A la découverte des haikus... à Montmorency ! Rencontre avec Corinne Atlan.

Image ActiveDans le cadre du « Printemps des poètes », la bibliothèque Aimé Césaire de Montmorency organise deux ateliers originaux consacrés à la création de Haikus, animés par Corinne Atlan, écrivain et traductrice de romans japonais. (photo)

Mais qu’est-ce qu’un Haïku ? C’est une forme poétique très codifiée, d'origine japonaise, prenant la forme d’un tercet de 5, 7 et 5 syllabes. Deux exemples d'haiku en fin d'article !
13 et 20 mars de 15 à 17h30 - bibliothèque Aimé Césaire 7 rue du Marché Montmorency - renseignements et inscriptions au 01 39 64 05 34

Image Active Allons à la rencontre de Corinne Atlan pour en savoir plus sur ces fameux poèmes.

Je sais que vous avez traduit de nombreux livres japonais, comment avez-vous découvert les haikus ?

J’ai en effet traduit plus de 40 romans japonais... et réalisé 2 anthologies de haiku pour Gallimard/poésie. Connaissant le Japon depuis maintenant… plus de 30 ans (j’ai commencé à étudier la langue à 17 ans et suis partie pour le pays de mes rêves en transsibérien à l’âge de 20 ans), je ne saurais dire quand j’ai “découvert” le haiku, tant il fait partie intégrante de la culture japonaise.

Il en est l’essence, le condensé dans ce rapport, ou plutôt cette adéquation profonde, entre nature et émotion. Cette identification à la nature m’est aussi très proche. J’ai approfondi cet intérêt en participant régulièrement au Japon à des ateliers haiku du même type que ceux que je propose, qui sont très répandus là-bas chez les amateurs de poésie, et organisés une fois par mois par différents cercles de poètes amateurs ou reconnus : promenade dans des parcs des jardins, des bois, (il y en a beaucoup, même à Tokyo !), suivie de rédaction de poèmes, toujours en lien avec la saison.  

Pouvez-vous nous décrire les ateliers que vous animez à Montmorency le 13 et 20 mars ?

Ces ateliers sont des moments de partage et de création poétique. Ils se déroulent en moyenne sur 2 heures 30 (variable en fonction des emplois du temps, de l’âge des participants, de leur nombre et de leur capacité d'attention). Idéalement, le nombre de personnes ne doit pas dépasser 15.

Les ateliers se déroulent en 4 phases :

Phase 1 : explications sur le poème court japonais.

J’aborde le fond et la forme du Haïku.

Le fond : ressentir en soi la nature, attention exclusive à l'instant présent. La forme : poème très court en 3 lignes, comportant au moins un mot évoquant la saison. Plus la forme est brève, plus une grande attention doit être accordée aux sons (allitérations, etc.) Le paysage naturel doit faire écho au “ paysage intérieur ”. L’instant (ex : le chant d’un oiseau, le vol d’un insecte, un incident, une émotion) doit faire écho à l’éternité (ex : le ciel, le soleil, les étoiles).

Evidemment, j’adapte les explications à l'âge des participants.

Phase 2 : promenade organisée.

Ce moment permet une observation de l’environnement naturel et une préparation des thèmes. A Montmorency, cette phase se déroule au parc de la mairie.

Phase 3 : création guidée.

J’aide les participants dans leurs créations.

Phase 4 : sélection des meilleurs poèmes,

Chaque participant explique les raisons de son choix. (à noter : les auteurs restent anonymes jusqu'au dernier moment ou utilisent des pseudonymes).

Quel conseil donneriez-vous aux personnes qui ne pourront pas participer aux ateliers mais qui souhaitent découvrir cet univers poétique  et pouvez-vous nous "offrir" un ou deux haïkus ?

Pour approcher l’esprit du haiku, je conseillerais de pratiquer, seul ou à plusieurs, cette activité : promenade dans un lieu de nature qu’on aime, en observant tous les phénomènes de la saison, en restant le plus proche possible de ce qu’on voit, respire ou entend, chassant les pensées qui nous emmènent ailleurs que “ici et maintenant” (attention, c’est tout un art, proche de la méditation !). Pendant la promenade, noter brièvement 2 ou 3 des choses qui nous ont frappés (le cri d’un oiseau, la couleur d’une herbe...). Ensuite, feuilleter les 2 anthologies de haiku parues chez Gallimard (Haiku et Haiku du XXe siècle), lire les haikus correspondant à la saison actuelle, puis… composer son propre haiku !

Pour finir, je vous offre avec plaisir 2 haikus de printemps.

Un que j’ai composé moi-même : il figure dans mon roman “Le Monastère de l’aube” (Albin Michel, 2006). Il évoque le printemps japonais, les cerisiers en fleurs et un héros qui rêve de voyages lointains, et résume en quelque sorte tout le roman (résumer la vie, le monde, en 3 lignes c’est un peu ce que se propose le haiku) :

Rêve de fleurs -
Les cerisiers tendent leurs branches
vers l’horizon
Et celui-ci, du grand poète Hôsai :
Sur la pointe d’une herbe
devant l’infini du ciel

une fourmi !