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Mercredi cinéma : "Les adieux à la reine" de Benoit Jacquot avec Léa Seydoux, Diane Kruger, Virginie Ledoyen, Xavier Beauvois

Programme de la semaine des cinémas de la Vallée de Montmorency :
Enghien - Franconville - Saint-Gratien - Taverny et les séances du mercredi de Ermont
Autres cinémas proches : Epinay-sur-Seine - Saint-Ouen l'Aumône

 

AFFICHE Les adieux de la reine de benoit jacquotZoom nouveauté : "Les adieux à la reine" de Benoit Jacquot

L'histoire
En 1789, à l’aube de la Révolution, Versailles continue de vivre dans l’insouciance et la désinvolture, loin du tumulte qui gronde à Paris. Quand la nouvelle de la prise de la Bastille arrive à la Cour, le château se vide, nobles et serviteurs s’enfuient… Mais Sidonie Laborde, jeune lectrice entièrement dévouée à la Reine, ne veut pas croire les bruits qu’elle entend. Protégée par Marie-Antoinette, rien ne peut lui arriver. Elle ignore que ce sont les trois derniers jours qu’elle vit à ses côtés
Un film de Benoit Jacquot avec Léa Seydoux, Diane Kruger, Virginie Ledoyen, Xavier Beauvois, Noémie Lvovsky, Michel Robin…

 

Bonus : propos de Benoit Jacquot, réalisateur du film

Quand et comment avez-vous découvert le livre de Chantal Thomas ?
En 2002, à l’occasion d’un débat autour d’”Adolphe”, Antoine de Baecque, qui dirigeait alors les pages Culture de "Libération" nous avait réunis, Isabelle Adjani, Chantal Thomas et moi, pour parler des problèmes posés par l’adaptation littéraire, et nous avait offert, en préalable à la rencontre, “Les Adieux à la Reine”, le livre de Chantal, qui venait d’obtenir le prix Femina. En le lisant, j’avais immédiatement éprouvé le désir d’en faire un film.

Diane Kruger en Marie-AntoinettePourquoi avoir attendu si longtemps ?
Parce qu’à l’époque, j’avais tout aussi immédiatement conclu à la quasi-impossibilité de monter un tel projet. “Les Adieux à la Reine” est un film d’époque, un film cher. Je ne connaissais pas de producteur susceptible de mettre en oeuvre les moyens nécessaires à l’aventure. Je me suis obligé à ne plus y penser. Lorsque Jean-Pierre Guérin, qui en avait acquis les droits, m’a proposé l’adaptation, le désir était intact.

Sur les vingt films que vous avez tournés, dix sont des adaptations de romans.
Je suis un vrai lecteur. Et comme j’ai choisi d’être cinéaste et non pas écrivain – c’est vraiment un choix - les livres ont logiquement une importance dans mes projets.

Le film évoque la chute de la monarchie, entre le 14 juillet, jour de la prise de la Bastille, et le 16, où Louis XVI, sous la pression populaire, est contraint de renvoyer Breteuil. Tout cela est vu, de Versailles, à travers le regard d’une jeune femme, Sidonie Laborde, la lectrice de la Reine.
Elle est le vecteur de l’histoire. Le film ne la lâche jamais. Je voulais qu’on ressente très précisément ce qu’elle éprouve au fur et à mesure des événements ; qu’on s’immerge dans Versailles à sa hauteur de vue - en traversant les mêmes zones d’ombre qu’elle, et les mêmes moments de proximité. Sidonie est tellement prise dans l’histoire qu’elle n’est pas en mesure de tout comprendre. Par définition, lorsqu’on vit au présent, on ne sait rien de ce qu’on vit. Faire partager sa perception au spectateur était une manière de Léa Seydouxrendre les choses les plus vivantes possible ; éviter toute dimension passéiste.

Sidonie, la lectrice qu’interprète Léa Seydoux, est beaucoup plus jeune que le personnage du livre.
Dès le départ, Gilles Taurand et moi voulions que le point de vue de la lectrice soit celui d’une très jeune femme, et non pas, comme dans le livre, celui d’une femme plus âgée. Il nous semblait intéressant qu’elle ait (encore) un rapport étroit à l’enfance, et que, dans sa construction, le film ne procède pas par flash-back, comme c’est le cas dans le roman. Le livre de Chantal Thomas était suffisamment fort pour que nous puissions lui faire subir ces modifications sans rien dénaturer de ses inflexions. A partir du moment où nous avons posé ces choix, le travail d’adaptation est devenu très facile : on est obligé d’abandonner des scènes et de renoncer à certains personnages, réduire et condenser certains passages pour privilégier l’intensité dramatique. C’est tout l’enjeu de ce genre d’entreprise. Il s’agit d’oublier le livre pour mieux le retrouver.

Vous en respectez en tout cas l’unité de temps. C’est une dimension avec laquelle vous aimez souvent jouer dans vos films.
J’aime que le temps du film joue avec le temps de ce qu’il représente. Par exemple, cela m’intéresserait beaucoup de raconter une vie en une heure et demie, ou de la même façon – mais je l’ai déjà fait - de raconter une heure et demie en une heure et demie.

En quatre jours que dure le récit, on assiste à une véritable débandade des nobles qui vivent à Versailles. Le protocole, les convenances, tout s’écroule, tout le monde cherche à fuir.
C’est le Titanic, cette histoire ! Une espèce de navire considéré comme le plus beau bâtiment du monde qui soudain, en une nuit, commence à prendre l’eau, puis à couler, en déclenchant une panique formidable. La situation crée nécessairement des incongruités, des rapprochements, des liens qui se tissent ou, au contraire, se délitent. Durant ces quatre jours, les protagonistes sont en état de bouleversement permanent. Sur un temps finalement très ramassé et dans le même espace – puisqu’on ne quitte Versailles qu’à la toute fin du film - ils traversent des étapes psychologiques extrêmement contrastées, émotionnellement très fortes.

Ils sont en vase clos, incapables d’avoir une vision claire de ce qui se déroule à Paris.
Ils vivent enfermés, mais dans un lieu si vaste qu’on a le sentiment qu’il est un monde en soi - un pays, avec des frontières. Ceux qui vivaient à Versailles en parlaient d’ailleurs comme de “ce pays-là”. C’est donc un enfermement très paradoxal. A partir du moment où ces frontières se ferment, j’essaie de montrer de quelle manière l’information réussit - ou échoue - à circuler. C’est très étrange, en fait : elle pénètre à l’état de rumeur ou comme un corps intrusif. On la ressent à de petits signes, des évocations, à l’état des corps ou des esprits durant ces journées.

Diane KrugerParadoxalement, lorsque certains d’entre eux finissent par quitter Versailles, leur espace se rétrécit encore.
Oui. Ils sont embarqués dans une diligence dont la caméra ne sort jamais. A l’extérieur du château, c’est comme s’ils subissaient un tour d’enfermement supplémentaire.

Versailles est montré dans un état d’insalubrité épouvantable.
Dans ses "Mémoires", Saint-Simon parvient presque à faire sentir les odeurs de latrines qui se dégageaient des lieux. Tout cela sous des lambris, des dorures et des lustres sans pareil au monde. Quelque chose de parfaitement répugnant, gangréné et pourrissant. Comme si l’état immobilier de Versailles augurait de l’écroulement du régime.

Sidonie, la lectrice, éprouve une véritable passion pour Marie-Antoinette, la reine étant elle-même totalement éprise de la duchesse de Polignac. Tous les évènements qui se déroulent sont vécus à hauteur de ce trouble …
Sidonie est littéralement folle de sa Reine ! Et cela m’intéressait beaucoup, qu’en regard de l’espèce de passion enfantine qu’elle éprouve pour Marie-Antoinette, il y ait une passion de type plus « pervers » entre la Reine et la Polignac. Cette triangulation électrise le film.

L’amour de Sidonie reste très discret.
C’est un rapport moins directement érotique que celui de la Reine avec la Polignac. Sauf que la Reine, elle, entretient un rapport érotique avec Sidonie : elle s’extasie sur ses bras potelés, la frictionne pour apaiser la brûlure d’une piqûre de moustique. Marie-Antoinette aime les corps, presque à la façon d’un fauve. A la fin du film, lorsqu’elle demande à Sidonie de se dévêtir pour prendre la place de la Polignac, quelque chose se produit qui parachève le triangle que j’évoquais. Il était très important pour moi, qu’à un certain moment, deux des trois femmes apparaissent nues et dépouillées des habits très corsetés qu’elles portent et qui prennent obligatoirement une grande place dans leur quotidien. Deux des trois ; pas la Reine. La Reine n’a pas à se montrer : elle ordonne que l’une ou l’autre le fasse.

Léa Seydoux est exceptionnelle, très physique, très moderne.
Léa est quelqu’un qui vit en jeans et je voulais qu’elle habite ces robes, très compliquées à mettre, comme elle habiterait n’importe quels jeans aujourd’hui, et que, le faisant, elle ressente la contrainte de la robe ; qu’elle soit rappelée à un maintien qui est celui du XVIIIe siècle, mais en le vivant comme si c’était aujourd’hui. Oui, elle est excellente.

Diane Kruger est également très étonnante en Marie-Antoinette.
Elle a la même origine que Marie-Antoinette et a l’âge exact du rôle. Marie-Antoinette, c’est elle, c’est une évidence. En tant qu’actrice, elle est l’exact opposé de Léa. Diane est rigoureuse, concentrée, très anglo-saxonne au fond, alors que Léa est animale, intuitive, climatique. Les confronter était excitant.

Virginie LedoyenDans le film, comme dans le livre, Marie-Antoinette dévoile une personnalité inédite.
C’est comme si, au centre de la toile, la reine des abeilles se mettait à gigoter en tous sens, prise d’une vibration qui atteint la ruche toute entière. Ces quatre jours déclenchent en elle une accélération folle des différents états qu’on a pu lui prêter au cours de sa vie - le temps de l’innocence, celui de la frivolité, puis un moment de quasi débauche pour finir par un moment de grande noblesse. C’est comme si tout se mélangeait. Elle passe sans transition de l’extrême frivolité à un état de grande clairvoyance, puis d’immense découragement. C’est météorologique. J’aime beaucoup cela. Sur un plateau, lorsque je donne des indications aux acteurs et aux actrices, elles sont presque toujours d’ordre météorologique. « C’est comme une éclaircie, un assombrissement, c’est le jour, c’est la nuit. » Une météorologie d’affects…

Vous tournez vite et vous avez l’habitude de laisser vos acteurs très libres.
Le fait de tourner rapidement exige que je les laisse libres. Et la contrainte de la vitesse est telle qu’elle suffit à cadrer les choses, elle permet d’atteindre une sorte de réel. Je crois peu aux répétitions. Pour "Les Adieux à la Reine", nous avons juste pris quelques journées pour lire le scénario avec Léa, Diane et Noémie Lvovsky, qui joue Madame Campan, pour s’entendre, très prosaïquement, sur ce qu’elles pouvaient dire ou pas. Avec Diane, ça s’imposait : le français n’est pas sa langue d’origine et nous devions nous mettre d’accord sur certaines prononciations et certaines accentuations. Je ne l’ai pas fait avec Virginie Ledoyen : je la connais trop, c’était inutile.

Il y a toujours beaucoup de femmes dans vos films, et beaucoup de très jeunes femmes.
Je dirai que c’est à peu près à parts égales. J’ai fait cinq films avec Isabelle Huppert. Elle avait 25 ans quand nous nous sommes rencontrés et je n’ai jamais cessé depuis de travailler avec elle. J’aime les femmes lorsqu’elles commencent à être des femmes ou lorsqu’elles finissent d’être des jeunes femmes. Ce sont des moments qui m’importent.

Au générique, on retrouve aussi Xavier Beauvois, Jacques Nolot, Julie-Marie Parmentier…
La population d’un film, c’est très important. Je suis d’accord : celui-là est merveilleusement peuplé. Il était crucial que Léa, qui est présente du premier au dernier plan, soit entourée ; qu’elle ait affaire à des acteurs et des actrices qu’elle admire et qui lui mettent la barre haut.

La lumière des « Les Adieux à la Reine » est sublime.
Je la voulais à la fois très sophistiquée et très dramatique. J’avais déjà travaillé dans ce sens-là avec Romain Winding.

Comme les décors, incroyablement sensuels.
Chaque décor a été constitué meuble par meuble, de manière très concertée, extrêmement définie. Il m’est déjà arrivé de tourner des films d’époque et d’arriver dans un lieu sans rien changer ou quasiment. Là, au contraire, tout a été choisi et défini préalablement. Je pense, par exemple, au cabinet doré. C’est la nuit, un feu de cheminée est allumé parce que Marie-Antoinette brûle des lettres. Et ce feu éclaire tout. Quel dispositif imaginer pour que la lumière du feu de cheminée confère un éclat nocturne à la scène ? Puisque ce lieu s’appelait le cabinet doré, Katia Wyszkop a pensé à de très grands paravents en plaqué or. Ils donnent un sentiment à la fois chaud, doré, légèrement inquiétant ; flamboyant et nocturne.

Vous avez beaucoup tourné au château de Versailles. C’est le cas de très peu de films.
On y a tourné autant qu’on pouvait, c’est-à-dire tous les lundis et les nuits. L’institution Versailles s’est montrée très accueillante et nous a facilité les choses autant qu’il était possible. Si peu de productions se risquent à Versailles, c’est que cela coûte très cher, c’est donc très dissuasif. Il faut vraiment décider, comme c’est le cas ici, que Versailles est un personnage principal. Cela dit, on a tourné dans d’autres châteaux et c’est d’ailleurs très amusant de recomposer les lieux où ont été tournées chacune des scènes, celles du Versailles réel et celles du Versailles d’emprunt.

Combien d’autres châteaux ?
Trois principalement. La chambre de la Reine au Petit Trianon a été reconstituée à Maison Lafitte. Impossible de tourner dans la vraie, trop petite pour y mettre une caméra. Il a fallu la réinterpréter. Par contre, les abords de la chambre, l’escalier qui y mène, l’entrée et les abords du Petit Trianon ont vraiment été tournés au Petit Trianon. On a aussi tourné au château de Chantilly : c’est là qu’on a trouvé les grandes galeries où circulent les nobles qui sortent de leurs appartements minables.

"Les Adieux à la Reine" est un film à gros budget, qui semble paradoxalement d’une incroyable légèreté et d’une extraordinaire modernité. On parlait de la démarche de Léa/Sidonie, la façon dont elle court. Il y a aussi cette façon dont vous filmez le grain des peaux…
C’est très important pour moi. Quand je tourne un film d’époque, j’essaie toujours de faire en sorte que cela ne ressemble pas à une exposition d’antiquaires. Cela peut être très beau. Il y a de très grands films – ceux de Visconti, le « Barry Lindon », de Stanley Kubrick – qui sont des films d’antiquaires - de très grands antiquaires. Mais ce n’est pas mon truc. Je veux donner le sentiment que voilà, c’est comme ça et pas autrement.
(extrait dossier de presse)

 

Autres films toujours à l'affiche :

"Cloclo" de Florent-Emilio Siri
"Nos plus belles vacances" de Philippe Lellouche
"Martha Marcy May Marlene" de Sean Durkin
"La mer à boire" de Jacques Maillot

"La désintégration" de Philippe Faucon
"Une bouteille à la mer" de Thierry Binisti
"Elles" de Malgoska Szumowska
"Sport de filles" de Patricia Mazuy
"Une vie meilleure" de Cédric Kahn
"La délicatesse" de David et Stéphane Foenkinos

 

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