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Arrivée du chemin de fer dans la Vallée de Montmorency : le "Refoulons", cette ligne atypique qui reliait Montmorency à Enghien !

Publié le : 29-03-2021

Refoulons - la gare de Montmorency

SÉRIE "Le chemin de fer dans la Vallée de Montmorency"
Le Journal de François vous propose tout au long de cette saison 2020-2021 de revivre l'arrivée du chemin de fer dans notre chère Vallée de Montmorency. Cet événement va bouleverser la vie quotidienne des habitants.
Aujourd'hui, zoom sur le "Refoulons", cette ligne qui reliait Montmorency à Enghien.

Vous êtes nombreux à m'avoir dit : « N'oubliez pas d'évoquer le "Refoulons" dans votre série consacrée au chemin de fer dans la Vallée de Montmorency ! » En effet, la ligne Enghien-Montmorency a marqué les esprits. Ceux qui l'ont connue, empruntée en gardent de bons souvenirs. Le "Refoulons" représente même une fierté pour la ville de Montmorency !

Le Refoulons livre de Michel RivalUne fois n'est pas coutume, commençons par la fin avec la description de l'ambiance lors du dernier voyage de "Refoulons". Nous sommes le 30 juin 1954…  Michel Rival, auteur du livre référence "Le Refoulons chemin de fer d'Enghien à Montmorency" nous raconte :
« Le signal du dernier voyage vers Montmorency fut donné à 23h27.
La foule eut du mal trouver des places ; les compartiments du bas et les banquettes des impériales étaient pleines. Beaucoup durent rester dans les escaliers et certains jeunes étaient debout sur la galerie extérieure des impériales, malgré les avis des employés.
Les pétards éclataient, le sifflet de la locomotive retentissait sans arrêt. De nombreux voyageurs manifestaient bruyamment leur émotion.
Des motocyclistes roulaient dans la rue parallèle. Au passage à niveau de la Pointe-Raquet, de nombreuses personnes à pied ou en voiture encourageaient le train.
A la gare de Soisy, l'émotion était grande.
La pente avant Montmorency fut difficilement grimpée. Les très nombreux voyageurs alourdissaient à ce point le convoi que la pression de la chaudière baissa de plusieurs kilos.
Il parvient à peu près à l'heure en gare de Montmorency. La foule descendit rapidement sur le quai. Un feu de bengale fut allumé sur la locomotive. Puis le maire de la commune libre des Champeaux grimpa sur l'engin et prononça une allocution spirituelle.
A l'approche de minuit, la foule entonna "La Marseillaise" et "Ce n'est qu'un au revoir". Le mécanicien présenta une gerbe avec banderole donnée apr un voyageur reconnaissant. A minuit deux, le sifflet retentit une dernière fois, le train quitta lentement la gare de Montmorency, au milieu de l'émotion du public. »

Refoulons - la gare de MontmorencyTout le monde a donc salué cette petite ligne ligne de chemin de fer qui a vécu pendant 88 ans. Elle a permis aux Montmorencéens d'être "rattachés" à Enghien et ainsi d'attirer de nombreux Parisiens en villégiature. C'était aussi une manière de dire merci aux fondateurs de cette ligne atypique de 3 km, et notamment à Emilien Rey Foresta, ancien maire de la ville de Montmorency.

En effet, au milieu du XIXe siècle, de nombreux projets avaient été avancés pour régler un problème qui se posait à Montmorency : comment "désenclaver" la ville ? Comment la relier à celle d'Enghien et plus largement à Paris afin de faciliter la vie quotidienne des habitants ?
Après plusieurs projets non retenus, un projet initié par la maire de la ville de Montmorency, Emilien Rey Foresta a obtenu la faveur du conseil municipal. L'édile qui est aussi banquier et industriel, a su s'entourer de Joseph Marchand, entrepreneur de travaux publics et Emile Level, un ingénieur spécialiste des chemins de fer.
Le Refoulons à SoisyLe tracé retenu pour relier Enghien à Montmorency permettait de satisfaire une large partie des habitants de la ville, avec un terminus situé place Franklin Roosevelt. Et la future ligne ne traversant aucune propriété bâtie, la réalisation de la voie ferrée sera facilitée.
Mais restait le problème de cette déclivité importante à l'arrivée à la gare de Montmorency ? L'option "locomotive à vapeur" est évidemment retenue. Elle sera placée à l'arrière des convois par sécurité. Si les freins ou l'arrimage des voitures venaient à lâcher, la locomotive les refoulerait systématiquement. Les cheminots disent alors que le train va alors « à refoulons » ! C'est ainsi que la ligne qui sera inaugurée en grandes pompes le 30 juin 1866 a été rapidement appelée "Le Refoulons" !
Côté administratif, la ligne est gérée par la Compagnie du chemin de fer d'Enghien à Montmorency et « n'a rien coûté à la ville, ni au département ni à l'état » comme l'a rappelé Emilien Rey de Foresta lors de l'inauguration.
Refoulons - gare d'Enghien (collection JP Bousquet)Dès la première année, la ligne rencontre un grand succès, les horaires évoluant au fil des années, en essayant faire plaisir à tous les publics comme, par exemple, ce dernier train qui permettait aux amoureux du théâtre de pouvoir revenir très tardivement de Paris.
La guerre de 1914 puis celle de 1940 seront malheureusement deux coups d'arrêt dans l'exploitation de la ligne.
D'autre part, de nombreux éléments vont compliquer progressivement l'exploitation de la ligne : l'entretien défectueux de la voie, de nombreuses pannes de la locomotive, des déraillements ont mécontenté de nombreux voyageurs.
D'autre part, après le premier conflit mondial, la loi des huit heures a interdit la Compagnie d'Enghien à Montmorency de conserver la même amplitude horaire de travail pour son personnel. Rappelons que la Compagnie Enghien-Montmorency a toujours été une société privée ne bénéficiant aucun fonds public. Jusqu'en 1936, la compagnie était excédentaire mais ensuite l'entreprise a accusé un déficit grandissant. Après la guerre, la situation s'est alors enlisée en même temps que la fréquentation a faibli et les différentes augmentations n'ont pas comblé le déficit chronique…
Aucune solution ne sera trouvée, la SNCF et l'Etat n'ayant pas souhaité aider la Compagnie…. Le sort du "Refoulons" est alors scellé avec la décision prise de suppression de la ligne le 30 juin 1954.

Nous partirons ensuite dans un prochain article sur les traces du "Refoulons" en faisant un zoom sur les différentes gares de la ligne.

> En savoir plus
Page Wikipédia consacrée au "Refoulons"








Refoulons - la gare de Montmorency

SÉRIE "Le chemin de fer dans la Vallée de Montmorency"
Le Journal de François vous propose tout au long de cette saison 2020-2021 de revivre l'arrivée du chemin de fer dans notre chère Vallée de Montmorency. Cet événement va bouleverser la vie quotidienne des habitants.
Aujourd'hui, zoom sur le "Refoulons", cette ligne qui reliait Montmorency à Enghien.

Vous êtes nombreux à m'avoir dit : « N'oubliez pas d'évoquer le "Refoulons" dans votre série consacrée au chemin de fer dans la Vallée de Montmorency ! » En effet, la ligne Enghien-Montmorency a marqué les esprits. Ceux qui l'ont connue, empruntée en gardent de bons souvenirs. Le "Refoulons" représente même une fierté pour la ville de Montmorency !

Le Refoulons livre de Michel RivalUne fois n'est pas coutume, commençons par la fin avec la description de l'ambiance lors du dernier voyage de "Refoulons". Nous sommes le 30 juin 1954…  Michel Rival, auteur du livre référence "Le Refoulons chemin de fer d'Enghien à Montmorency" nous raconte :
« Le signal du dernier voyage vers Montmorency fut donné à 23h27.
La foule eut du mal trouver des places ; les compartiments du bas et les banquettes des impériales étaient pleines. Beaucoup durent rester dans les escaliers et certains jeunes étaient debout sur la galerie extérieure des impériales, malgré les avis des employés.
Les pétards éclataient, le sifflet de la locomotive retentissait sans arrêt. De nombreux voyageurs manifestaient bruyamment leur émotion.
Des motocyclistes roulaient dans la rue parallèle. Au passage à niveau de la Pointe-Raquet, de nombreuses personnes à pied ou en voiture encourageaient le train.
A la gare de Soisy, l'émotion était grande.
La pente avant Montmorency fut difficilement grimpée. Les très nombreux voyageurs alourdissaient à ce point le convoi que la pression de la chaudière baissa de plusieurs kilos.
Il parvient à peu près à l'heure en gare de Montmorency. La foule descendit rapidement sur le quai. Un feu de bengale fut allumé sur la locomotive. Puis le maire de la commune libre des Champeaux grimpa sur l'engin et prononça une allocution spirituelle.
A l'approche de minuit, la foule entonna "La Marseillaise" et "Ce n'est qu'un au revoir". Le mécanicien présenta une gerbe avec banderole donnée apr un voyageur reconnaissant. A minuit deux, le sifflet retentit une dernière fois, le train quitta lentement la gare de Montmorency, au milieu de l'émotion du public. »

Refoulons - la gare de MontmorencyTout le monde a donc salué cette petite ligne ligne de chemin de fer qui a vécu pendant 88 ans. Elle a permis aux Montmorencéens d'être "rattachés" à Enghien et ainsi d'attirer de nombreux Parisiens en villégiature. C'était aussi une manière de dire merci aux fondateurs de cette ligne atypique de 3 km, et notamment à Emilien Rey Foresta, ancien maire de la ville de Montmorency.

En effet, au milieu du XIXe siècle, de nombreux projets avaient été avancés pour régler un problème qui se posait à Montmorency : comment "désenclaver" la ville ? Comment la relier à celle d'Enghien et plus largement à Paris afin de faciliter la vie quotidienne des habitants ?
Après plusieurs projets non retenus, un projet initié par la maire de la ville de Montmorency, Emilien Rey Foresta a obtenu la faveur du conseil municipal. L'édile qui est aussi banquier et industriel, a su s'entourer de Joseph Marchand, entrepreneur de travaux publics et Emile Level, un ingénieur spécialiste des chemins de fer.
Le Refoulons à SoisyLe tracé retenu pour relier Enghien à Montmorency permettait de satisfaire une large partie des habitants de la ville, avec un terminus situé place Franklin Roosevelt. Et la future ligne ne traversant aucune propriété bâtie, la réalisation de la voie ferrée sera facilitée.
Mais restait le problème de cette déclivité importante à l'arrivée à la gare de Montmorency ? L'option "locomotive à vapeur" est évidemment retenue. Elle sera placée à l'arrière des convois par sécurité. Si les freins ou l'arrimage des voitures venaient à lâcher, la locomotive les refoulerait systématiquement. Les cheminots disent alors que le train va alors « à refoulons » ! C'est ainsi que la ligne qui sera inaugurée en grandes pompes le 30 juin 1866 a été rapidement appelée "Le Refoulons" !
Côté administratif, la ligne est gérée par la Compagnie du chemin de fer d'Enghien à Montmorency et « n'a rien coûté à la ville, ni au département ni à l'état » comme l'a rappelé Emilien Rey de Foresta lors de l'inauguration.
Refoulons - gare d'Enghien (collection JP Bousquet)Dès la première année, la ligne rencontre un grand succès, les horaires évoluant au fil des années, en essayant faire plaisir à tous les publics comme, par exemple, ce dernier train qui permettait aux amoureux du théâtre de pouvoir revenir très tardivement de Paris.
La guerre de 1914 puis celle de 1940 seront malheureusement deux coups d'arrêt dans l'exploitation de la ligne.
D'autre part, de nombreux éléments vont compliquer progressivement l'exploitation de la ligne : l'entretien défectueux de la voie, de nombreuses pannes de la locomotive, des déraillements ont mécontenté de nombreux voyageurs.
D'autre part, après le premier conflit mondial, la loi des huit heures a interdit la Compagnie d'Enghien à Montmorency de conserver la même amplitude horaire de travail pour son personnel. Rappelons que la Compagnie Enghien-Montmorency a toujours été une société privée ne bénéficiant aucun fonds public. Jusqu'en 1936, la compagnie était excédentaire mais ensuite l'entreprise a accusé un déficit grandissant. Après la guerre, la situation s'est alors enlisée en même temps que la fréquentation a faibli et les différentes augmentations n'ont pas comblé le déficit chronique…
Aucune solution ne sera trouvée, la SNCF et l'Etat n'ayant pas souhaité aider la Compagnie…. Le sort du "Refoulons" est alors scellé avec la décision prise de suppression de la ligne le 30 juin 1954.

Nous partirons ensuite dans un prochain article sur les traces du "Refoulons" en faisant un zoom sur les différentes gares de la ligne.

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1 commentaire(s)

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Jean-Luc Picard-Bachelerie - Il y a 21 jours
Bonjour et merci pour cet exposé et ces petits films. J'ai habité juste à côté de cette voie dans les années 80 et je l'empruntais à pied pour rejoindre la gare d'Enghien. A chaque fois que je marchais sur cette ancienne ligne je me suis posé la question de son histoire et de son parcours. Je viens d'avoir la réponse 35 ans après. Merci pour votre travail.
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