Accueil > Histoire locale > Rencontres de François > Irène Hajos, survivante d'Auschwitz, nous a quittés mais nous n'oublierons pas son combat contre l'oubli
Restez informés
Inscrivez-vous
aux newsletters du Journal !
Je m'inscris

Irène Hajos, survivante d'Auschwitz, nous a quittés mais nous n'oublierons pas son combat contre l'oubli.

Publié le : 25-02-2014

IRENE HAJOSIrène Hajos, une grande figure d'Eaubonne nous a quittés en ce mois de février 2014 à l'âge de 92 ans :  elle avait livré il y a quelques années un témoignage bouleversant sur son adolescence hongroise, sa déportation à Auschwitz et Birkenau, à travers un livre de Chantal Gerbaud intitulé sobrement : Irène Hajos, une survivante.
J'ai eu la chance de l'avoir rencontrée à cette occasion : un rendez-vous inoubliable au cours duquel elle a lancé un appel aux professeurs et aux jeunes afin qu'ils soient nombreux à se rendre à Auschwitz.  Pour que l'Histoire ne se renouvelle jamais !
Je vous propose de redécouvrir en hommage cette interview passionnante d'une femme exceptionnelle.

 

Irène Hajos, une survivanteIrène Hajos, Une survivante
Livre écrit par Chantal Gerbaud. "Sa rencontre avec Irène Hajos la persuade de garder le souvenir de son témoignage pour les générations futures."
Chantal Gerbaud, enseignante en histoire et géographie, est principale de collège à Meudon (92).
"Irène Hajos, une survivante. Témoignage d’une juive hongroise" écrit par Chantal Gerbaud – Editions Syros – 10€

Dans "Irène Hajos, une survivante", elle raconte sa vie en Hongrie, son insouciance vis-à-vis de la guerre jusqu’en mars 1944, puis sa descente aux enfers lorsque la Hongrie a été envahie par les troupes allemandes.
Avec elle, nous plongeons dans l’horreur des camps de concentration. Mais son témoignage ne s’arrête pas avec la fin de la guerre : elle raconte aussi l’épreuve de l’après-guerre, si difficile pour les Juifs. Cette période méconnue où elle demeura longtemps sans évoquer sa tragédie, est bien décrite par Irène Hajos qui est venue en France en 1946, et à Eaubonne en 1952. Chantal Gerbaud a intitulé très justement ce chapitre de la vie d’Irène : la reconstruction silencieuse.
Ensuite, Irène Hajos a témoigné et s’est investie dans plusieurs associations de déportés afin que personne n’oublie et que l’Histoire ne se renouvelle pas.

 

J’ai lu et même relu votre livre réalisé avec Chantal Gerbaud ; je ne veux pas revenir sur les différentes étapes de votre vie. Mais un détail m’a interpellé. Vous racontez que vous avez dû vous informer par les livres principalement pour comprendre la place de votre histoire dans l’Histoire avec un grand H.
Par exemple, je ne connaissais pas ces « Marches de la mort » que j’ai subies. Quand on est plongé dans un événement, on ne connaît que ce l'on subit. Chacun ne peut que raconter sa propre histoire qui fait évidemment partie de Histoire. C'est en confrontant tous les témoignages et les analyses des historiens que l'on peut avoir une idée de la réalité.
Beaucoup de monde croient qu’en janvier 1945, les SS savaient la défaite inéluctable. Détrompez-vous ! Jusqu’aux derniers instants, ils croyaient en leur victoire, en leur idéal. Savez-vous que le 2 mai 45, à Neustadtglewe, ils ont préparé leur repas dans la cuisine comme d’habitude ! A 14h, ils avaient quitté les lieux !
Enfin, les Russes qui nous ont libérés ont envoyé aussitôt les Hongrois  en Ukraine car ceux-ci étaient considérés comme alliés de l’Allemagne. Heureusement pour moi, j’ai réussi avec d’autres à me faire passer pour une Tchèque.

Le retour fut difficile après la libération de Neustadtglewe ?
Cela fut d’autant plus compliqué que j’étais « tchèque » pour échapper aux Russes. D’autre part, je vais vous raconter une anecdote : j’ai visité, il y a deux ans, ma ville natale avec ma fille qui a découvert sur le monument aux morts le nom d’Irène Hajos ! Je voulais faire modifier le monument mais le maire de la ville n’a pas voulu…

Irène HajosVotre témoignage bouleverse. Mais une question me taraude. Comment juger votre réaction jusqu’en 44 : on ressent une certaine insouciance…
J’ai fait preuve de naïveté ? Nous disposions de peu d’infos, je n’avais jamais entendu le mot Auschwitz avant mai 44 ! Mon père qui aimait la politique ne nous a pas avertis. C’est vrai que la photo publiée dans le livre où l’on me voit en robe longue au bal surprend les Français, déjà touchés par la déportation.
Le 19 mars 1944, les Allemands, nos alliés, nous envahissaient et 2 jours plus tard, le port de l’étoile jaune était demandé. Après réflexion, on se rend compte que tout était planifié : on ne crée pas des millions d’étoiles en 2 jours !

Dans votre récit, vous faites attention à rester neutre face aux événements. Vous dites attention « à ne pas intégrer comme souvenirs ce que l’on a entendu raconter par d’autres ». Est-ce facile ?
Lors de témoignages en public, des déportés peuvent parfois se laisser déborder en s’appropriant des souvenirs. Pour ma part, je raconte mon histoire afin que personne n’oublie et que l’Histoire ne se renouvelle pas. J'aimerais que les choses bougent ! "

Au sujet de vos témoignages, vous dites « j’ai sans doute autant reçu de ceux qui m’ont écoutée que ceux–ci ont appris de moi » ? Qu’avez-vous reçu ?
J’ai beaucoup de satisfaction avec l’attention portée par les enfants. Ils portent souvent des questions directes et pertinentes que les adultes ne posent pas.

Vous souhaitez que les jeunes soient informés et visitent Auschwitz pour que cela ne se reproduise plus…
En effet, c’est mon souhait le plus cher. Les enfants encadrés par leurs professeurs peuvent se rendre avec l’aide du Conseil Général à Auschwitz. Ce sont des voyages d’études organisés par le Mémorial de la Shoah. Il faut vraiment que dans le Val d’Oise, le plus d’enfants soient concernés par ces dispositions. Je lance un appel aux professeurs ! Au Conseil Général !
Un livre, un film ne remplacera pas une visite à Auschwitz. La possibilité est donnée, le Conseil Général vote chaque année pour ces voyages d’études : j’aimerais que les choses bougent !

Je souhaiterais enfin revenir sur votre vie à Eaubonne : où était situé votre commerce ?
A l’angle de la rue Condorcet : « magasin Karine ». Avec Claire Weisz mon associée, nous y vendions de beaux vêtements : la clientèle était très contente. Ma fille a repris par la suite le magasin mais sans  réussite.

Votre hommage aux aviateurs abattus à Eaubonne : quelle histoire incroyable ! J’ai l’impression que vous avez soulevé des montagnes pour réussir à retrouver l’identité de ces aviateurs. Quel est votre secret ?
La ténacité et un peu de chance ! (voir ci-dessous l'hommage aux aviateurs)

Petite question indiscrète pour terminer : quelles sont les réactions de vos enfants et petits-enfants à votre travail de témoignage ?
Ma fille (la plus jeune) et ma petite-fille (l'ainée de mes petits-enfants) ont pleuré, mes enfants sont fiers. Ils ont appris beaucoup de choses que je ne leur avais pas racontées. Je voulais leur donner que des images positives. Leurs réactions m’ont beaucoup touchée.

Enfin, vous n’ignorez pas que notre président de la république est aussi d’origine hongroise (à l'époque de l'interview, Nicolas Sarkozy était Président de la République) …
Je lui ai envoyé le livre avec une petite lettre. Ses déclarations concernant la patrie d’accueil, les devoirs et les droits des immigrés, le non oubli des racines du pays natal me parlent.
Je souhaiterais simplement que tout immigré ait droit à un an d’école pour apprendre le français, condition d’intégration. Mais faire apprendre le français aux immigrés avant de venir en France, je n’y crois guère.

 

Plaque commérmorative à EabonneBonus: Hommage aux aviateurs !
Extrait du livre « Irène Hajos, une survivante. Témoignage d’une juive hongroise » écrit par Chantal Gerbaud)

« …Il m’a semblé normal d’agir à l’endroit où j’habitais : tout ce qui concernait la Seconde Guerre mondiale me passionnait et je désirais par-dessus tout que soit rendu hommage à tous ceux qui étaient morts pour la liberté. Or j’ai appris par un petit livre sur l’histoire d’Eaubonne qu’il existait une plaque au collège Jules Ferry, juste à côté de chez moi, pour commémorer la mort de plusieurs aviateurs tombés en août 1944 entre Ermont et Eaubonne. Les noms des aviateurs n’y figuraient pas, ils étaient restés anonymes. L’avion abattu était canadien. Les corps des aviateurs avaient été transportés à l’école Paul-Bert et auraient du être enterrés le lendemain, mais au matin ils avaient disparu : les Allemands les avaient emmenés pour éviter que les habitants d’Eaubonne, qui savaient que la libération était proche, n’organisent une manifestation patriotique à l’occasion de l’enterrement. Déjà, ils apportaient des petits drapeaux tricolores devant l’école.
J’ai décidé de retrouver leurs noms coûte que coûte.
Par chance, j’ai rencontré lors d’une réception un attaché militaire canadien à qui j’ai parlé de cet avion et de l’utilité d’effectuer des recherches. Je me disais que les archives canadiennes devaient garder la trace du vol de l’avion et des noms de ceux qui avaient embarqué à son bord. Je lui ai envoyé un courrier quelques jours plus tard, qui est resté sans réponse. Je me suis donc rendue avenue Montaigne à l’ambassade du Canada et j’ai demandé à voir l’attaché. Manifestement, je dérangeais et ma requête ne semblait pas urgente. J’ai insisté et je ne suis partie que lorsque j’ai été sûre que les recherches seraient lancées.
A la surprise générale, les aviateurs n’étaient pas canadiens, mais australiens et anglais. Les Allemands les avaient fait enterrer clandestinement au cimetière de Clichy où l’on a pu retrouver leur identité.
La mairie a fait refaire la plaque avec les noms des aviateurs et a organisé une cérémonie à laquelle ont été invités les responsables militaires canadiens, anglais et australiens, ainsi que des membres des familles des victimes. J’étais satisfaite d’avoir pu contribuer très modestement à ce que hommage leur soit rendu, mais surtout je pensais que leurs familles seraient sans doute contentes de connaître les circonstances de leur mort. …»

 

IRENE HAJOSIrène Hajos, une grande figure d'Eaubonne nous a quittés en ce mois de février 2014 à l'âge de 92 ans :  elle avait livré il y a quelques années un témoignage bouleversant sur son adolescence hongroise, sa déportation à Auschwitz et Birkenau, à travers un livre de Chantal Gerbaud intitulé sobrement : Irène Hajos, une survivante.
J'ai eu la chance de l'avoir rencontrée à cette occasion : un rendez-vous inoubliable au cours duquel elle a lancé un appel aux professeurs et aux jeunes afin qu'ils soient nombreux à se rendre à Auschwitz.  Pour que l'Histoire ne se renouvelle jamais !
Je vous propose de redécouvrir en hommage cette interview passionnante d'une femme exceptionnelle.

 

Irène Hajos, une survivanteIrène Hajos, Une survivante
Livre écrit par Chantal Gerbaud. "Sa rencontre avec Irène Hajos la persuade de garder le souvenir de son témoignage pour les générations futures."
Chantal Gerbaud, enseignante en histoire et géographie, est principale de collège à Meudon (92).
"Irène Hajos, une survivante. Témoignage d’une juive hongroise" écrit par Chantal Gerbaud – Editions Syros – 10€

Dans "Irène Hajos, une survivante", elle raconte sa vie en Hongrie, son insouciance vis-à-vis de la guerre jusqu’en mars 1944, puis sa descente aux enfers lorsque la Hongrie a été envahie par les troupes allemandes.
Avec elle, nous plongeons dans l’horreur des camps de concentration. Mais son témoignage ne s’arrête pas avec la fin de la guerre : elle raconte aussi l’épreuve de l’après-guerre, si difficile pour les Juifs. Cette période méconnue où elle demeura longtemps sans évoquer sa tragédie, est bien décrite par Irène Hajos qui est venue en France en 1946, et à Eaubonne en 1952. Chantal Gerbaud a intitulé très justement ce chapitre de la vie d’Irène : la reconstruction silencieuse.
Ensuite, Irène Hajos a témoigné et s’est investie dans plusieurs associations de déportés afin que personne n’oublie et que l’Histoire ne se renouvelle pas.

 

J’ai lu et même relu votre livre réalisé avec Chantal Gerbaud ; je ne veux pas revenir sur les différentes étapes de votre vie. Mais un détail m’a interpellé. Vous racontez que vous avez dû vous informer par les livres principalement pour comprendre la place de votre histoire dans l’Histoire avec un grand H.
Par exemple, je ne connaissais pas ces « Marches de la mort » que j’ai subies. Quand on est plongé dans un événement, on ne connaît que ce l'on subit. Chacun ne peut que raconter sa propre histoire qui fait évidemment partie de Histoire. C'est en confrontant tous les témoignages et les analyses des historiens que l'on peut avoir une idée de la réalité.
Beaucoup de monde croient qu’en janvier 1945, les SS savaient la défaite inéluctable. Détrompez-vous ! Jusqu’aux derniers instants, ils croyaient en leur victoire, en leur idéal. Savez-vous que le 2 mai 45, à Neustadtglewe, ils ont préparé leur repas dans la cuisine comme d’habitude ! A 14h, ils avaient quitté les lieux !
Enfin, les Russes qui nous ont libérés ont envoyé aussitôt les Hongrois  en Ukraine car ceux-ci étaient considérés comme alliés de l’Allemagne. Heureusement pour moi, j’ai réussi avec d’autres à me faire passer pour une Tchèque.

Le retour fut difficile après la libération de Neustadtglewe ?
Cela fut d’autant plus compliqué que j’étais « tchèque » pour échapper aux Russes. D’autre part, je vais vous raconter une anecdote : j’ai visité, il y a deux ans, ma ville natale avec ma fille qui a découvert sur le monument aux morts le nom d’Irène Hajos ! Je voulais faire modifier le monument mais le maire de la ville n’a pas voulu…

Irène HajosVotre témoignage bouleverse. Mais une question me taraude. Comment juger votre réaction jusqu’en 44 : on ressent une certaine insouciance…
J’ai fait preuve de naïveté ? Nous disposions de peu d’infos, je n’avais jamais entendu le mot Auschwitz avant mai 44 ! Mon père qui aimait la politique ne nous a pas avertis. C’est vrai que la photo publiée dans le livre où l’on me voit en robe longue au bal surprend les Français, déjà touchés par la déportation.
Le 19 mars 1944, les Allemands, nos alliés, nous envahissaient et 2 jours plus tard, le port de l’étoile jaune était demandé. Après réflexion, on se rend compte que tout était planifié : on ne crée pas des millions d’étoiles en 2 jours !

Dans votre récit, vous faites attention à rester neutre face aux événements. Vous dites attention « à ne pas intégrer comme souvenirs ce que l’on a entendu raconter par d’autres ». Est-ce facile ?
Lors de témoignages en public, des déportés peuvent parfois se laisser déborder en s’appropriant des souvenirs. Pour ma part, je raconte mon histoire afin que personne n’oublie et que l’Histoire ne se renouvelle pas. J'aimerais que les choses bougent ! "

Au sujet de vos témoignages, vous dites « j’ai sans doute autant reçu de ceux qui m’ont écoutée que ceux–ci ont appris de moi » ? Qu’avez-vous reçu ?
J’ai beaucoup de satisfaction avec l’attention portée par les enfants. Ils portent souvent des questions directes et pertinentes que les adultes ne posent pas.

Vous souhaitez que les jeunes soient informés et visitent Auschwitz pour que cela ne se reproduise plus…
En effet, c’est mon souhait le plus cher. Les enfants encadrés par leurs professeurs peuvent se rendre avec l’aide du Conseil Général à Auschwitz. Ce sont des voyages d’études organisés par le Mémorial de la Shoah. Il faut vraiment que dans le Val d’Oise, le plus d’enfants soient concernés par ces dispositions. Je lance un appel aux professeurs ! Au Conseil Général !
Un livre, un film ne remplacera pas une visite à Auschwitz. La possibilité est donnée, le Conseil Général vote chaque année pour ces voyages d’études : j’aimerais que les choses bougent !

Je souhaiterais enfin revenir sur votre vie à Eaubonne : où était situé votre commerce ?
A l’angle de la rue Condorcet : « magasin Karine ». Avec Claire Weisz mon associée, nous y vendions de beaux vêtements : la clientèle était très contente. Ma fille a repris par la suite le magasin mais sans  réussite.

Votre hommage aux aviateurs abattus à Eaubonne : quelle histoire incroyable ! J’ai l’impression que vous avez soulevé des montagnes pour réussir à retrouver l’identité de ces aviateurs. Quel est votre secret ?
La ténacité et un peu de chance ! (voir ci-dessous l'hommage aux aviateurs)

Petite question indiscrète pour terminer : quelles sont les réactions de vos enfants et petits-enfants à votre travail de témoignage ?
Ma fille (la plus jeune) et ma petite-fille (l'ainée de mes petits-enfants) ont pleuré, mes enfants sont fiers. Ils ont appris beaucoup de choses que je ne leur avais pas racontées. Je voulais leur donner que des images positives. Leurs réactions m’ont beaucoup touchée.

Enfin, vous n’ignorez pas que notre président de la république est aussi d’origine hongroise (à l'époque de l'interview, Nicolas Sarkozy était Président de la République) …
Je lui ai envoyé le livre avec une petite lettre. Ses déclarations concernant la patrie d’accueil, les devoirs et les droits des immigrés, le non oubli des racines du pays natal me parlent.
Je souhaiterais simplement que tout immigré ait droit à un an d’école pour apprendre le français, condition d’intégration. Mais faire apprendre le français aux immigrés avant de venir en France, je n’y crois guère.

 

Plaque commérmorative à EabonneBonus: Hommage aux aviateurs !
Extrait du livre « Irène Hajos, une survivante. Témoignage d’une juive hongroise » écrit par Chantal Gerbaud)

« …Il m’a semblé normal d’agir à l’endroit où j’habitais : tout ce qui concernait la Seconde Guerre mondiale me passionnait et je désirais par-dessus tout que soit rendu hommage à tous ceux qui étaient morts pour la liberté. Or j’ai appris par un petit livre sur l’histoire d’Eaubonne qu’il existait une plaque au collège Jules Ferry, juste à côté de chez moi, pour commémorer la mort de plusieurs aviateurs tombés en août 1944 entre Ermont et Eaubonne. Les noms des aviateurs n’y figuraient pas, ils étaient restés anonymes. L’avion abattu était canadien. Les corps des aviateurs avaient été transportés à l’école Paul-Bert et auraient du être enterrés le lendemain, mais au matin ils avaient disparu : les Allemands les avaient emmenés pour éviter que les habitants d’Eaubonne, qui savaient que la libération était proche, n’organisent une manifestation patriotique à l’occasion de l’enterrement. Déjà, ils apportaient des petits drapeaux tricolores devant l’école.
J’ai décidé de retrouver leurs noms coûte que coûte.
Par chance, j’ai rencontré lors d’une réception un attaché militaire canadien à qui j’ai parlé de cet avion et de l’utilité d’effectuer des recherches. Je me disais que les archives canadiennes devaient garder la trace du vol de l’avion et des noms de ceux qui avaient embarqué à son bord. Je lui ai envoyé un courrier quelques jours plus tard, qui est resté sans réponse. Je me suis donc rendue avenue Montaigne à l’ambassade du Canada et j’ai demandé à voir l’attaché. Manifestement, je dérangeais et ma requête ne semblait pas urgente. J’ai insisté et je ne suis partie que lorsque j’ai été sûre que les recherches seraient lancées.
A la surprise générale, les aviateurs n’étaient pas canadiens, mais australiens et anglais. Les Allemands les avaient fait enterrer clandestinement au cimetière de Clichy où l’on a pu retrouver leur identité.
La mairie a fait refaire la plaque avec les noms des aviateurs et a organisé une cérémonie à laquelle ont été invités les responsables militaires canadiens, anglais et australiens, ainsi que des membres des familles des victimes. J’étais satisfaite d’avoir pu contribuer très modestement à ce que hommage leur soit rendu, mais surtout je pensais que leurs familles seraient sans doute contentes de connaître les circonstances de leur mort. …»

 


Déposer un commentaire
3 commentaire(s)

Filtre anti-spam

LELIAS - Il y a 4 ans
J'ai eu l'occasion de rencontrer Mme Hajos plusieurs fois à Eaubonne. Elle habitait non loin de chez moi. C'est avec émotion que j'ai appris son décès.
Elle venait témoigner de sa vie antérieure (en Hongrie) à la déportation, du voyage vers le camp de concentration et comment elle avait réussi à survivre au collège Jules Ferry (Eaubonne) où j'étais enzeignante et à chaque fois nous l'écoutions avec la même émotion.
danielle toupey - Il y a 4 ans
Eaubonnaise depuis 20 ans je regrette de ne pas avoir eu l'occasion de rencontrer cette dame. Merci pour cette interview et ce bel hommage. Respect.
Patricia HAJOS - Il y a 4 ans
Bonjour Monsieur,
Je suis la fille de Irène HAJOS. Ma mère nous a quittés le 16 février 2014 (à16h34), à l'âge de 91 ans. Elle allait avoir 92 ans le 09 mai 2014. Elle était passée par des étapes de sa vie très dures et pourtant elle continuait d'aimer la vie. Elle était une femme exceptionnelle et une mère merveilleuse. Je suis profondément touchée par votre article sur ma mère. Merci pour cet hommage que vous lui rendez. Cordialement. Patricia HAJOS
Informations Newsletter
  • Inscrivez-vous aux newsletters du Journal :
    "Agenda du week-end" et "Infos de proximité"
Contact
11 allée du Clos Laisnées, 95120 Ermont
06 89 80 56 28