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Vendredi ciné : "Un sac de billes" de Philippe Duguay

Vendredi 15 février 2019
Taverny

"Vendredi ciné" nous offre la possibilité de découvrir le dernier film de Philippe Duguay : "Un sac de billes". Un bel hommage à Joseph Joffo, qui nous a quitté récemment.

UN SAC DE BILLES de Christian Duguay

L'histoire
Dans la France occupée, Maurice et Joseph, deux jeunes frères juifs livrés à eux-mêmes font preuve d’une incroyable dose de malice, de courage et d’ingéniosité pour échapper à l’invasion ennemie et tenter de réunir leur famille à nouveau.
Un film de Philippe Duguay avec Dorian Le Clech, Batyste Fleurial Palmieri, Patrick Bruel, Elsa Zylberstein, Bernard Campan, Kev Adams, Christian Clavier…

>> Bande annonce du film

 

Bonus : propos de Philippe Duguay, réalisateur du film

Comment l'aventure a-t-elle démarré pour vous ?
J’ai d’abord fait une très belle rencontre avec Nicolas Duval, Laurent Zeitoun et Yann Zenou de chez Quad qui voulaient me rencontrer parce qu’ils avaient adoré "Jappeloup". Tous les trois aiment passionnément le cinéma et connaissent les rouages complexes de ce métier. Quand je retrouve des gens qui ont une réflexion globale, de l’écriture du scénario jusqu’au tournage, je suis heureux.
Lorsqu’ils m’ont demandé si je connaissais "Un sac de billes" de Joseph Joffo, j’ai dû avouer que je ne l’avais UN SAC DE BILLES de Christian Duguayjamais lu. En effet, le livre est assez peu connu au Québec. En le découvrant j’ai été frappé par la ténacité, la conviction et la force de cette histoire pleine d’espoir. C’est une épopée lumineuse, racontée du point de vue des enfants, sur le monde autour d’eux et sur la manière dont la réalité les rattrape. L’histoire est si forte, mais surtout si malheureusement universelle qu’il est impossible de ne pas y voir l’actualité, la souffrance, et oui, parfois les moments de bonheur des populations en déplacement aujourd’hui dans le monde.

Comment s'est passée votre rencontre avec Joseph Joffo ?

Avec Joseph, on a surtout parlé de son père : dans sa voix, j’ai compris ce qu’il y avait dans les entrailles du livre. Entre l’ouvrage, devenu mon livre de chevet, et ce que m’a raconté Joffo, j’ai entrevu le lien entre Joseph et mon cinéma ; on retrouve en effet le mythe du père dans tous mes films. La figure paternelle, pour moi, est céleste, elle apporte confiance. En revanche, dans le livre, le père est évoqué, mais il n’est pas la colonne vertébrale du récit.

Dans quelle direction avez-vous souhaité orienter l'adaptation ?
Le livre est à la première personne mais il a été écrit trente ans après les faits. À l’inverse, le film épouse constamment le point de vue d’un petit garçon sans le recul du narrateur du livre. Il s’agit d’un récit initiatique au cours duquel ils vivent des événements si incroyables que lorsque Jo revient à Paris, presque deux ans plus tard, il n’est plus le même.

UN SAC DE BILLES de Christian DuguayRacontez-moi l'écriture du scénario ?
J’ai lu le livre et j’ai voulu repartir à zéro sur le scénario. J’ai tout de suite trouvé l’angle à prendre et ai sollicité un scénariste français vivant au Québec, Benoît Guichard, avec qui j’ai coécrit plusieurs de mes projets et très naturellement et rapidement on a sorti un séquencier : c’était la trame du film. Dès lors, il fallait monter une équipe. Laurent Sivot, le directeur de production m’a fait rencontrer le chef-décorateur Franck Schwartz et la 1ère assistante Laure Prévost.
Si le film existe, c’est grâce à la rencontre avec tous ces gens qui m’ont suivi et qui n’ont jamais lâché malgré la pression. On avait la trame du film, Benoît était présent à mes côtés, on était en écriture et dans le même temps, on faisait des repérages, casting et préparation, une aventure qui s’avérait donc ardue. Il fallait identifier les lieux les plus importants pour les enfants, dans un contexte historique précis en restant attaché à la narration du film. Par exemple, la Promenade des Anglais : c’est le point d’aboutissement de la trajectoire de nos deux jeunes protagonistes.
Quant à la fin du film – que je ne veux pas révéler –, je l’ai écrite en milieu de tournage. Je n’aurais jamais pu le faire sans avoir été témoin de ce qui se construisait entre les deux enfants.

Vous connaissiez l'époque puisque vous avez réalisé un film sur Hitler. Avez-vous toutefois senti le besoin de vous documenter sur la période ?
En effet, j’avais déjà fait un gros travail pour "Hitler" et je connaissais bien le contexte politique mais j’étais fasciné par l’Occupation allemande en France. Ce machisme politique et la répartition entre ceux qui baissent la tête et ceux qui se rebellent me fascinent. À mon sens, il fallait sentir l’Histoire à travers les décors. Par exemple, dans la partie niçoise, lorsqu’on voit les Italiens quitter la France précipitamment, on comprend que les Alliés ont débarqué. C’est ce genre de détails qui nous permet de ne pas être trop explicatifs. Encore une fois, c’est l’universalité de cette histoire qui a tant touché le monde depuis que le livre est sorti. On a vu tant de films sur cette époque, ce qui compte aujourd’hui c’est la justesse des émotions, qui restent les mêmes aujourd’hui, même si le décor a changé.

Les décors sont d'une grande précision.
Comme je le disais, j’ai fait la rencontre d’un chef-décorateur formidable, Franck Schwartz. Ce n’est pas tant son parcours qui m’a convaincu, que sa capacité d’écoute, son calme et sa manière de fonctionner. Il a compris qu’on voulait faire un film historique sans s’attarder obstinément sur le contexte.
À Nice, on a tourné dans un appartement très exigu, donc compliqué en termes de déco, costumes, maquillage etc. Mais on était aux deux tiers du tournage et on avait une équipe incroyablement soudée : c’est un formidable exemple de la confiance totale que m’ont faite les acteurs et les techniciens.

UN SAC DE BILLES de Christian DuguayParlez-moi du casting des enfants.
J’ai eu la chance de travailler avec Valérie Espagne, formidable directrice de casting. Elle a rencontré plus d’un millier d’enfants et parmi ceux qu’elle m’a montrés j’ai été séduit par Dorian Le Clech (Joseph) et Batyste Fleurial (Maurice). Par chance, il s’est produit un petit miracle entre les deux garçons. Dorian possède une étincelle dans le regard. Par exemple, pour la scène de la gifle, je lui ai donné la réplique, et les émotions sont montées naturellement. Tout de suite, il a compris ce que je cherchais dans le rôle et il s’est attaché à mes directives et à l’espace dans lequel il devait jouer. Il fallait qu’il vive les scènes.
Batyste avait moins d’expérience que Dorian, mais a su travailler avec rigueur pour entrer dans la peau du personnage. Il a une chaleur intérieure que j’apprécie beaucoup et s’est montré très à l’écoute. Je lui ai montré ce qu’était l’arc d’un personnage sans trop intellectualiser le rôle : je voulais qu’il puisse ressentir son texte et qu’il se plonge dans le détail du jeu en lui donnant la perspective de la scène dans sa globalité.

Comment les avez-vous dirigés ?
Tous les soirs, je travaillais les scènes du lendemain avec eux pour bien marquer l’évolution de leur personnage. Il fallait que j’aie une confiance inouïe de leur part. J’ai aussi été considérablement aidé par Amour, la coach des enfants, qui est restée formidablement à l’écoute de mes demandes. Elle voulait que le texte soit naturel mais pas joué. Elle les faisait donc parler de leur rôle et réciter dans tous les sens, afin que le texte vienne naturellement et qu’il soit ressenti. Et à un moment donné, elle leur disait « oublie le texte et inspire-toi de la personne en face de toi ». Très souvent, les acteurs professionnels restent focalisés sur leur dialogue et ne prennent pas leur partenaire en considération. Ce n’était pas du tout le cas de Dorian ou de Batyste.

UN SAC DE BILLES de Christian DuguayAvez-vous rapidement pensé à Patrick Bruel et Elsa Zylberstein pour les parents ?
Patrick est devenu une évidence en cours d’écriture. J’attendais le bon moment pour lui proposer un projet. Il avait lu un premier jet du scénario et il avait été conquis. Très vite, une confiance s’est installée entre nous et il a été d’une générosité extraordinaire. Je lui ai montré les scènes avec Dorian qui l’ont bouleversé : je crois qu’il se projetait avec son propre fils. On a parlé de nos enfants, du livre, d’"Un secret" de Claude Miller et de ma perception du rôle. Et sa rencontre avec Dorian a été magnifique.
Au départ, j’avais peur qu’Elsa soit trop jeune pour le rôle. Mais en y repensant, j’ai pris conscience qu’à l’époque les femmes avaient des enfants très tôt : on n’est donc pas surpris qu’elle ait des garçons d’une vingtaine d’années. Je voulais qu’elle assume son rôle de mère et elle a été formidable.

Il y a une galerie de seconds rôles magnifiques : le docteur Rosen, le libraire collabo, le résistant, etc.
Pour moi, c’est comme dans le cinéma de Claude Berri et ses interprétations de Pagnol. Je viens de cette tradition et je suis habité par des images de littérature. D’ailleurs, pour les seconds rôles, j’ai eu l’impression d’être guidé par le livre et c’est rare.
Bernard Campan interprète le libraire collabo, personnage peu haut en couleurs mais qui tient un discours glaçant sans trop basculer dans le théâtral. Il a surtout été séduit par cet univers et la raison pour laquelle je voulais tourner cette adaptation.
UN SAC DE BILLES de Christian DuguayChristian Clavier, qui campe le médecin, a constaté qu’il pouvait donner une vraie tonalité à son personnage, même s’il s’agit d’un petit rôle et qu’il n’avait que deux jours de tournage. Sur le plateau, je l’ai un peu bousculé et il a compris le travail que je voulais faire avec Dorian. Souvent, je lui demandais de ramener l’enfant dans son espace de jeu et à chaque prise, il apportait la même intensité et la même justesse.
Avec Kev Adams, qui joue le résistant, c’était 3 jours de tournage mémorables ! On connaît son énergie, son pétillement et son humour débordant d’intelligence. Dans le film, quand il se fait coincer et qu’il se sacrifie, c’est un moment très fort. Kev a tout de suite compris que je l’emmènerais dans un registre hors du commun, vers une énergie particulière, sans trop théoriser. Je souhaitais que la séquence se mette à vivre. Il m’a suivi et s’est lâché, sa prestation laisse une marque importante dans le récit.

Quels ont été vos choix de mise en scène ?
J’ai privilégié le Steadicam, pour pouvoir me laisser guider par les déplacements des comédiens. Car c’est le jeu des acteurs qui dicte le mouvement, et non pas les acteurs qui doivent se couler dans un mouvement préfiguré. Mais je ne voulais pas qu’ils en soient conscients. Du coup, tout a été créé pour me donner la plus grande flexibilité de jeu. Avec l’accessoiriste et la scripte, avant d’amener les comédiens sur place, je voulais qu’on comprenne l’univers dans lequel on était sans tout dévoiler. Ensuite ce sont les accessoires et d’infimes détails qui donnent aux comédiens la possibilité de matérialiser leur tension : c’est un verre d’eau qu’on remplit à ras bord, une main qui tremble, ou la manière dont l’officier allemand trempe son pain dans son oeuf. Ce ne sont pas des motifs esthétiques qui imposent ces choix, c’est pour amener les comédiens dans le climat émotionnel de la scène.

Et la photo ?
Après "Belle et Sébastien", j’ai retravaillé avec Christophe Graillot, qui est un chef-opérateur formidable : il sait que je suis un intuitif au niveau des cadres et lui est conscient qu’il doit offrir une image belle et contrastée. Comme ma caméra est particulièrement mobile, il est obligé de faire en sorte d’adapter la technique aux déplacements des comédiens et aux mouvements d’appareil, comme aux instants imprévus captés sur le vif.

Vous êtes parfois au plus près des acteurs.
Oui, pour les moments les plus traumatisants du film, je voulais qu’on soit dans le détail. Par exemple, pour la scène du train, j’ai tourné avec un objectif macro pour être le plus étouffant possible et me focaliser sur deux ou trois détails précis. C’est une lentille proche des acteurs qui laisse une perspective et qui offre un point de vue oppressant.

La musique est signée Armand Amar
C’est mon deuxième film avec lui après "Belle et Sébastien". Il sait comment la musique s’inscrit pour accompagner la dramaturgie et donner une nouvelle émotion au film. Il a été d’une générosité et d’une franchise totale. On a eu un vrai dialogue pour créer les thèmes musicaux. Il fallait notamment installer un thème au préalable pour Elsa Zylberstein, pour qu’elle soit crédible dans sa manière de tenir le violon et de l’accorder. D’ailleurs, dès qu’elle prend l’instrument et que les enfants la regardent, on comprend tout le passé de la famille. Car dans "Un sac de billes", l’univers familial est très important : à chaque fois que les parents de Jo et leurs fils se retrouvent, il fallait qu’on sente à quel point ils sont bien ensemble, et ça passe par la musique. Cette scène ne dure que dix secondes mais on comprend tout.
(extrait dossier de presse)

Vendredi 15 février 2019
Taverny

"Vendredi ciné" nous offre la possibilité de découvrir le dernier film de Philippe Duguay : "Un sac de billes". Un bel hommage à Joseph Joffo, qui nous a quitté récemment.

UN SAC DE BILLES de Christian Duguay

L'histoire
Dans la France occupée, Maurice et Joseph, deux jeunes frères juifs livrés à eux-mêmes font preuve d’une incroyable dose de malice, de courage et d’ingéniosité pour échapper à l’invasion ennemie et tenter de réunir leur famille à nouveau.
Un film de Philippe Duguay avec Dorian Le Clech, Batyste Fleurial Palmieri, Patrick Bruel, Elsa Zylberstein, Bernard Campan, Kev Adams, Christian Clavier…

>> Bande annonce du film

 

Bonus : propos de Philippe Duguay, réalisateur du film

Comment l'aventure a-t-elle démarré pour vous ?
J’ai d’abord fait une très belle rencontre avec Nicolas Duval, Laurent Zeitoun et Yann Zenou de chez Quad qui voulaient me rencontrer parce qu’ils avaient adoré "Jappeloup". Tous les trois aiment passionnément le cinéma et connaissent les rouages complexes de ce métier. Quand je retrouve des gens qui ont une réflexion globale, de l’écriture du scénario jusqu’au tournage, je suis heureux.
Lorsqu’ils m’ont demandé si je connaissais "Un sac de billes" de Joseph Joffo, j’ai dû avouer que je ne l’avais UN SAC DE BILLES de Christian Duguayjamais lu. En effet, le livre est assez peu connu au Québec. En le découvrant j’ai été frappé par la ténacité, la conviction et la force de cette histoire pleine d’espoir. C’est une épopée lumineuse, racontée du point de vue des enfants, sur le monde autour d’eux et sur la manière dont la réalité les rattrape. L’histoire est si forte, mais surtout si malheureusement universelle qu’il est impossible de ne pas y voir l’actualité, la souffrance, et oui, parfois les moments de bonheur des populations en déplacement aujourd’hui dans le monde.

Comment s'est passée votre rencontre avec Joseph Joffo ?

Avec Joseph, on a surtout parlé de son père : dans sa voix, j’ai compris ce qu’il y avait dans les entrailles du livre. Entre l’ouvrage, devenu mon livre de chevet, et ce que m’a raconté Joffo, j’ai entrevu le lien entre Joseph et mon cinéma ; on retrouve en effet le mythe du père dans tous mes films. La figure paternelle, pour moi, est céleste, elle apporte confiance. En revanche, dans le livre, le père est évoqué, mais il n’est pas la colonne vertébrale du récit.

Dans quelle direction avez-vous souhaité orienter l'adaptation ?
Le livre est à la première personne mais il a été écrit trente ans après les faits. À l’inverse, le film épouse constamment le point de vue d’un petit garçon sans le recul du narrateur du livre. Il s’agit d’un récit initiatique au cours duquel ils vivent des événements si incroyables que lorsque Jo revient à Paris, presque deux ans plus tard, il n’est plus le même.

UN SAC DE BILLES de Christian DuguayRacontez-moi l'écriture du scénario ?
J’ai lu le livre et j’ai voulu repartir à zéro sur le scénario. J’ai tout de suite trouvé l’angle à prendre et ai sollicité un scénariste français vivant au Québec, Benoît Guichard, avec qui j’ai coécrit plusieurs de mes projets et très naturellement et rapidement on a sorti un séquencier : c’était la trame du film. Dès lors, il fallait monter une équipe. Laurent Sivot, le directeur de production m’a fait rencontrer le chef-décorateur Franck Schwartz et la 1ère assistante Laure Prévost.
Si le film existe, c’est grâce à la rencontre avec tous ces gens qui m’ont suivi et qui n’ont jamais lâché malgré la pression. On avait la trame du film, Benoît était présent à mes côtés, on était en écriture et dans le même temps, on faisait des repérages, casting et préparation, une aventure qui s’avérait donc ardue. Il fallait identifier les lieux les plus importants pour les enfants, dans un contexte historique précis en restant attaché à la narration du film. Par exemple, la Promenade des Anglais : c’est le point d’aboutissement de la trajectoire de nos deux jeunes protagonistes.
Quant à la fin du film – que je ne veux pas révéler –, je l’ai écrite en milieu de tournage. Je n’aurais jamais pu le faire sans avoir été témoin de ce qui se construisait entre les deux enfants.

Vous connaissiez l'époque puisque vous avez réalisé un film sur Hitler. Avez-vous toutefois senti le besoin de vous documenter sur la période ?
En effet, j’avais déjà fait un gros travail pour "Hitler" et je connaissais bien le contexte politique mais j’étais fasciné par l’Occupation allemande en France. Ce machisme politique et la répartition entre ceux qui baissent la tête et ceux qui se rebellent me fascinent. À mon sens, il fallait sentir l’Histoire à travers les décors. Par exemple, dans la partie niçoise, lorsqu’on voit les Italiens quitter la France précipitamment, on comprend que les Alliés ont débarqué. C’est ce genre de détails qui nous permet de ne pas être trop explicatifs. Encore une fois, c’est l’universalité de cette histoire qui a tant touché le monde depuis que le livre est sorti. On a vu tant de films sur cette époque, ce qui compte aujourd’hui c’est la justesse des émotions, qui restent les mêmes aujourd’hui, même si le décor a changé.

Les décors sont d'une grande précision.
Comme je le disais, j’ai fait la rencontre d’un chef-décorateur formidable, Franck Schwartz. Ce n’est pas tant son parcours qui m’a convaincu, que sa capacité d’écoute, son calme et sa manière de fonctionner. Il a compris qu’on voulait faire un film historique sans s’attarder obstinément sur le contexte.
À Nice, on a tourné dans un appartement très exigu, donc compliqué en termes de déco, costumes, maquillage etc. Mais on était aux deux tiers du tournage et on avait une équipe incroyablement soudée : c’est un formidable exemple de la confiance totale que m’ont faite les acteurs et les techniciens.

UN SAC DE BILLES de Christian DuguayParlez-moi du casting des enfants.
J’ai eu la chance de travailler avec Valérie Espagne, formidable directrice de casting. Elle a rencontré plus d’un millier d’enfants et parmi ceux qu’elle m’a montrés j’ai été séduit par Dorian Le Clech (Joseph) et Batyste Fleurial (Maurice). Par chance, il s’est produit un petit miracle entre les deux garçons. Dorian possède une étincelle dans le regard. Par exemple, pour la scène de la gifle, je lui ai donné la réplique, et les émotions sont montées naturellement. Tout de suite, il a compris ce que je cherchais dans le rôle et il s’est attaché à mes directives et à l’espace dans lequel il devait jouer. Il fallait qu’il vive les scènes.
Batyste avait moins d’expérience que Dorian, mais a su travailler avec rigueur pour entrer dans la peau du personnage. Il a une chaleur intérieure que j’apprécie beaucoup et s’est montré très à l’écoute. Je lui ai montré ce qu’était l’arc d’un personnage sans trop intellectualiser le rôle : je voulais qu’il puisse ressentir son texte et qu’il se plonge dans le détail du jeu en lui donnant la perspective de la scène dans sa globalité.

Comment les avez-vous dirigés ?
Tous les soirs, je travaillais les scènes du lendemain avec eux pour bien marquer l’évolution de leur personnage. Il fallait que j’aie une confiance inouïe de leur part. J’ai aussi été considérablement aidé par Amour, la coach des enfants, qui est restée formidablement à l’écoute de mes demandes. Elle voulait que le texte soit naturel mais pas joué. Elle les faisait donc parler de leur rôle et réciter dans tous les sens, afin que le texte vienne naturellement et qu’il soit ressenti. Et à un moment donné, elle leur disait « oublie le texte et inspire-toi de la personne en face de toi ». Très souvent, les acteurs professionnels restent focalisés sur leur dialogue et ne prennent pas leur partenaire en considération. Ce n’était pas du tout le cas de Dorian ou de Batyste.

UN SAC DE BILLES de Christian DuguayAvez-vous rapidement pensé à Patrick Bruel et Elsa Zylberstein pour les parents ?
Patrick est devenu une évidence en cours d’écriture. J’attendais le bon moment pour lui proposer un projet. Il avait lu un premier jet du scénario et il avait été conquis. Très vite, une confiance s’est installée entre nous et il a été d’une générosité extraordinaire. Je lui ai montré les scènes avec Dorian qui l’ont bouleversé : je crois qu’il se projetait avec son propre fils. On a parlé de nos enfants, du livre, d’"Un secret" de Claude Miller et de ma perception du rôle. Et sa rencontre avec Dorian a été magnifique.
Au départ, j’avais peur qu’Elsa soit trop jeune pour le rôle. Mais en y repensant, j’ai pris conscience qu’à l’époque les femmes avaient des enfants très tôt : on n’est donc pas surpris qu’elle ait des garçons d’une vingtaine d’années. Je voulais qu’elle assume son rôle de mère et elle a été formidable.

Il y a une galerie de seconds rôles magnifiques : le docteur Rosen, le libraire collabo, le résistant, etc.
Pour moi, c’est comme dans le cinéma de Claude Berri et ses interprétations de Pagnol. Je viens de cette tradition et je suis habité par des images de littérature. D’ailleurs, pour les seconds rôles, j’ai eu l’impression d’être guidé par le livre et c’est rare.
Bernard Campan interprète le libraire collabo, personnage peu haut en couleurs mais qui tient un discours glaçant sans trop basculer dans le théâtral. Il a surtout été séduit par cet univers et la raison pour laquelle je voulais tourner cette adaptation.
UN SAC DE BILLES de Christian DuguayChristian Clavier, qui campe le médecin, a constaté qu’il pouvait donner une vraie tonalité à son personnage, même s’il s’agit d’un petit rôle et qu’il n’avait que deux jours de tournage. Sur le plateau, je l’ai un peu bousculé et il a compris le travail que je voulais faire avec Dorian. Souvent, je lui demandais de ramener l’enfant dans son espace de jeu et à chaque prise, il apportait la même intensité et la même justesse.
Avec Kev Adams, qui joue le résistant, c’était 3 jours de tournage mémorables ! On connaît son énergie, son pétillement et son humour débordant d’intelligence. Dans le film, quand il se fait coincer et qu’il se sacrifie, c’est un moment très fort. Kev a tout de suite compris que je l’emmènerais dans un registre hors du commun, vers une énergie particulière, sans trop théoriser. Je souhaitais que la séquence se mette à vivre. Il m’a suivi et s’est lâché, sa prestation laisse une marque importante dans le récit.

Quels ont été vos choix de mise en scène ?
J’ai privilégié le Steadicam, pour pouvoir me laisser guider par les déplacements des comédiens. Car c’est le jeu des acteurs qui dicte le mouvement, et non pas les acteurs qui doivent se couler dans un mouvement préfiguré. Mais je ne voulais pas qu’ils en soient conscients. Du coup, tout a été créé pour me donner la plus grande flexibilité de jeu. Avec l’accessoiriste et la scripte, avant d’amener les comédiens sur place, je voulais qu’on comprenne l’univers dans lequel on était sans tout dévoiler. Ensuite ce sont les accessoires et d’infimes détails qui donnent aux comédiens la possibilité de matérialiser leur tension : c’est un verre d’eau qu’on remplit à ras bord, une main qui tremble, ou la manière dont l’officier allemand trempe son pain dans son oeuf. Ce ne sont pas des motifs esthétiques qui imposent ces choix, c’est pour amener les comédiens dans le climat émotionnel de la scène.

Et la photo ?
Après "Belle et Sébastien", j’ai retravaillé avec Christophe Graillot, qui est un chef-opérateur formidable : il sait que je suis un intuitif au niveau des cadres et lui est conscient qu’il doit offrir une image belle et contrastée. Comme ma caméra est particulièrement mobile, il est obligé de faire en sorte d’adapter la technique aux déplacements des comédiens et aux mouvements d’appareil, comme aux instants imprévus captés sur le vif.

Vous êtes parfois au plus près des acteurs.
Oui, pour les moments les plus traumatisants du film, je voulais qu’on soit dans le détail. Par exemple, pour la scène du train, j’ai tourné avec un objectif macro pour être le plus étouffant possible et me focaliser sur deux ou trois détails précis. C’est une lentille proche des acteurs qui laisse une perspective et qui offre un point de vue oppressant.

La musique est signée Armand Amar
C’est mon deuxième film avec lui après "Belle et Sébastien". Il sait comment la musique s’inscrit pour accompagner la dramaturgie et donner une nouvelle émotion au film. Il a été d’une générosité et d’une franchise totale. On a eu un vrai dialogue pour créer les thèmes musicaux. Il fallait notamment installer un thème au préalable pour Elsa Zylberstein, pour qu’elle soit crédible dans sa manière de tenir le violon et de l’accorder. D’ailleurs, dès qu’elle prend l’instrument et que les enfants la regardent, on comprend tout le passé de la famille. Car dans "Un sac de billes", l’univers familial est très important : à chaque fois que les parents de Jo et leurs fils se retrouvent, il fallait qu’on sente à quel point ils sont bien ensemble, et ça passe par la musique. Cette scène ne dure que dix secondes mais on comprend tout.
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