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Rencontre avec le réalisateur Hubert Charuel autour de son film "Petit paysan".

Vendredi 8 septembre 2017
Saint-Gratien

PETIT PAYSAN de Hubert CharuelDéjà la deuxième rencontre-événement aux "Toiles" de Saint-Gratien pour cette rentrée cinéma : Séverine Rocaboy et son équipe accueillent Hubert Charuel qui s'est fait remarqué à la Semaine internationale de la Critique du Festival de Cannes. "Petit paysan", sa chronique sur la vie  paysanne va progressivement devenir un thriller haletant. Une belle surprise à découvrir.

L'histoire
Pierre, la trentaine, est éleveur de vaches laitières. Sa vie s’organise autour de sa ferme, sa sœur vétérinaire et ses parents dont il a repris l’exploitation.
Alors que les premiers cas d’une épidémie se déclarent en France, Pierre découvre que l’une de ses bêtes est infectée. Il ne peut se résoudre à perdre ses vaches. Il n’a rien d’autre et ira jusqu’au bout pour les sauver.

Vendredi 8 septembre 2017 à 20h45 - Cinéma "Les Toiles" place François Truffaut Saint-Gratien - Prévente depuis le mercredi 6 septembre à la caisse du cinéma.

 

Bonus : propos du réalisateur Hubert Charuel

Vous êtes fils de paysans ?
Et mes parents sont tous les deux enfants de paysans. Leur ferme est à Droyes, entre Reims et Nancy, à vingt kilomètres de Saint‑Dizier, la ville la plus proche. Ce qui leur a permis de survivre à la crise laitière, c’est PETIT PAYSAN de Hubert Charuelbeaucoup de travail, peu d’investissements, peu de nouveaux outils, des emprunts limités. Cela signifie beaucoup d’intelligence et aussi s’user physiquement pour survivre.

Avez-vous pensé reprendre l’exploitation ?
Je connais bien le métier mais je n’ai jamais eu l’ambition de reprendre la ferme. J’y pensais un peu à chaque changement de cycle scolaire et, curieusement, c’est quand j’étais étudiant à La fémis que j’y ai le plus pensé. Je ne me sentais pas dans mon milieu. En 2008, j’ai eu un accident de voiture avec ma mère, j’ai dû la remplacer pendant six mois à la ferme. Six mois d’une discipline hyper rigoureuse pendant lesquels j’étais dans une forme physique et mentale exemplaire !
J’étais bien, je ne me débrouillais pas mal avec les vaches, le contrôleur laitier disait à mes parents : « Celui-là, il faut pas le laisser partir », et j’ai commencé à douter.

Cette « ivresse de la routine », c’est celle que vit Pierre dans le film…
Absolument. Mais j’ai fini par comprendre que si je m’y sentais bien, c’est parce que je savais qu’il y aurait une fin. Je suis fils unique. Ma mère est à la retraite depuis quelques semaines. Je suis donc l’enfant unique qui ne reprend pas la ferme de ses parents, et je tourne d’ailleurs en ce moment un documentaire à ce sujet. ""Petit PETIT PAYSAN de Hubert CharuelPaysan" parle de cette énorme contrainte qu’est la vie à la ferme : travailler sept jours sur sept, traire deux fois par jour, toute l’année, toute la vie. Et du rapport aux parents qui sont toujours là, le poids de cet héritage. Les gestes sont hyper-ritualisés, on va traire les vaches comme on va à la prière, le matin, le soir. Etre éleveur laitier, c’est un sacerdoce.

Quand le cinéma est-il apparu dans votre vie ?

Les seules sorties que j’avais avec mes parents, c’était d’aller au cinéma à Saint-Dizier. On partait peu en vacances, toute la vie était vouée aux vaches. La passion du cinéma est sans doute née là. Je voulais devenir vétérinaire, sauf que je n’avais pas de bonnes notes dans les matières scientifiques au lycée. Mes parents m’ont dit : « Il faudrait peut-être réfléchir à faire autre chose »… Je leur ai dit : « Du cinéma ». Leurs bouches ont dit : « D’accord », leurs yeux : « On est foutu ». Je suis parti à la fac de lettres à Nancy, on m’a expliqué que le concours de La fémis était trop dur, trop aléatoire. Je me suis résigné, un temps. Et puis, mes parents m’ont poussé : « Tente La fémis, qu’est-ce que ça te coûte ? On te paye le concours ». J’ai passé le concours en section production et j’ai été reçu.

Quelles étaient vos références cinématographiques à l’époque ?
Quand je rentrais de l’école, mes parents étaient au travail. Alors j’ai beaucoup, beaucoup regardé la télé : des films, des séries, des clips, des dessins-animés et des mangas qui m’ont marqué durablement... Quentin Tarantino, Martin Scorsese, Spike Jonze, les frères Coen, les films de SF de James Cameron et Ridley Scott, Mathieu Kassovitz, Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui, Les Sopranos, Code Quantum, Cowboy bebop, South Park… C’est à La fémis que j’ai commencé à voir un autre type de cinéma. Le début a été très dur. Je me suis dit : « Je n’ai rien à faire ici ». C’est le vrai complexe paysan, qui est ambivalent : on est fier de ses origines et, en même temps, on en a énormément honte quand on se confronte à l’extérieur.

PETIT PAYSAN de Hubert CharuelMais vous vous êtes adapté à l’école, tout de même…
Ce qui a tout changé, c’est le travail en groupe sur les films. Je faisais de la direction de production sur les films de l’école et je me suis mis à communiquer avec tous les chefs de poste, j’ai vu que ça me passionnait. Il y a eu aussi deux exercices d’écriture qui ont tout changé, j’ai commencé à m’intéresser au scénario. En dernière année, j’ai eu l’opportunité de réaliser un court et ça m’a plu, j’ai noué des relations de confiance avec mon chef-opérateur, mon ingénieur du son, mes monteurs et mon compositeur qui sont tous au générique de "Petit Paysan". Celle qui m’a beaucoup guidé, c’est Claude Le Pape, qui est la coscénariste de "Petit paysan" et de tous mes courts-métrages, mais beaucoup plus encore, une conseillère artistique, présente à toutes les étapes du film, du casting au montage, une vraie partenaire.

Comment est née l’idée du film ?
La crise de la vache folle m’a beaucoup marqué. Je me revois devant la télé, il y a un sujet sur la maladie, personne ne comprend ce qui se passe, on tue tous les animaux. Et ma mère me dit : « Si ça arrive chez nous, je me suicide ». J’ai dix ans et je me dis que ça peut arriver… Je me souviens de la tension qu’il y avait partout. Comme Pierre le fait avec sa sœur, les paysans appellent souvent leur vétérinaire, ils veulent être rassurés. Et Creutzfeld-Jacob était si particulier que les vétos ne savaient pas quoi dire. On ne savait pas par où passait la contamination, c’était la panique générale. Une paranoïa totale.
A La fémis, on avait un exercice de scénario à faire, sous la supervision d’une scénariste américaine, Malia Scotch Marmo. C’est elle qui m’a dit : « Tu tiens quelque chose, tu dois écrire ». Son soutien m’a désinhibé. Après être sorti de l’école, j’ai rencontré Stéphanie Bermann et Alexis Dulguerian de Domino Films, qui ont été convaincus par le synopsis et quelques pages dialoguées écrites avec Claude. C’était parti pour deux ans et demi d’écriture, de 2013 à 2015…

Pierre, c’est vous ?
Le personnage est différent de moi dans ses réactions et la manière dont il parle, mais la vie de Pierre est évidemment celle que j’aurais dû avoir si je n’avais pas décidé de faire du cinéma. Son rapport aux animaux, sa relation avec ses parents nous rapprochent. Le film est tourné chez mes parents, il y a dans l’exploitation de Pierre une trentaine de vaches, comme chez mes parents. Ma mère tient beaucoup à ses vaches : si une vache est malade, et que la soigner coûte très cher, elle le fera. Pierre est comme ça.... Mais c’est aussi une exploitation laitière, et la production est meilleure si on s’occupe bien des animaux. Il y a cette ambivalence : on aime ses animaux, c’est sincère mais on les exploite.

Pourquoi tourner chez vos parents ?
C’était une obligation. Faire le film, c’était ma manière à moi de reprendre l’exploitation. Quand on a commencé à écrire, je n’y pensais pas parce que la ferme était toujours en activité. Mais après la retraite de mon père, ma mère est partie avec ses bêtes dans une autre exploitation. A partir du moment où on avait cette ferme vide, je me suis dit : « C’est le décor que je connais le mieux ». J’ai fait venir Sébastien Goepfert, mon chef-op, on est tombé d’accord : cette vieille ferme, que mes parents ont retapée eux-mêmes, a un cachet. Bon, ensuite, Sébastien a fait un peu la tête en voyant l’exigüité de la salle de traite… !

Comment avez-vous choisi les comédiens ?
Dans "Petit paysan", j’ai tenu à mélanger acteurs professionnels et non professionnels, c’est la manière dont j’aime travailler pour essayer de créer une atmosphère de vérité.
Pour Pierre, on a rencontré pas mal de comédiens et puis ma directrice de casting, Judith Chalier, m’a présenté Swann. Humainement, on a accroché tout de suite, il avait compris le personnage et le ton. C’est devenu une évidence. Pareil pour Sara Giraudeau. On a cherché longtemps, elle est arrivée avec ce côté un peu étrange qui me plaisait bien. Le personnage était écrit comme quelqu’un d’assez colérique, elle lui a donné de la douceur. Quand j’ai fait des essais avec Swann et Sara ensemble, la relation est devenue réelle, dans leurs réparties comme dans leurs silences.
Et puis, il y a des non-professionnels, comme dans mes courts-métrages. Ma famille, d’abord. Ma mère joue la contrôleuse laitière, mon père le père de Pierre, et PETIT PAYSAN de Hubert CharuelRaymond, le vieux voisin, est mon grand-père. Et mes copains qui sont là depuis le début : Valentin qui joue JD, le patron du restaurant, et Julian, qui joue Thomas dans le silo céréalier. Valentin a une place à part, il a un charisme rare, je ne peux pas imaginer faire un projet sans lui.

Vous aviez un principe de direction d’acteurs ? Swann semble s’être beaucoup investi pour le rôle.
Mon principe de base sur le tournage, c’est la confiance et le calme. D’instaurer un climat familial entre les acteurs, l’équipe et moi. Tout est fait pour que les acteurs ne ressentent pas le stress, et je peux vous dire que lorsqu’on fait son premier film avec trente vaches, il y en a beaucoup. Mais je crois être parvenu à faire croire qu’on avait tout notre temps et que rien n’était grave.
Le travail a démarré très en amont avec Swann. On a débuté par une lecture du scénario pour les Ateliers du Festival d’Angers : le vrai travail a commencé là, alors qu’on était enfermé pendant trois jours avec Claude et Swann et qu’on passait toutes les scènes en revue. Le film ne s’est tourné que six mois plus tard, mais je suis sûr que le personnage a fait son chemin dans sa tête, même inconsciemment.
C’était très important que Swann connaisse le milieu, connaisse les gestes. Si je ne croyais pas aux gestes de Pierre, je ne pouvais pas croire au personnage. Alors il est venu faire une semaine de stage chez des cousins de ma mère : vivre comme un paysan, travailler comme un paysan. Les cousins ne voulaient plus le laisser partir : « Il est hyper fort, on a besoin de lui… ».

Tourner avec des vaches, c’est compliqué ?
Surtout quand il y en a trente. Une vache, c’est comme un enfant de cinq ans, sauf qu’elle fait 900 kilos et qu’elle ne va pas à l’école. Elles compliquent tout : installer un plan dans la salle de traite devient un casse-tête. Pour une vache, la traite dure dix minutes, alors, on ne va pas la laisser attachée vingt minutes dans cette chaleur, après ça devient mauvais pour elle. Les acteurs tolèrent plus de choses, mais ils savent pourquoi ils sont là, les vaches, elles, n’ont rien demandé ! Le respect animal, pour moi, était hyper important. On ne pouvait pas faire n’importe quoi. D’autant qu’un animal stressé, ça se voit à l’écran. Si je raconte l’histoire d’un type en osmose avec ses vaches, la moindre des choses est que les vaches aient l’air en osmose avec lui !
(extrait dossier de presse)

Vendredi 8 septembre 2017
Saint-Gratien

PETIT PAYSAN de Hubert CharuelDéjà la deuxième rencontre-événement aux "Toiles" de Saint-Gratien pour cette rentrée cinéma : Séverine Rocaboy et son équipe accueillent Hubert Charuel qui s'est fait remarqué à la Semaine internationale de la Critique du Festival de Cannes. "Petit paysan", sa chronique sur la vie  paysanne va progressivement devenir un thriller haletant. Une belle surprise à découvrir.

L'histoire
Pierre, la trentaine, est éleveur de vaches laitières. Sa vie s’organise autour de sa ferme, sa sœur vétérinaire et ses parents dont il a repris l’exploitation.
Alors que les premiers cas d’une épidémie se déclarent en France, Pierre découvre que l’une de ses bêtes est infectée. Il ne peut se résoudre à perdre ses vaches. Il n’a rien d’autre et ira jusqu’au bout pour les sauver.

Vendredi 8 septembre 2017 à 20h45 - Cinéma "Les Toiles" place François Truffaut Saint-Gratien - Prévente depuis le mercredi 6 septembre à la caisse du cinéma.

 

Bonus : propos du réalisateur Hubert Charuel

Vous êtes fils de paysans ?
Et mes parents sont tous les deux enfants de paysans. Leur ferme est à Droyes, entre Reims et Nancy, à vingt kilomètres de Saint‑Dizier, la ville la plus proche. Ce qui leur a permis de survivre à la crise laitière, c’est PETIT PAYSAN de Hubert Charuelbeaucoup de travail, peu d’investissements, peu de nouveaux outils, des emprunts limités. Cela signifie beaucoup d’intelligence et aussi s’user physiquement pour survivre.

Avez-vous pensé reprendre l’exploitation ?
Je connais bien le métier mais je n’ai jamais eu l’ambition de reprendre la ferme. J’y pensais un peu à chaque changement de cycle scolaire et, curieusement, c’est quand j’étais étudiant à La fémis que j’y ai le plus pensé. Je ne me sentais pas dans mon milieu. En 2008, j’ai eu un accident de voiture avec ma mère, j’ai dû la remplacer pendant six mois à la ferme. Six mois d’une discipline hyper rigoureuse pendant lesquels j’étais dans une forme physique et mentale exemplaire !
J’étais bien, je ne me débrouillais pas mal avec les vaches, le contrôleur laitier disait à mes parents : « Celui-là, il faut pas le laisser partir », et j’ai commencé à douter.

Cette « ivresse de la routine », c’est celle que vit Pierre dans le film…
Absolument. Mais j’ai fini par comprendre que si je m’y sentais bien, c’est parce que je savais qu’il y aurait une fin. Je suis fils unique. Ma mère est à la retraite depuis quelques semaines. Je suis donc l’enfant unique qui ne reprend pas la ferme de ses parents, et je tourne d’ailleurs en ce moment un documentaire à ce sujet. ""Petit PETIT PAYSAN de Hubert CharuelPaysan" parle de cette énorme contrainte qu’est la vie à la ferme : travailler sept jours sur sept, traire deux fois par jour, toute l’année, toute la vie. Et du rapport aux parents qui sont toujours là, le poids de cet héritage. Les gestes sont hyper-ritualisés, on va traire les vaches comme on va à la prière, le matin, le soir. Etre éleveur laitier, c’est un sacerdoce.

Quand le cinéma est-il apparu dans votre vie ?

Les seules sorties que j’avais avec mes parents, c’était d’aller au cinéma à Saint-Dizier. On partait peu en vacances, toute la vie était vouée aux vaches. La passion du cinéma est sans doute née là. Je voulais devenir vétérinaire, sauf que je n’avais pas de bonnes notes dans les matières scientifiques au lycée. Mes parents m’ont dit : « Il faudrait peut-être réfléchir à faire autre chose »… Je leur ai dit : « Du cinéma ». Leurs bouches ont dit : « D’accord », leurs yeux : « On est foutu ». Je suis parti à la fac de lettres à Nancy, on m’a expliqué que le concours de La fémis était trop dur, trop aléatoire. Je me suis résigné, un temps. Et puis, mes parents m’ont poussé : « Tente La fémis, qu’est-ce que ça te coûte ? On te paye le concours ». J’ai passé le concours en section production et j’ai été reçu.

Quelles étaient vos références cinématographiques à l’époque ?
Quand je rentrais de l’école, mes parents étaient au travail. Alors j’ai beaucoup, beaucoup regardé la télé : des films, des séries, des clips, des dessins-animés et des mangas qui m’ont marqué durablement... Quentin Tarantino, Martin Scorsese, Spike Jonze, les frères Coen, les films de SF de James Cameron et Ridley Scott, Mathieu Kassovitz, Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui, Les Sopranos, Code Quantum, Cowboy bebop, South Park… C’est à La fémis que j’ai commencé à voir un autre type de cinéma. Le début a été très dur. Je me suis dit : « Je n’ai rien à faire ici ». C’est le vrai complexe paysan, qui est ambivalent : on est fier de ses origines et, en même temps, on en a énormément honte quand on se confronte à l’extérieur.

PETIT PAYSAN de Hubert CharuelMais vous vous êtes adapté à l’école, tout de même…
Ce qui a tout changé, c’est le travail en groupe sur les films. Je faisais de la direction de production sur les films de l’école et je me suis mis à communiquer avec tous les chefs de poste, j’ai vu que ça me passionnait. Il y a eu aussi deux exercices d’écriture qui ont tout changé, j’ai commencé à m’intéresser au scénario. En dernière année, j’ai eu l’opportunité de réaliser un court et ça m’a plu, j’ai noué des relations de confiance avec mon chef-opérateur, mon ingénieur du son, mes monteurs et mon compositeur qui sont tous au générique de "Petit Paysan". Celle qui m’a beaucoup guidé, c’est Claude Le Pape, qui est la coscénariste de "Petit paysan" et de tous mes courts-métrages, mais beaucoup plus encore, une conseillère artistique, présente à toutes les étapes du film, du casting au montage, une vraie partenaire.

Comment est née l’idée du film ?
La crise de la vache folle m’a beaucoup marqué. Je me revois devant la télé, il y a un sujet sur la maladie, personne ne comprend ce qui se passe, on tue tous les animaux. Et ma mère me dit : « Si ça arrive chez nous, je me suicide ». J’ai dix ans et je me dis que ça peut arriver… Je me souviens de la tension qu’il y avait partout. Comme Pierre le fait avec sa sœur, les paysans appellent souvent leur vétérinaire, ils veulent être rassurés. Et Creutzfeld-Jacob était si particulier que les vétos ne savaient pas quoi dire. On ne savait pas par où passait la contamination, c’était la panique générale. Une paranoïa totale.
A La fémis, on avait un exercice de scénario à faire, sous la supervision d’une scénariste américaine, Malia Scotch Marmo. C’est elle qui m’a dit : « Tu tiens quelque chose, tu dois écrire ». Son soutien m’a désinhibé. Après être sorti de l’école, j’ai rencontré Stéphanie Bermann et Alexis Dulguerian de Domino Films, qui ont été convaincus par le synopsis et quelques pages dialoguées écrites avec Claude. C’était parti pour deux ans et demi d’écriture, de 2013 à 2015…

Pierre, c’est vous ?
Le personnage est différent de moi dans ses réactions et la manière dont il parle, mais la vie de Pierre est évidemment celle que j’aurais dû avoir si je n’avais pas décidé de faire du cinéma. Son rapport aux animaux, sa relation avec ses parents nous rapprochent. Le film est tourné chez mes parents, il y a dans l’exploitation de Pierre une trentaine de vaches, comme chez mes parents. Ma mère tient beaucoup à ses vaches : si une vache est malade, et que la soigner coûte très cher, elle le fera. Pierre est comme ça.... Mais c’est aussi une exploitation laitière, et la production est meilleure si on s’occupe bien des animaux. Il y a cette ambivalence : on aime ses animaux, c’est sincère mais on les exploite.

Pourquoi tourner chez vos parents ?
C’était une obligation. Faire le film, c’était ma manière à moi de reprendre l’exploitation. Quand on a commencé à écrire, je n’y pensais pas parce que la ferme était toujours en activité. Mais après la retraite de mon père, ma mère est partie avec ses bêtes dans une autre exploitation. A partir du moment où on avait cette ferme vide, je me suis dit : « C’est le décor que je connais le mieux ». J’ai fait venir Sébastien Goepfert, mon chef-op, on est tombé d’accord : cette vieille ferme, que mes parents ont retapée eux-mêmes, a un cachet. Bon, ensuite, Sébastien a fait un peu la tête en voyant l’exigüité de la salle de traite… !

Comment avez-vous choisi les comédiens ?
Dans "Petit paysan", j’ai tenu à mélanger acteurs professionnels et non professionnels, c’est la manière dont j’aime travailler pour essayer de créer une atmosphère de vérité.
Pour Pierre, on a rencontré pas mal de comédiens et puis ma directrice de casting, Judith Chalier, m’a présenté Swann. Humainement, on a accroché tout de suite, il avait compris le personnage et le ton. C’est devenu une évidence. Pareil pour Sara Giraudeau. On a cherché longtemps, elle est arrivée avec ce côté un peu étrange qui me plaisait bien. Le personnage était écrit comme quelqu’un d’assez colérique, elle lui a donné de la douceur. Quand j’ai fait des essais avec Swann et Sara ensemble, la relation est devenue réelle, dans leurs réparties comme dans leurs silences.
Et puis, il y a des non-professionnels, comme dans mes courts-métrages. Ma famille, d’abord. Ma mère joue la contrôleuse laitière, mon père le père de Pierre, et PETIT PAYSAN de Hubert CharuelRaymond, le vieux voisin, est mon grand-père. Et mes copains qui sont là depuis le début : Valentin qui joue JD, le patron du restaurant, et Julian, qui joue Thomas dans le silo céréalier. Valentin a une place à part, il a un charisme rare, je ne peux pas imaginer faire un projet sans lui.

Vous aviez un principe de direction d’acteurs ? Swann semble s’être beaucoup investi pour le rôle.
Mon principe de base sur le tournage, c’est la confiance et le calme. D’instaurer un climat familial entre les acteurs, l’équipe et moi. Tout est fait pour que les acteurs ne ressentent pas le stress, et je peux vous dire que lorsqu’on fait son premier film avec trente vaches, il y en a beaucoup. Mais je crois être parvenu à faire croire qu’on avait tout notre temps et que rien n’était grave.
Le travail a démarré très en amont avec Swann. On a débuté par une lecture du scénario pour les Ateliers du Festival d’Angers : le vrai travail a commencé là, alors qu’on était enfermé pendant trois jours avec Claude et Swann et qu’on passait toutes les scènes en revue. Le film ne s’est tourné que six mois plus tard, mais je suis sûr que le personnage a fait son chemin dans sa tête, même inconsciemment.
C’était très important que Swann connaisse le milieu, connaisse les gestes. Si je ne croyais pas aux gestes de Pierre, je ne pouvais pas croire au personnage. Alors il est venu faire une semaine de stage chez des cousins de ma mère : vivre comme un paysan, travailler comme un paysan. Les cousins ne voulaient plus le laisser partir : « Il est hyper fort, on a besoin de lui… ».

Tourner avec des vaches, c’est compliqué ?
Surtout quand il y en a trente. Une vache, c’est comme un enfant de cinq ans, sauf qu’elle fait 900 kilos et qu’elle ne va pas à l’école. Elles compliquent tout : installer un plan dans la salle de traite devient un casse-tête. Pour une vache, la traite dure dix minutes, alors, on ne va pas la laisser attachée vingt minutes dans cette chaleur, après ça devient mauvais pour elle. Les acteurs tolèrent plus de choses, mais ils savent pourquoi ils sont là, les vaches, elles, n’ont rien demandé ! Le respect animal, pour moi, était hyper important. On ne pouvait pas faire n’importe quoi. D’autant qu’un animal stressé, ça se voit à l’écran. Si je raconte l’histoire d’un type en osmose avec ses vaches, la moindre des choses est que les vaches aient l’air en osmose avec lui !
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2 commentaire(s)

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Gimenez sylvie - Il y a 1 mois
Vu le film vendredi 8 et participé à cette belle soirée ; nous avons pour beaucoup d'entre nous des ancêtres ou des parents issus du monde paysan ; H. Charuel traite avec grande justesse et beaucoup d'émotions le rapport d'un homme avec sa terre et ses bêtes ; chacun d'entre nous s'est senti touché profondément par son propos. J'ai rencontré sur les terres de mes aieux ( au Nord est de l'Aisne) un jeune homme de 20 ans , avec ses vaches. Il nous a dit son attachement à son métier de paysan éleveur. C’était formidable de l'entendre dire que pour rien au monde, il ne quitterait ses vaches.Ce film est aussi un hommage à ce jeune homme de "Grands Bois". Allez tous voir ce film!
GEORGES Françoise - Il y a 1 mois
J'ai vu le film hier et j'ai bien aimé, mais nous sommes de Reims et j'aurai bien voulu participer à cette soirée. Surtout pour mon mari qui est originaire de Droyes, la commune de la famille Charuel. Dans sa jeunesse, il a été très ami avec le père d'Hubert, présent dans le film et ses parents, les Georges, habitent encore le même hameau : les Granges, où eux aussi ont élevé des vaches..., mais qu'ils trayaient à la main car ils n'en avaient que 4 ou 5.
Si vous pouvez transmettre ce message à Hubert...
En fait, nous n'avons pas su qu'Hubert était aussi venu au cinéma l'Opéra de Reims. Pas de chance!