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Mercredi cinéma : "En guerre" de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon.

Publié le : 16-05-2018

Programme de la semaine des cinémas de la Vallée de Montmorency :
Enghien (ugc) - Enghien (centre des arts),  Franconville - Montmorency - Saint-Gratien et les séances à Ermont (mardi-mercredi) et Eaubonne (mercredi)
Autres cinémas proches : Epinay-sur-Seine - Saint-Ouen l'Aumône

 

EN GUERRE de Stéphane BrizéSortie de la semaine (16 mai 2018) : "En guerre" de Stéphane Brizé

L'histoire
Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte-parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi.
Un film de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie, David Rey

>> Bande annonce

 

Bonus : propos du réalisateur Stéphane Brizé

Pourquoi ce film ?
Pour comprendre ce qu’il y a derrière les images des médias qui se font régulièrement les témoins de la violence qui peut surgir à l’occasion de plans sociaux. Et à la place du mot « derrière », il vaudrait mieux dire « avant ». Qu’y a-t-il avant le surgissement soudain de cette violence ? Quel est le chemin qui mène à cela ? Une colère nourrie par un sentiment d’humiliation et de désespoir qui se construit durant des semaines de lutte et où se révèle – on le découvrira – une disproportion colossale des forces en présence.

EN GUERRE de Stéphane BrizéQuels sont les lignes de forces autour desquelles le film s’est construit ?
Avec Olivier Gorce, co-scénariste du film, nous avions deux postulats de départ. Penser le film comme une épopée romanesque tout en le nourrissant sans travestissement du réel. Le film s’est alors structuré autour de la description d’un mécanisme économique qui fait fi de l’humain, en même temps que l’observation de la montée de la colère de salariés pris dans la tourmente d’un plan social. Une colère incarnée notamment par un représentant syndical qui n’a aucune rhétorique politicienne, mais simplement la nécessité d’être la voix de son indignation et de sa souffrance en même temps que de celles de ses collègues. Sa contestation : refuser d’être privé d’un travail qui permet à une entreprise de gagner encore plus d’argent qu’elle n’en gagne déjà, alors que cette même entreprise s’était engagée à protéger l’emploi des salariés en contrepartie de leur engagement à faire des sacrifices financiers.

La situation décrite dans le film est-elle exceptionnelle ?
Non, absolument pas. Si tel avait été le cas, cela aurait été une façon de faire dire au réel ce qu’il ne dit pas. Et la situation n’est tellement pas exceptionnelle qu’on en entend parler tous les jours dans les médias. Mais sans peut-être avoir vraiment conscience des enjeux et des mécanismes à l’œuvre. Le cas de Perrin Industrie décrit dans le film, c’est Goodyear, Continental, Allia, Ecopla, Whirlpool, Seb, Seita, etc. Dans tous ces cas, les analyses des experts ont démontré l’absence de difficultés économiques ou l’absence de menace sur la compétitivité.

EN GUERRE de Stéphane BrizéVous avez fait ici un film très politique.
Politique dans le sens étymologique du terme, il observe la vie de la cité. Mais je ne me fais le porte
-parole d’aucun parti ni d’aucun syndicat, je fais simplement le constat d’un système objectivement cohérent d’un point de vue boursier, mais tout aussi objectivement incohérent d’un point de vue humain. Et ce sont ces deux points de vue que le film oppose. La dimension humaine face à la dimension économique. Comment ces deux grilles de lecture du monde peuvent-elles se superposer ? Peuvent-elles même encore aujourd’hui cohabiter ? Si je m’y suis intéressé, c’est que je ne suis pas certain que beaucoup de monde saisisse exactement ce qu’il y a derrière toutes ces fermetures d’usines dont on entend parler tous les jours dans les médias. Je ne parle pas d’entreprises qui ferment parce qu’elles perdent de l’argent, je parle d’entreprises qui ferment et qui sont pourtant rentables.

La situation décrite dans le film est simple en apparence : « Des salariés refusent la fermeture brutale de leur usine » mais il y a néanmoins autour de cela toute une législation qu’il s’agit de respecter. Comment aborde-t-on une matière comme celle-ci ?
Avec Olivier Gorce, nous avons rencontré énormément de gens pour bien comprendre les règles du jeu dans ce type de situation. Des ouvriers, des DRH, des chefs d’entreprises et des avocats spécialisés dans la défense des salariés, mais aussi dans celle des intérêts des entreprises. Tout cela avec l’objectif de ne pas sommairement opposer des discours dogmatiques, mais de faire se confronter des points de vue radicalement différents avec un argumentaire solide et étayé. Les rencontres avec un avocat spécialisé dans la défense des salariés lors de ces fermetures d’usines nous ont d’abord permis de comprendre par le menu les étapes légales qui structurent un plan social. Des informations qui sont venues éclairer les séances de travail avec Xavier Mathieu, ancien leader syndical de Continental qui nous a raconté, lui, la manière dont le conflit qu’il avait vécu en 2009 s’était organisé et structuré.
À l’issue de ces réunions, nous nous sommes retrouvés avec un volume d’informations énorme. Il s’agissait alors de créer de la dramaturgie en décrivant un homme et un groupe emportés dans un conflit pour sauver leur emploi, tout en respectant la législation en vigueur. Et cela sans noyer le spectateur sous des tonnes de subtilités juridiques et surtout sans s’enfermer dans une situation qui n’aurait illustré qu’une situation franco-française. Il fallait faire le tri, trouver le moyen de faire comprendre facilement des choses parfois très techniques, définir le point de départ du conflit, son point d’arrivée, et transformer tous les moyens d’action des salariés en moments d’espoir ou d’abattement. Mais une chose fondamentale n’a jamais été remise en question, c’était que nos salariés voulaient défendre leur emploi. Jusqu’au moment où un certain nombre d’entre eux ne veulent plus ou ne peuvent plus poursuivre la lutte et décident d’accepter la fermeture de l’usine en échange d’un chèque proposé par la direction. Ce qui crée, là aussi, une dramaturgie puissante car deux points de vue forts s’opposent alors. Avec toujours la nécessité de faire entendre ces deux points de vue de la manière la plus objective possible.

Ce qui ressort du film, c’est que finalement, chacun – ouvriers, cadres et politiques – ont des arguments qui peuvent s’entendre. Il n’y a pas une opposition simpliste entre les gentils ouvriers contre des patrons et des politiques cyniques. 
C’était un des enjeux fondamentaux du projet : montrer les mécanismes d’un système sans caricaturer les propos des différents protagonistes. Il y a un système économique qui est servi par des hommes et des femmes qui n’ont tout simplement pas les mêmes intérêts que ceux des salariés. Mais si quelque chose se dégage clairement de tout ce que nous avons vu, compris, et analysé, c’est que les forces en présence ne sont pas équilibrées. Car, à partir du moment où une législation permet à une entreprise qui fait des bénéfices de fermer, le rapport de force est de fait biaisé d’entrée de jeu. On le voit dans toutes les étapes du conflit décrites dans le film. Jusqu’au dénouement hallucinant où l’on apprend que si une entreprise qui ferme est légalement obligée d’être proposée à la vente, il lui est tout aussi légalement permis de ne pas vendre. Dans ce cadre-là, les salariés n’ont finalement guère de chance de gagner le bras de fer. Ils peuvent résister, gêner le déroulement du plan social pendant un certain temps, affecter l’image de l’entreprise par des actions spectaculaires et médiatisées, ou lui faire perdre de l’argent par un blocage de la production et des stocks, ce que les groupes industriels n’aiment évidemment pas du tout. Au final, la fragilité financière des salariés et les moyens législatifs à leur disposition ne leur permettent guère d’empêcher la fermeture. Et toute la stratégie d’une direction est alors de légitimer sa décision brutale par des arguments qui doivent sembler les plus objectifs possibles. Et souvent en faisant dire aux chiffres ce qui est favorable à ses intérêts.

EN GUERRE de Stéphane BrizéEt pour incarner cette lutte pour préserver son emploi et celui de ses collègues, vous avez une nouvelle fois fait appel à Vincent Lindon.
C’est une relation qui se construit film après film, année après année, et qui est proprement inouïe. Et ce n’est pas tant la confiance qu’il y a entre nous qui permet ce chemin, mais plutôt l’absence totale de complaisance l’un envers l’autre. Après trois films où je mettais Vincent en scène dans des rôles de taiseux, il fallait nécessairement faire évoluer notre travail et radicalement changer la nature du parcours et du personnage ; tout en poursuivant cette nécessaire observation du monde. Dans ce film, il est un homme qui parle, qui se défend, qui résiste bruyamment. Nous en avions besoin l’un et l’autre car c’est finalement quelque chose qui nous caractérise dans la vie : nous sommes habités par la colère. Nécessité du propos, nécessité d’une évolution de notre travail, ce rôle de leader et cette histoire sont venus répondre à ces deux exigences.

La confrontation de Vincent Lindon avec des acteurs non professionnels rappelle celle de "La loi du Marché".
"La loi du marché" fut le point de départ d’une nouvelle étape dans mon parcours, tant dans le fond que dans la forme. Il s’agissait d’abord de prendre appui sur l’expérience commencée sur ce précédent film, pour questionner et questionner à nouveau le dispositif afin de l’emmener encore plus loin. Il s’agissait dans le même temps de poursuivre le travail d’observation des mécanismes de contraintes à l’œuvre dans le monde du travail.
Concernant le travail avec des acteurs non-professionnels, ils apportent une vérité au verbe que je leur donne à dire, la vérité de leur vécu. Et ça, c’est colossal. Ils le confrontent alors à l’exceptionnelle capacité d’incarnation de Vincent pour créer une représentation du réel qui m’intéresse et me touche énormément. Un casting énorme, des centaines et des centaines de personnes rencontrées à Paris et dans le Lot et Garonne où nous avons tourné le film. Des rencontres exceptionnelles, des hommes et des femmes incroyables, un engagement puissant de la part de chacun, un tournage d’une rare intensité. Il y avait clairement des moments où beaucoup avaient le sentiment de lutter contre la fermeture de leur propre usine.

Comment se déroule le travail avec Vincent Lindon et ces comédiens ?
Ils sont tous logés à la même enseigne. Il y a un scénario extrêmement précis, je donne un texte à chacun et ils doivent l’apprendre. Donc rien de bien révolutionnaire. À un moment, une histoire, c’est un texte et des dialogues structurés. La seule chose qui m’intéresse, c’est que le résultat ait l’air naturel et nous donne le sentiment que tout a été inventé au moment où cela s’est fait. Alors que tout est archi préparé bien sûr. Surtout avec une matière aussi technique et aussi précise que celle que nous traitions. Il n’y avait aucune place pour l’à-peu-près. Pareil pour la technique, le cadre doit sembler très spontané alors que tout est évidemment très organisé.
(extrait dossier de presse)

Programme de la semaine des cinémas de la Vallée de Montmorency :
Enghien (ugc) - Enghien (centre des arts),  Franconville - Montmorency - Saint-Gratien et les séances à Ermont (mardi-mercredi) et Eaubonne (mercredi)
Autres cinémas proches : Epinay-sur-Seine - Saint-Ouen l'Aumône

 

EN GUERRE de Stéphane BrizéSortie de la semaine (16 mai 2018) : "En guerre" de Stéphane Brizé

L'histoire
Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte-parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi.
Un film de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie, David Rey

>> Bande annonce

 

Bonus : propos du réalisateur Stéphane Brizé

Pourquoi ce film ?
Pour comprendre ce qu’il y a derrière les images des médias qui se font régulièrement les témoins de la violence qui peut surgir à l’occasion de plans sociaux. Et à la place du mot « derrière », il vaudrait mieux dire « avant ». Qu’y a-t-il avant le surgissement soudain de cette violence ? Quel est le chemin qui mène à cela ? Une colère nourrie par un sentiment d’humiliation et de désespoir qui se construit durant des semaines de lutte et où se révèle – on le découvrira – une disproportion colossale des forces en présence.

EN GUERRE de Stéphane BrizéQuels sont les lignes de forces autour desquelles le film s’est construit ?
Avec Olivier Gorce, co-scénariste du film, nous avions deux postulats de départ. Penser le film comme une épopée romanesque tout en le nourrissant sans travestissement du réel. Le film s’est alors structuré autour de la description d’un mécanisme économique qui fait fi de l’humain, en même temps que l’observation de la montée de la colère de salariés pris dans la tourmente d’un plan social. Une colère incarnée notamment par un représentant syndical qui n’a aucune rhétorique politicienne, mais simplement la nécessité d’être la voix de son indignation et de sa souffrance en même temps que de celles de ses collègues. Sa contestation : refuser d’être privé d’un travail qui permet à une entreprise de gagner encore plus d’argent qu’elle n’en gagne déjà, alors que cette même entreprise s’était engagée à protéger l’emploi des salariés en contrepartie de leur engagement à faire des sacrifices financiers.

La situation décrite dans le film est-elle exceptionnelle ?
Non, absolument pas. Si tel avait été le cas, cela aurait été une façon de faire dire au réel ce qu’il ne dit pas. Et la situation n’est tellement pas exceptionnelle qu’on en entend parler tous les jours dans les médias. Mais sans peut-être avoir vraiment conscience des enjeux et des mécanismes à l’œuvre. Le cas de Perrin Industrie décrit dans le film, c’est Goodyear, Continental, Allia, Ecopla, Whirlpool, Seb, Seita, etc. Dans tous ces cas, les analyses des experts ont démontré l’absence de difficultés économiques ou l’absence de menace sur la compétitivité.

EN GUERRE de Stéphane BrizéVous avez fait ici un film très politique.
Politique dans le sens étymologique du terme, il observe la vie de la cité. Mais je ne me fais le porte
-parole d’aucun parti ni d’aucun syndicat, je fais simplement le constat d’un système objectivement cohérent d’un point de vue boursier, mais tout aussi objectivement incohérent d’un point de vue humain. Et ce sont ces deux points de vue que le film oppose. La dimension humaine face à la dimension économique. Comment ces deux grilles de lecture du monde peuvent-elles se superposer ? Peuvent-elles même encore aujourd’hui cohabiter ? Si je m’y suis intéressé, c’est que je ne suis pas certain que beaucoup de monde saisisse exactement ce qu’il y a derrière toutes ces fermetures d’usines dont on entend parler tous les jours dans les médias. Je ne parle pas d’entreprises qui ferment parce qu’elles perdent de l’argent, je parle d’entreprises qui ferment et qui sont pourtant rentables.

La situation décrite dans le film est simple en apparence : « Des salariés refusent la fermeture brutale de leur usine » mais il y a néanmoins autour de cela toute une législation qu’il s’agit de respecter. Comment aborde-t-on une matière comme celle-ci ?
Avec Olivier Gorce, nous avons rencontré énormément de gens pour bien comprendre les règles du jeu dans ce type de situation. Des ouvriers, des DRH, des chefs d’entreprises et des avocats spécialisés dans la défense des salariés, mais aussi dans celle des intérêts des entreprises. Tout cela avec l’objectif de ne pas sommairement opposer des discours dogmatiques, mais de faire se confronter des points de vue radicalement différents avec un argumentaire solide et étayé. Les rencontres avec un avocat spécialisé dans la défense des salariés lors de ces fermetures d’usines nous ont d’abord permis de comprendre par le menu les étapes légales qui structurent un plan social. Des informations qui sont venues éclairer les séances de travail avec Xavier Mathieu, ancien leader syndical de Continental qui nous a raconté, lui, la manière dont le conflit qu’il avait vécu en 2009 s’était organisé et structuré.
À l’issue de ces réunions, nous nous sommes retrouvés avec un volume d’informations énorme. Il s’agissait alors de créer de la dramaturgie en décrivant un homme et un groupe emportés dans un conflit pour sauver leur emploi, tout en respectant la législation en vigueur. Et cela sans noyer le spectateur sous des tonnes de subtilités juridiques et surtout sans s’enfermer dans une situation qui n’aurait illustré qu’une situation franco-française. Il fallait faire le tri, trouver le moyen de faire comprendre facilement des choses parfois très techniques, définir le point de départ du conflit, son point d’arrivée, et transformer tous les moyens d’action des salariés en moments d’espoir ou d’abattement. Mais une chose fondamentale n’a jamais été remise en question, c’était que nos salariés voulaient défendre leur emploi. Jusqu’au moment où un certain nombre d’entre eux ne veulent plus ou ne peuvent plus poursuivre la lutte et décident d’accepter la fermeture de l’usine en échange d’un chèque proposé par la direction. Ce qui crée, là aussi, une dramaturgie puissante car deux points de vue forts s’opposent alors. Avec toujours la nécessité de faire entendre ces deux points de vue de la manière la plus objective possible.

Ce qui ressort du film, c’est que finalement, chacun – ouvriers, cadres et politiques – ont des arguments qui peuvent s’entendre. Il n’y a pas une opposition simpliste entre les gentils ouvriers contre des patrons et des politiques cyniques. 
C’était un des enjeux fondamentaux du projet : montrer les mécanismes d’un système sans caricaturer les propos des différents protagonistes. Il y a un système économique qui est servi par des hommes et des femmes qui n’ont tout simplement pas les mêmes intérêts que ceux des salariés. Mais si quelque chose se dégage clairement de tout ce que nous avons vu, compris, et analysé, c’est que les forces en présence ne sont pas équilibrées. Car, à partir du moment où une législation permet à une entreprise qui fait des bénéfices de fermer, le rapport de force est de fait biaisé d’entrée de jeu. On le voit dans toutes les étapes du conflit décrites dans le film. Jusqu’au dénouement hallucinant où l’on apprend que si une entreprise qui ferme est légalement obligée d’être proposée à la vente, il lui est tout aussi légalement permis de ne pas vendre. Dans ce cadre-là, les salariés n’ont finalement guère de chance de gagner le bras de fer. Ils peuvent résister, gêner le déroulement du plan social pendant un certain temps, affecter l’image de l’entreprise par des actions spectaculaires et médiatisées, ou lui faire perdre de l’argent par un blocage de la production et des stocks, ce que les groupes industriels n’aiment évidemment pas du tout. Au final, la fragilité financière des salariés et les moyens législatifs à leur disposition ne leur permettent guère d’empêcher la fermeture. Et toute la stratégie d’une direction est alors de légitimer sa décision brutale par des arguments qui doivent sembler les plus objectifs possibles. Et souvent en faisant dire aux chiffres ce qui est favorable à ses intérêts.

EN GUERRE de Stéphane BrizéEt pour incarner cette lutte pour préserver son emploi et celui de ses collègues, vous avez une nouvelle fois fait appel à Vincent Lindon.
C’est une relation qui se construit film après film, année après année, et qui est proprement inouïe. Et ce n’est pas tant la confiance qu’il y a entre nous qui permet ce chemin, mais plutôt l’absence totale de complaisance l’un envers l’autre. Après trois films où je mettais Vincent en scène dans des rôles de taiseux, il fallait nécessairement faire évoluer notre travail et radicalement changer la nature du parcours et du personnage ; tout en poursuivant cette nécessaire observation du monde. Dans ce film, il est un homme qui parle, qui se défend, qui résiste bruyamment. Nous en avions besoin l’un et l’autre car c’est finalement quelque chose qui nous caractérise dans la vie : nous sommes habités par la colère. Nécessité du propos, nécessité d’une évolution de notre travail, ce rôle de leader et cette histoire sont venus répondre à ces deux exigences.

La confrontation de Vincent Lindon avec des acteurs non professionnels rappelle celle de "La loi du Marché".
"La loi du marché" fut le point de départ d’une nouvelle étape dans mon parcours, tant dans le fond que dans la forme. Il s’agissait d’abord de prendre appui sur l’expérience commencée sur ce précédent film, pour questionner et questionner à nouveau le dispositif afin de l’emmener encore plus loin. Il s’agissait dans le même temps de poursuivre le travail d’observation des mécanismes de contraintes à l’œuvre dans le monde du travail.
Concernant le travail avec des acteurs non-professionnels, ils apportent une vérité au verbe que je leur donne à dire, la vérité de leur vécu. Et ça, c’est colossal. Ils le confrontent alors à l’exceptionnelle capacité d’incarnation de Vincent pour créer une représentation du réel qui m’intéresse et me touche énormément. Un casting énorme, des centaines et des centaines de personnes rencontrées à Paris et dans le Lot et Garonne où nous avons tourné le film. Des rencontres exceptionnelles, des hommes et des femmes incroyables, un engagement puissant de la part de chacun, un tournage d’une rare intensité. Il y avait clairement des moments où beaucoup avaient le sentiment de lutter contre la fermeture de leur propre usine.

Comment se déroule le travail avec Vincent Lindon et ces comédiens ?
Ils sont tous logés à la même enseigne. Il y a un scénario extrêmement précis, je donne un texte à chacun et ils doivent l’apprendre. Donc rien de bien révolutionnaire. À un moment, une histoire, c’est un texte et des dialogues structurés. La seule chose qui m’intéresse, c’est que le résultat ait l’air naturel et nous donne le sentiment que tout a été inventé au moment où cela s’est fait. Alors que tout est archi préparé bien sûr. Surtout avec une matière aussi technique et aussi précise que celle que nous traitions. Il n’y avait aucune place pour l’à-peu-près. Pareil pour la technique, le cadre doit sembler très spontané alors que tout est évidemment très organisé.
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