du monde… J’ai réussi à m’organiser pour tout cumuler. Par exemple, il m'arrivait d'être au bureau associatif de l'UFCV le matin, à l'Assemblée nationale l'après-midi et le soir en cours de théologie au Centre Sèvres. Tout s'enchainait bien !

Mairie d'EaubonneArrêtons-nous maintenant sur votre expérience politique et votre collaboration parlementaire avec Jean Lecanuet. Ces missions sont en adéquation avec vos études à Sciences Po ?
Certainement, mais je dois d’abord évoquer l’influence de mon père pour expliquer cet attrait pour la chose publique. Il me disait : « Un bon chrétien doit être engagé à la fois dans sa paroisse, dans le cadre familial, syndical et politique. » Il s'était lui-même engagé dans des œuvres sociales et le syndicalisme dès son arrivée à Paris et, évidemment… en politique. Il militait au MRP (Mouvement Républicain Populaire) et il a été notamment grand électeur aux sénatoriales, à la fin de la guerre.
Par voie de conséquence, j'ai tracté très jeune avec mon père dans les boîtes aux lettres, ce qui m'a amené à prendre naturellement ma carte en 1963 et de rejoindre les jeunes du MRP, dont j’ai été le dernier correspondant de ce qui est devenu le Val d'Oise avant sa transformation du MRP en Centre Démocrate en 1966.
Je vais vous raconter une anecdote sur la manière dont je suis devenu l'un des plus jeunes conseillers municipaux de France en 1965 (âge minimum à cette époque : 23 ans). À Eaubonne, le maire sortant, André Mignot, a proposé à mon père de faire partie de sa liste, car il était engagé socialement : il avait fondé la Caisse de Crédit Mutuel d'Ermont. Il lui a répondu : « Je vous propose de prendre plutôt mon fils ! Il est à Sciences Po et cela l'intéresse. » C'est ainsi que j'ai été membre, pendant deux mandats, du Conseil municipal d'Eaubonne, puis en 1977 de Frépillon, où nous avions emménagé avec mon épouse, et enfin, quelques années plus tard, à Eaubonne, en 2014, en tant qu’adjoint et en 2020 en tant que conseil d’opposition. Cela représente 25 ans de mandat municipal. Et, après avoir été le benjamin du conseil, j'en suis devenu le doyen !

Jean LecanuetEt votre expérience à l'Assemblée nationale ?
J'ai d’abord eu la chance de travailler avec Jean Lecanuet. Mon travail de collaborateur consistait notamment à assurer son secrétariat et à faire avancer certains projets. Lecanuet était un très grand orateur, un homme droit en politique, toujours sûr de lui et brillant en public, alors qu'en privé, son tempérament anxieux l’amenait fréquemment à se poser des questions sur la portée éthique de ses actes politiques. Par exemple, la loi Veil sur l'avortement, alors qu’il était Garde des sceaux, a été une décision difficile voire déchirante à prendre pour le chrétien convaincu qu’il était. Mais il l’a prise et défendue.

Et vous, vous n'avez pas eu envie de vous présenter pour devenir à votre tour député ?
Je me suis engagé et je suis resté dans le milieu politique, ou plutôt "de la chose publique", par vocation, mais sans me dire : « Je vais être député ou sénateur », en me rasant le matin. Pour cela, il aurait fallu être d'abord maire ou conseiller général, la filière classique à l'époque d'un cheminement politique. Cela ne s'est pas présenté… Pour l'anecdote, j'ai retrouvé à l'Assemblée nationale un certain Raymond Barre, qui avait été mon professeur à Sciences Po. Je me rappelle très bien qu'il m'avait interrogé lors d'une épreuve orale où je n'avais pas brillé. Il m'avait collé un 4/20 ! (rires).

Hervé Collet à l'Assemblée NationalePeut-on évoquer ensemble les événements de 1968 ? Comment les avez-vous vécus ?
J'avais 27 ans à cette époque et l'Église exhortait ses fidèles à sortir de la paroisse, à s'insérer dans la vie sociale. Je me trouvais à Eaubonne où j'avais fondé la Maison des Jeunes, après avoir initié celle d'Ermont. Nous avons donc occupé les locaux, rue Jeanne Robillon. Mon attitude à l'égard du mouvement de 1968 était de l’ordre des idées, mais je ne partageais pas à l’époque celles de Cohn-Bendit, que j'ai retrouvé bien des années plus tard, avec plus de bienveillance à son égard, car il avait mis entretemps "de l’eau dans son vin" !
L’évocation de Cohn-Bendit me fait penser à l'Europe et aux missions que j'ai réalisées pour le compte du Colisée, le Comité de Liaison pour la Solidarité avec l’Europe de l’Est, dont j’ai été le président. Cette institution reliait entre elles les associations françaises ayant des engagements en Europe centrale et orientale. Grâce à elle, j'ai eu l'occasion entre 1997 et 2002, de réaliser quarante missions dans des pays à risques en Europe centrale et orientale. Je devais écrire des "fiches pays", c’est-à-dire des rapports décrivant leur situation politique, qui étaient ensuite adressées aux ambassades et aux grandes entreprises intéressées. Il ne fallait pas se tromper. C'étaient des missions passionnantes mais parfois risquées, comme au Monténégro, où j'ai été arrêté, fouillé et soupçonné d'"espionnage", en compagnie de grands reporters, dont un ami de l’Express. Mes voyages au Tadjikistan, au Haut-Karabagh ou en Azerbaïdjan resteront dans ma mémoire !

A suivre.
Dans la deuxième partie de cette interview, nous évoquerons l'histoire locale, Eaubonne et les nombreux projets d'Hervé Collet.


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1 commentaire(s)

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GEORGES Françoise - Il y a 16 jours
Passionnant cet article sur le parcours d'Hervé COLLET. Que d'"engagements" dans la vie sociale, politique, et bien d'autres.
J'attends la suite avec impatience. Merci François.
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